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Alternatives aux antibiotiques

Des omega 3 renforcent la santé des truies

Les 135 truies de l’EARL l’Étang, à Surzur (56) ont testé des aliments enrichis par deux oméga 3, aux rôles ciblés sur l’immunité et sur le transfert placentaire. Des gains sont observés sur le poids de portée et la santé des porcelets.

« En me portant volontaire pour tester des aliments truie, gestante et allaitante, formulés en oméga 3, j’espérais limiter les problèmes qui affectaient les résultats en maternité : nombre de petites portées, hétérogénéité des portées à la naissance, “diarrhées mayonnaises” des porcelets, pertes sous la mère », explique Gilbert Grelet, en charge de l’atelier porc de la société. Pour effectuer ses essais, Nutréa, fournisseur de l’aliment, recherchait, en priorité, des élevages où une seule et même personne gère l’ensemble des tâches liées à la reproduction. « Nous demandions un travail de notations : épaisseur de lard dorsal des truies à différents stades, températures rectales autour de la mise bas, poids des portées à la naissance et au sevrage, mais aussi un travail d’observation des animaux. Le but était d’avoir un bon retour d’informations dans l’objectif d’améliorer la santé des truies et, par voie de conséquence, des porcelets », précise Anne Bouché, responsable produits porc chez Nutréa. Les essais ont débuté en 2013 sur une durée de 9 mois, avec 3 bandes témoins puis 9 bandes en essai, à l’issue desquelles l’EARL l’Étang a adopté les nouveaux aliments enrichis en oméga 3.

L’exploitation en chiffres

  • 135 truies naisseur – engraisseur,
  • 70 vaches,
  • 145 hectares,
  • 4 UTH,
  • Conduite en 7 bandes de truies (28 jours au sevrage),
  • 12,3 sevrés par portée,
  • GMQ 8-115 : 787 g,
  • IC 8-115 : 2,33.

Un meilleur état des truies

Lors des tests, l’éleveur a noté une baisse des températures rectales des truies après la mise bas : de 38,5 à 38,3°C. « La baisse est relative mais ce n’était pas un gros problème sur l’élevage. J’intervenais rapidement en administrant un anti-inflammatoire pour limiter la  montée en température et le manque d’appétit ». Ces injections sont désormais rares. Les truies consomment plus et mieux depuis 2 ans. « Il y a moins de truies qui calent ». L’état des animaux était noté sur une échelle de 1 à 5 (Annotation de Ploufragan).

Évolution des porcelets
Évolution des porcelets.

Les truies qui consommaient l’aliment enrichi perdaient globalement moins d’état en lactation : 73 % des truies en essai avaient une note au moins équivalente à 3, contre 60 % pour les truies témoins. De plus, les truies récupéraient plus vite sur le 1er tiers de gestation avec 89 % en note 3 ou 4, contre 56 % pour les truies témoins. Les mesures d’épaisseur de lard confirment les résultats. Parallèlement, le taux de fertilité des truies s’est amélioré de 5,4 points (89,3% en 2015 contre 83,9% en 2013)

Le poids de portée total au sevrage a augmenté de près de 9 % et dépasse les 100 kg
Le poids de portée total au sevrage a augmenté de près de 9 % et dépasse les 100 kg.

Moins de diarrhées néonatales

Les truies bénéficient d’un protocole de vaccination classique. Elles sont, en plus, depuis plusieurs années, vaccinées contre les clostridiums et colibacilloses qui affectaient les porcelets. « Malgré cette vaccination, les diarrhées néonatales restaient fréquentes. Elles se font beaucoup plus rares depuis que les mères consomment le nouvel aliment. Je n’effectue plus aucun traitement contre les coccidies et je n’ai plus besoin d’administrer des réhydratants. Auparavant, il m’arrivait souvent de traiter les mères aux antibiotiques pour casser la transmission des pathogènes vers les porcelets ». L’éleveur assure également que la consommation des porcelets a augmenté en maternité. « Je n’ai rien changé dans la conduite à part l’aliment. La prolificité a augmenté sans perte de poids moyen des porcelets ». L’éleveur sevre un porcelet de plus par portée grâce à l’augmentation du nombre de nés (disparition des petites portées) et à la réduction du taux de perte sous la mère. Le poids de portée total au sevrage a augmenté de près de 9 % et dépasse les 100 kg.

Des oméga 3 bien spécifiques

L’acide éicosapentaénoïque (EPA) et l’acide docosahexaénoïque (DHA) sont deux acides gras semi-essentiels de la famille des oméga 3. Ils sont naturellement présents dans la rétine et le cerveau du porc. Des travaux suggèrent également un rôle important sur le développement du foie et des muscles. Riche en acide linolénique (LNA), l’huile de lin est habituellement utilisée comme précurseur pour stimuler la pro­duction naturelle d’EPA et de DHA par l’organisme. Or, le taux de conversion du LNA en EPA est à peine de 10 % et de moins de 0,5 % pour le DHA. Avec ses aliments Truie, Nutréa innove en apportant directement à la truie de l’EPA et du DHA, pour des bénéfices renforcés. L’EPA, via certaines huiles de poisson, réduit naturellement les réactions inflammatoires chez la truie avec la baisse des tempé­ratures corporelles et provoque un enrichisse­ment du colostrum en immunoglobulines G (IgG). Le DHA favorise le transfert placentaire des éléments nutritifs de la truie aux fœtus, et donc leur croissance.

Supprimer l’aliment médicamenteux

Le coût de la formulation sur la base de ces oméga 3 dans les aliments truies est de 5 € par tonne soit 6 € par truie pour une consommation annuelle de 1 250 kg. L’aliment 1er âge n’est plus supplémenté en antibiotique à visée digestive depuis un an. « Je vais faire des premiers essais à l’aliment blanc. Je crois qu’aujourd’hui, je peux supprimer l’aliment médicamenteux sans conséquences néfastes sur l’élevage ». Les porcelets sont vaccinés contre le mycoplasme et le circovirus de type 2 au même moment, à la seringue double corps. Les essais réalisés dans 2 autres élevages bretons confirment les bénéfices de cette approche nutritionnelle : moins de montées en température des truies après mise bas, meilleur état des truies, porcelets plus vigoureux et réduction du nombre de mises bas précoces. Bernard Laurent

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