Productions Agricoles

La production porcine dans une impasse ?

Les équilibres économiques de la filière sont dans une phase difficile pour de longs mois. Si rien n’est fait pour accompagner la filière française, elle court à la catastrophe. La Bretagne est aux premières loges car le porc et les productions animales sont le socle de son économie. Entretien avec Guillaume Roué, président d’Inaporc.

La qualité de la production répond-elle aux demandes de l’industrie et des consommateurs ?

Les éleveurs de porcs français ont beaucoup travaillé depuis 30 ans à la production d’un porc répondant aux demandes de leurs clients, c’est-à-dire les industriels, à la fois de l’abattage et de la transformation et sont toujours prêts à évoluer. On reproche à la filière porcine française de ne pas avoir su mettre en avant des produits d’exception comme ont pu le faire nos concurrents notamment espagnols ou italiens en matière de charcuterie. Dans ce domaine, chacun doit prendre ses responsabilités. C’est l’industrie de la viande et de la charcuterie qui doit savoir innover et répondre à la demande des consommateurs tant français qu’étranger.

La cotation de Plérin est-elle toujours indispensable ?

Il faut remettre en place un prix directeur : pour ce faire, l’ensemble des acteurs, éleveurs, abattoirs et pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités afin de définir chaque semaine un prix de référence. Cotation de Plérin ou prix défini par une commission reconnue par l’ensemble des acteurs, une cotation doit être affichée chaque semaine, en tenant compte de l’évolution des marchés concurrents. Cette cotation bien sûr devra être respectée par tous.

Faut-il contractualiser entre différents maillons ?

Il n’y a pas d’alternative. Il faut engager des partenariats extrêmement forts entre les différents maillons de la filière. Que l’on appelle cela contractualisation ou contrat de filière, peu importe, l’essentiel c’est qu’il y ait une vraie prise de conscience de la filière porcine française dans l’ensemble de ses composantes pour garder sur notre territoire une certaine autonomie alimentaire et bien entendu pour partir à la conquête des marchés à l’exportation.

Le consommateur acceptera-t-il de payer un peu plus cher des produits français ?

Il n’est pas du tout insensé d’imaginer que le consommateur puisse payer un peu plus pour que l’ensemble des maillons de la filière soient à même d’équilibrer ses comptes. La contrepartie c’est une démarche de progrès concertée qui engage les éleveurs et la filière vers l’excellence. Des enquêtes d’opinion ont prouvé que 80 % des consommateurs souhaitent connaître l’origine de la viande vendue en frais ou entrant dans la fabrication des produits élaborés. Nous devons donc obtenir que l’étiquetage de l’origine de la viande soit inscrit dans la réglementation de façon permanente à l’attention des consommateurs.

La solidarité n’est -elle pas un vain mot dans la filière ?

Quand on n’est pas compétitif on doit savoir se protéger et jouer la complémentarité entre les différents maillons de la filière. Si cette règle n’existe pas, le résultat, c’est la situation britannique ou suédoise c’est-à-dire 50 % d’autosuffisance avec un constat simple : 50 % des cochons produits en France ne le seront plus et donc ce sont très certainement deux éleveurs sur trois qui disparaîtront, avec des conséquences sur l’industrie.

Que demandez-vous aux pouvoirs publics ?

En attendant l’harmonisation des charges sociales et fiscales au niveau européen, nous demandons que le coût du travail soit allégé en France par la prise en charge des cotisations sociales salariales dans les entreprises. Nous voulons également pour les éleveurs que le système de TVA appliqué en Allemagne soit également mis en place en France à défaut d’être démantelé en Allemagne. Nous avons besoin de perspectives, nous avons besoin de stabilité réglementaire, nous avons besoin de laisser libre cours à l’entreprenariat, nous avons besoin de retrouver des règles de concurrence équilibrées.

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