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Alimentation : comment répondre à la demande mondiale ?

L’agriculture mondiale a du mal à répondre à la demande alimentaire depuis 2000. Trop de céréales sont détournées de l’alimentation humaine. La concurrence sur le foncier sera forte.

« Heureusement que les Chinois ne mangent pas de produits laitiers et que les Indiens sont végétariens, sinon…. ». Sinon, les hommes auraient encore plus de soucis à s’alimenter si l’on en croit Bruno Parmentier, ancien directeur de l’Esa d’Angers, intervenant à l’AG du syndicat de la Propriété privée rurale du Morbihan. 800 millions d’humains ont faim et 1 milliard souffrent de manger toujours le même aliment. « La moitié des céréales produites dans le monde sont englouties par les animaux, qui les valorisent mal. Et en plus, on a ajouté la problématique des biocarburants… ».

Une hérésie pour le conférencier qui relie les révolutions arabes à un fort déséquilibre offre-demande de blé en 2011. Déséquilibre qui se reproduit de plus en plus souvent : 8 années déficitaires sur les 15 dernières avec des émeutes mondiales de la faim en 2007. Avant 2000, la production était généralement excédentaire… Le prix des céréales pourrait flamber dans les années à venir. « De 35 % d’ici 2030 si rien ne change ». Une aubaine pour les céréaliers et les propriétaires de foncier, un cauchemar pour les éleveurs.

Où cultiver ?

Les terres vont manquer au 21e siècle. 37 % seulement des terres mondiales sont cultivables (62 % en France). Les forêts tropicales ne sont pas un réservoir inépuisable. « Les forêts d’Amérique latine auront disparu dans 15 ans, celles d’Afrique et d’Indonésie dans 50 ans. Elles ont d’autres rôles à jouer (climat-biodiversité) et devraient être préservées ». Une bonne trentaine de pays sont acheteurs de foncier. La Chine, la Corée et l’Arabie bien sûr, mais aussi les Pays-Bas et la Suède. « Dans les pays vendeurs, les terres ne sont pas chères et les gens crèvent de faim ». L’eau se fait de plus en plus rare dans bien des régions.

« On ne pourra pas augmenter de plus de 20 % la surface de terres irriguées. Le tiers de la surface des États-Unis manque d’eau. L’Aquifère Ogallala, une nappe phréatique d’une superficie équivalente à l’Espagne, irrigue une immense région agricole dans les grandes plaines. L’eau pompée est tombée il y a 10 000 ans ; la réserve s’épuise. Ce n’est qu’un exemple parmi bien d’autres dans le monde ». En parallèle, la population mondiale explose. « Même si l’Afrique était végétarienne, il faudrait multiplier la production par 3 car le nombre d’Africains va doubler d’ici à 2050. En fait, il lui faudra multiplier sa production par 5 ». L’Asie et l’Amérique latine devront la multiplier par 2. Seule l’Europe est épargnée, elle mange déjà trop et sa population diminue rapidement, hors immigration.

La fin d’une période arrogante ?

Bruno Parmentier, ancien directeur de l'École supérieure d’Agriculture d'Angers.
Bruno Parmentier, ancien directeur de l’École supérieure d’Agriculture d’Angers.

Quelle politique adopter à l’échelle de la France ? Courir derrière la compétitivité internationale avec une qualité minimale et une concentration des exploitations, comme actuellement ? Revenir à une protection du marché interne en taxant les importations de pays ne respectant pas les mêmes règles sociales et environnementales ? Difficile à imaginer dans un pays fortement exportateur. « Il faut investir dans une agriculture de première classe, reconnue sur les marchés domestiques et internationaux et développer les signes de qualité. La filière viticole française, dans l’impasse il y a quelques décennies avec une production de grand volume et de faible qualité, a suivi cette voie avec succès ».

Miser sur les biotechnologies, la génétique, l’informatique et la biologie pour y parvenir. « Dans un gramme de terre, il y a 4 000 espèces de bactéries et 2 000 espèces de champignons. 260 millions d’organismes dans un m2 de sol. On ne connaît rien ! Nous devons apprendre au lieu de tuer sans discernement avec la chimie ». Produire autant avec beaucoup moins d’intrants. Une évolution dans ce sens permettrait en outre de limiter le réchauffement climatique (l’agriculture génère 30 % des gaz à effet de serre). « En augmentant le taux de matière organique des sols (rotations et associations de cultures, non-labour), en plantant des haies, en développant l’agro-foresterie, l’agriculture peut être une solution au dérèglement ». L’ingénieur des Mines, auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, espère une prise de conscience et la fin d’une période qu’il qualifie d’arrogante.

À lire

Bruno Parmentier, Auteur de « Nourrir l’humanité, les grands problèmes de l’agriculture mondiale au XXIe siècle », aux éditions La Découverte

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