Energies et environnementMorbihan

Les pesticides modifient le plancton

L’action des pesticides sur le plancton constituait le thème du débat de l’AG de Cap 2000. L’occasion pour la Chambre d’agriculture de rappeler qu’une baisse de 30 % de produits phytosanitaires est possible, à court terme.

« Toutes les molécules de pesticides n’ont pas le même effet, mais toutes ont un impact sur la biodiversité du phytoplancton et donc du zooplancton », indique Geneviève Arzul, écotoxicologue en milieu marin. Toutes les espèces de plancton n’ont pas non plus la même sensibilité à la présence de résidus de pesticides. La scientifique s’appuie sur de nombreuses études réalisées sur le sujet dans les estuaires de la région et dans le milieu côtier. Globalement, les molécules chimiques retardent la croissance du phytoplancton, en retardant la division cellulaire, sélectionnent des espèces, « les diatomées, potentiellement toxiques, résistent mieux », modifient l’équilibre des populations et entraînent des modifications génétiques. L’effet des mélanges de molécules est encore peu connu. On peut imaginer une addition des actions, une synergie, ou, à l’inverse, un antagonisme. « On sait cependant que les formulations (mélanges du commerce) sont plus toxiques ». Les molécules peuvent être d’origine agricole (le glyphosate et sa molécule de décomposition sont retrouvés dans 60 % des prélèvements dans les cours d’eau) mais pas seulement. Le diuron, herbicide non agricole, est de plus en plus présent (peintures antifouling, traitements des façades, des toitures…).

Paroles d’agriculteurs morbihannais du groupe Dephy

« Je m’interrogeais sur la pertinence d’un traitement insecticide sur mes céréales. Les pucerons étaient bien installés sur les épis de blé. Je craignais de perdre quelques quintaux et le prix des céréales était élevé. On avait aussi compté beaucoup de larves de coccinelles. Et je n’avais pas envie de réatteler le pulvérisateur. Finalement, j’ai décidé de ne pas traiter. Résultat : les larves de coccinelles ont mangé tous les pucerons en une semaine, entre le 30 mai et le 6 juin. J’ai fait un rendement correct, vu l’année : 62 q/ha. C’était la bonne décision ».

« Je vais continuer à mélanger une variété très précoce (5 à 10 %) au semis de la variété principale de colza : cela ne coûte rien et peut économiser un passage d’insecticide. En 2011, 2013 et 2014, j’ai évité un traitement. La variété très précoce fleurit plus tôt et attire les méligèthes qui vont chercher du pollen sur les fleurs plutôt que de percer les boutons de la variété principale ».

60 % de fongicides en moins

Alors que faire ? Limiter les traitements, notamment en agriculture. C’est l’objectif du plan Écophyto qui vise à réduire l’utilisation des pesticides de 30 %. C’est possible, si l’on en croit l’expérience d’un groupe d’une douzaine d’agriculteurs morbihannais qui œuvrent dans ce sens depuis 2011, sur la base du volontariat. « Ces 12 exploitations avaient des pratiques représentatives de ce qui se fait dans la région. Elles produisent du lait, du porc, certaines labourent, d’autres sont en techniques simplifiées », précise Claire Boisselier, agronome à la Chambre d’agriculture, qui suit ces essais Dephy. L’objectif était de réduire l’IFT de 30 %, sans perdre de revenu. « En 4 ans, le groupe d’agriculteurs a réduit les traitements de 30 à 50 %, sans perte de rendement. Pour les fongicides, la baisse est de 60 % ». Les recettes sont connues depuis longtemps : allongement des rotations, choix des variétés, mélanges d’espèces, observation des cultures avant intervention. Pourquoi ne sont-elles pas appliquées à grande échelle ? « L’accompagnement est important. Il y a un travail d’approche du risque, un travail sur “soi”. Qu’est-ce que je suis prêt à tolérer, à risquer ? ». En peu de temps, les agriculteurs du groupe ont réussi en supprimant les traitements systématiques de fongicides, d’insecticides et les régulateurs. Pour les herbicides, le chantier est plus ardu… Bernard Laurent

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