Ille-et-VilainePolitique et Syndicalisme

Des initiatives en Europe pour atténuer la crise laitière

Certains pays européens tentent des adaptations face à la crise. Des exemples ont été mis en avant le 15 mars à Domalain, lors d’une des réunions organisées par la Chambre d’agriculture sur ce thème.

La crise laitière est européenne. Si entre 2014 et 2015, le prix du lait a baissé de 15 % en France, c’est encore pire dans d’autres pays européens tels que l’Allemagne qui connaît une chute de 25 % des cours pour une augmentation très modérée des volumes (tout comme en France). D’autres pays ont également connu un effondrement des prix : 22 % aux Pays-Bas (prix FrieslandCampina), et 27 % en Irlande (Glanbia). Mais cela ne les empêche pas d’augmenter encore leurs volumes, de 10 % aux Pays-Bas depuis le 1er avril 2015 et de 16 % en Irlande.

Coûts maîtrisés et contrats en Irlande

Sur le 4e trimestre 2015, la collecte irlandaise bondit même de 33 % par rapport au même trimestre de 2014. Cela s’explique par le fait que les Irlandais exportent 85 % de leur production. « Ils sont depuis longtemps exposés à la volatilité », précise Maud Marguet, conseillère à la Chambre d’agriculture 35. Mais surtout, les systèmes très herbagers irlandais permettent aux éleveurs d’afficher de faibles coûts de production : 230 €/t avant la rémunération en 2014. Un prix de 263 €/t appliqué par Glanbia, la 1re coopérative irlandaise en 2015 (plus 14 €/t de soutien), permet aux éleveurs de dégager un peu de revenu.

L’Europe fait un pas pour limiter la production

En France aussi, des démarches voient le jour pour faire face à la crise : Lidl avec les 3 cts €/L réaffectés aux producteurs et Système U qui s’engage à payer 34 cts le litre de lait français. Danone a annoncé une formule de contrats sur 5 ans s’adaptant aux coûts de production avec pour les éleveurs une obligation de baisse de la collecte. Limiter la surproduction européenne semble être une solution désormais entendue à Bruxelles (voir en page politique agricole). Lundi dernier, les pays européens ont décidé de la mise en place d’une dérogation au droit de la concurrence qui permet aux associations professionnelles de s’accorder pour limiter leur production. Une solution qui reste volontaire, et doit donc rassembler un maximum d’acteurs pour être efficace.

Les Irlandais ont par ailleurs mis en place des contrats qui permettent aux éleveurs de sécuriser un prix sur une partie de leur production, pendant trois ans. « C’est la filiale ingrédient de Glanbia qui peut garantir un prix en contractualisant avec un second transformateur. La contrepartie est qu’en période de marchés porteurs, les éleveurs ne bénéficient pas de l’intégralité de la hausse du prix du lait. Mais en période dégradée, le prix ne descend pas sous un niveau plancher. » 40 % des adhérents y ont souscrit, pour 30 % de leur volume en moyenne. « Ce type de démarche est intéressant pour donner de la lisibilité à tous les acteurs », pense Marcel Denieul, président de la Chambre. D’autres coopératives ont suivi pour ne pas risquer de perdre des adhérents.

Au Royaume-Uni, des contrats sont proposés pour le lait liquide frais qui pèse 51 % du marché dans ce pays. « En 2011/2012, environ 17 % des producteurs de lait bénéficiaient de ce type de contrats », explique Maud Marguet, donnant l’exemple du distributeur Tesco en lien avec un groupe de 650 éleveurs. « Indexés sur les coûts de production, les prix sont fixés pour 6 mois (bientôt pour 3 mois). En mai 2015, le prix avoinait 400 €/t contre 319 € de prix moyen britannique. Le producteur livre 100 % de sa production. » Il doit par contre répondre à un cahier des charges poussé.

Aux Pays-Bas, la coopérative majoritaire FrieslandCampina a mis en place une prime d’incitation de 20 €/t aux producteurs ne dépassant pas leur volume de référence, voire le réduisant. En parallèle, l’arrêt de la collecte de certains producteurs belges a été décidé par la coopérative néerlandaise. En Belgique, les distributeurs versent une aide de 2,7 cts €/L sur 6 mois aux producteurs, et un fonds de gestion de crise est envisagé avec la participation de tous les acteurs de la chaîne. En Allemagne, Lidl a annoncé des hausses de prix dès mi-septembre 2015, suivi en octobre par Aldi et Netto.

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