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Un hôpital russe qui se moque de la charité

La décision d’embargo russe sur les viandes de porc européennes est motivée par la présence, dans un pays de l’UE, d’un virus de la peste porcine africaine qui vient de… Russie

S’il n’y avait autant d’enjeux financiers, on pourrait en rire. Les Russes sont fâchés. Deux sangliers infectés par le virus de la peste porcine africaine ont été trouvés de l’autre côté de leur frontière. Deux de trop pour un pays où les sangliers qui pullulent sont pourtant bien atteints. Ainsi que de nombreux élevages. Et pas que des petits. « Le virus circule très bien », assure Florence Humbert, vétérinaire de l’OVS Porc Bretagne. « On ne sait pas trop ce que font les autorités russes. Les moyens de contrôle de l’expansion font probablement défaut ». On peut douter de la vigilance des producteurs et des vétérinaires locaux sur l’application de la réglementation concernant l’enlèvement et l’incinération des animaux malades ou morts, pour des raisons diverses (méconnaissance des symptômes, mauvaise indemnisation des éleveurs qui, du coup, cachent la maladie…), surtout dans les zones de faible densité.

Le prix souffre de l’embargo

L’équilibre offre / demande est rompu consécutivement à la décision d’embargo russe sur les viandes européennes. La commission européenne doit prendre toutes les dispositions pour que la Russie revienne aux achats, soit par le biais d’un certificat communautaire modifié, soit par le feu vert à l’établissement d’accords nationaux avec la Russie pour les pays les plus éloignés des foyers. Le porc né, élevé, abattu en France est une garantie qui, dans le contexte, pourrait être soumise et validée par la Russie. Aux autorités compétentes françaises d’obtenir ce certificat dans les plus brefs délais.

Les Lituaniens sont vigilants mais il est difficile de contrôler la faune sauvage. « Il était possible de vacciner les sangliers par appâts “largables” dans le cas de la peste porcine classique ; ce n’est pas le cas pour sa cousine africaine. Il n’y a aucun vaccin, même injectable ». Il faudra encore quelques années avant d’en produire pour protéger les cheptels contre un virus résistant à la chaleur et aux désinfectants et qui voyage plutôt bien dans les viandes, les charcuteries ou le sperme.

Dans des poubelles de bateau

Le virus se transmet par contact direct ou indirect, entre suidés, (non transmissible à l’homme), et peut être véhiculé par les tiques molles. Un vrai démon, né en Afrique subsaharienne, arrivé en Géorgie en 2006, dans les poubelles de cuisine des bateaux en provenance de Madagascar, transportant des litchis. Caché dans des résidus de produits carnés consommés ensuite par des porcs ou des sangliers locaux, dans une décharge. Il s’est propagé par à-coups, jusqu’en Russie. (A noter que le virus est également présent en Sardaigne).

Chasseurs et particuliers

Les Russes font trembler la filière européenne. En fermant leurs frontières aux viandes mais aussi en servant de base arrière à un virus qui pourrait se déployer dans l’Union Européenne. « Il faut sensibiliser les particuliers, y compris chez nous. Les cochons apprivoisés finissent souvent par divaguer et par entrer en contact avec les sangliers. Ils représentent un vrai danger public ». Les nombreux chasseurs européens qui vont s’amuser en Russie également. Avant d’arriver en Bretagne, sauf importations, les sangliers devront traverser l’Allemagne. Le temps de voir venir et de s’y préparer encore un peu plus. Bernard Laurent

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