Découvertes

Ils créent une filière de soja au Burkina Faso

Soutenus par Ingalan, une association bretonne, des groupements de producteurs burkinabés se lancent dans la production de soja biologique.

Pour un coup d’essai, il semble que ce soit un coup de maître. 85 tonnes en 2012, au lancement du programme, 3 000 tonnes en 2015. La légumineuse, riche en protéines et pourvoyeuse d’azote dans le sol, séduit les producteurs burkinabés qui l’intègrent volontiers dans leurs rotations. « Nous avons fait des tests il y quelques années », raconte Hervé Le Gal, salarié de l’association Ingalan. « Les graines se sont vendues à un bon prix ». Suffisant, en tout cas, pour initier un programme avec l’association locale Napam Beogo qui gère désormais la filière. Une vingtaine de groupements de producteurs, répartis sur l’ensemble du territoire, jouent le jeu. La production est exportée vers la Bretagne*, via le port d’Abidjan.

Lassané Ouédraogo, fondateur de l'association Napam Beogo
Lassané Ouédraogo, fondateur de l’association Napam Beogo, forme les agriculteurs aux techniques culturales.

Nombreux débouchés

Pourquoi vendre une graine qui pourrait être triturée et consommée localement, dans une région où les besoins sont importants ? « Les ventes apportent un revenu aux producteurs et la culture s’immisce dans une rotation de cultures vivrières. Le soja enrichit le sol pour les cultures suivantes, telles que le maïs ou le sorgho, qui sont consommées par les agriculteurs et leurs familles », rassure Hervé Le Gal. Parallèlement au développement des surfaces, l’association Napam Beogo et ses responsables burkinabés recherchent des débouchés pour l’alimentation humaine. « Le potentiel est important. À terme, la transformation des graines se fera sur place pour conserver la valeur ajoutée ». Le soja pourrait aussi accompagner le développement de l’élevage local. Le label bio est-il indispensable ? « C’est l’aspect économique qui prime. Le système bio ne vient qu’après mais il permet de se préserver des semences OGM et d’éviter des intrants onéreux et pas toujours utilisés à bon escient ». La production est certifiée par Écocert. La logistique existe ; l’association dispose de camions pour transporter les denrées agricoles.

La Région Bretagne soutien le programme

L’association Ingalan (partager, en breton) accompagne des projets de commerce équitable locaux, en Bretagne ou à l’étranger depuis 2004. (En 2007, un projet de production de coton équitable bio  pour des entreprises bretonnes de confection est envisagé. Ingalan, contactée pour mener le projet, accepte à la condition que le coton soit transformé sur place (le coton est majoritairement exporté en brut). En 2009, le programme est lancé et financé par la Région Bretagne et des entreprises privées. De la récolte jusqu’au stade fil, tout est fait localement pour conserver la valeur ajoutée. Les autres programmes de développement (soja, agroforesterie, compost), regroupés sous l’appellation Tinga-Neere, se sont greffés à cette dynamique. L’association compte quelques salariés et bénévoles en France et soutient les associations locales (apport de fonds, de matériel et mise en place de formations). Au Burkina, l’association partenaire Napam Beogo emploie 12 salariés.

Améliorer les rendements

Malgré ce bon début, quelques difficultés subsistent. Les 3 500 agriculteurs, qui cultivent 1 à 2 hectares en moyenne, ont peu de moyens. Napam Beogo envisage de développer les Cuma pour qu’ils puissent acheter du petit matériel en commun. Les rendements atteignent une douzaine de quintaux à l’hectare, soit deux fois moins qu’espérés avec une mécanisation adaptée et de l’irrigation. « Les rendements restent encourageants. Les progrès techniques sont possibles. Avec le semis en ligne ou l’inoculation des semences par la bactérie rhizobium japonicum, par exemple, et un minimum de mécanisation ». Un programme de formation a été établi et sera appliqué dès la prochaine saison. « L’organisation en groupements est encore perfectible. Ils doivent mieux se structurer afin d’être totalement fonctionnels et officiellement reconnus, ce qui permettra d’améliorer la gestion des intrants biologiques (semences, protection des cultures…) ».

L'agroforesterie est en développement
L’agroforesterie est en développement. Ici, un samanea de 3 ans

Arbres et compost au secours des cultures

L’association bretonne Ingalan et ses partenaires locaux travaillent sur d’autres programmes d’action. 24 000 arbres « fertilisants » ont été plantés en 3 ans (objectif de 30 000 arbres en 2015). L’agroforesterie consiste à associer des arbres et des cultures sur une même parcelle, en bordure ou en plein champ. « Ce sont des essences locales, essentiellement des légumineuses, qui enrichissent le sol », poursuit Hervé Le Gal. Des pépinières sont créées dans les coopératives concernées et les plants sont innoculés avec des symbiotes adaptés (rhizobiums et mycorhizes). La production de compost et de purins végétaux est également encouragée. « Produire un engrais organique de bonne qualité  nécessite un investissement matériel minimum (hacheur, broyeur, réserve d’eau,…), et du temps pour produire, comme pour se former ». L’association développe la technique de production de riz SRI (système de riziculture intensive) : plus de rendement avec deux fois moins d’eau et bien moins de semences. « Actuellement, au Burkina Faso, le riz d’importation (Chine, Inde…) reste bien moins cher que le riz local. Nous souhaitons développer la technique du SRI afin d’augmenter les rendements et réduire les coûts de production ». Pour que le  riz burkinabé retrouve sa place au soleil, sur le marché local. Bernard Laurent

*à l’Ufab (union française d’agriculture biologique), filiale du Gouessant, qui s’est engagée à acheter
2 500 tonnes par an, soit 20 % de ses besoins, dans un partenariat sur 5 ans avec l’organisation non gouvernementale Napam Beogo.

Annonce
L’association Ingalan lance un appel pour la collecte de matériels d’occasion : des serres pour construire des entrepôts ou des abris, des motoculteurs, des petits tracteurs, du matériel d’irrigation…. Contact : info@ingalan.org ou 06 82 82 10 56

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