CulturesDossiers

Mécaniser le légume

Des choux-fleurs parés de haute couture

Le constructeur hollandais Flor présente une machine commercialisée aux Pays-Bas qui lie les feuilles de chou-fleur. Objectif : éviter le jaunissement des pommes.

Pour sa première venue en Bretagne, la couseuse à feuilles de chou de chez Flor n’est pas passée inaperçue lors d’une démonstration organisée par la Chambre d’agriculture du Finistère à Guimaëc (29), chez André Nédélec. La machine, développée aux Pays-Bas par une entreprise spécialisée dans les cultures légumières, a conçu un procédé depuis 2008 qui lie entre elles les feuilles de chou-fleur, afin de les protéger. Le principe est simple. « La machine pince les feuil-les pour les regrouper au-dessus de la future pomme. Un fil biodégradable lie et ferme la plante », explique Dirk Horfland, directeur général de Flor Cauliflower Twine. L’opération culturale se réa-lise deux à trois semaines avant récolte, et ne perturbe pas le développement de la pomme.

Dirk Horfland, de chez Flor Cauliflower Twine.
Dirk Horfland, de chez Flor Cauliflower Twine.

Plutôt le matin

La liaison des feuilles de chou-fleur doit idéalement être réalisée le matin, et quand les conditions de portance sont réunies pour supporter les 2,5 tonnes de l’engin. « Les feuilles sont plus souples, moins cassantes qu’en conditions sèches de milieu de journée », note le représentant néerlandais. Certaines variétés plantées en Bretagne, sensibles à cette casse de feuilles, restent tout de même adaptées au procédé, car les feuilles sont simplement rabattues dans le sens naturel de la plante. L’engin, développé pour le marché du frais, donne des pommes de chou-fleur bien blanches. « Le jaunissement des choux-fleurs est supprimé.

Les atouts pour la culture

La liaison des feuilles de chou a aussi d’autres conséquences, peu quantifiables, mais réelle. « L’ambiance autour de la plante est améliorée, avec une meilleure circulation
de l’air. Les végétaux sont moins sensibles aux maladies du pied et aux pourrissements. Le séchage de la plante rend plus facile la récolte, avec une baisse de l’humidité. D’autres bénéfices pour la culture sont encore à étudier », pense Dirk Horfland.

La protection par les feuilles offre d’autres avantages non négligeables : une préservation vis-à-vis des insectes, de la poussière, de la grêle… et une augmentation du rendement, porté à 95 % de choux récoltés ». La pousse des choux d’été peut aussi être mieux contrôlée, par un ralentissement de la croissance. La couture est appliquée quand la pomme a la dimension d’une balle de tennis, sur le dernier tiers de la feuille. « La pomme se développera naturellement. Pour le chantier de récolte, le coupeur acquiert rapidement par expérience le calibrage de la taille du chou. Une première coupe sous la couture retire les feuilles, la seconde coupe le chou-fleur. Le passage dans le rang est même plus simple et plus accessible puisque les feuilles sont rabattues ».

Par un procédé simple, la machine coud 1 hectare en 3 heures
Par un procédé simple, la machine coud 1 hectare en 3 heures.

De 30 à 200 ha de choux

Sur les 11 machines déjà en fonctionnement dans son pays, Dirk Horfland explique avoir « équipé des exploitations de 30 à 200 ha de chou-fleur. Avec des densités de plantation de 20 000 choux par hectare, il faut compter 2 années pour amortir l’investissement de 130 000 € pour le modèle en 4 rangs. Le chauffeur doit être expérimenté, c’est donc un appareil qui peut être utilisé par une ETA ou par une Cuma avec chauffeur ». La couseuse utilise 17 kg de fil biodégradable par ha, à raison de 1 ha ficelé en 3 heures.

Changer les écartements inter-rang

« Un des critères de sélection des choux-fleurs bretons, en plus du rendement, reste la couverture de la pomme par les feuilles. La fertilisation azotée, avec des besoins conséquents pour le légume, augmente la surface foliaire protectrice. Une augmentation de la densité de plantation conduira à une concurrence entre chaque plant au niveau nutrition azotée », pense Anthony Brulé, ingénieur conseil légume à la Chambre d’agriculture du Finistère. Les habitudes de plantation, avec des écartements de 95 cm, limitent le rendement du légume fleur. « La région de Saint-Malo a réduit cet écartement pour augmenter la productivité des parcelles. Ce modèle n’est pas reproductible ici, à cause de la culture d’artichaut et du matériel de plantation ou de binage qui est dimensionné pour les inter-rangs de 95 cm », ajoute-t-il.

Pourquoi un automoteur ?

Équipé de 4 roues directrices, l’automoteur peut facilement manœuvrer en bout de champ. La conception simple de l’ensemble laisse à penser qu’un tracteur légumier pourrait atteler la machine, et ainsi réduire le coût de l’ensemble. « Les Néerlandais ne sont pas équipés de tracteurs légumiers. De plus, la position en hauteur de l’automoteur assure au chauffeur une meilleure visibilité », répond le concepteur. Fanch Paranthoën

Mots-clés

Peut vous intéresser

Bouton retour en haut de la page
Fermer