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Antibiotiques : les bovins doivent lever le pied

Même si les élevages de bovins sont moins concernés que les élevages hors-sol par la problématique de la baisse de consommation des antibiotiques, ils vont devoir se limiter.

Chaque année, en Europe, 25 000 décès sont imputés à l’antibiorésistance. Le phénomène s’accroît. Les coûts faramineux de la recherche limitent la découverte de nouveaux antibiotiques. Les pouvoirs publics ont donc fixé un cap : baisser de 25 % le recours aux antibiotiques sur 5 ans (2012-2017) en médecine vétérinaire et préserver de manière durable l’arsenal thérapeutique existant. En bovins, deux antibiotiques, considérés critiques car essentiels pour la santé humaine, sont dans le collimateur : les fluoroquinolones et les céphalosporines dont la consommation a explosé depuis 15 ans même si on note un léger recul ces trois dernières années.

À quoi bon traiter au tarissement une primipare qui n’a jamais eu un lait à plus de 100 000 cellules ?

« Nous attendons la publication de l’arrêté ministériel qui fixera les modalités de prescription et de délivrance de ces molécules », indique Jean-Christophe Lamer, vétérinaire, intervenant à l’AG du syndicat Prim’Holstein du Morbihan. Les céphalosporines de 3e et 4e générations sont déjà interdites en production porcine (démarche volontaire de filière). On imagine mal leur utilisation perdurer en élevage bovin. Quels sont les moyens de faire face à cette baisse programmée de l’usage des antibiotiques ?

Vaccin contre les mammites

Les stratégies vaccinales doivent être développées. Des vaccins existent contre les diarrhées du veau, les maladies respiratoires, l’entérotoxémie et même les mammites. « Un laboratoire espagnol commercialise un vaccin contre les mammites, efficace contre les staphylocoques et les colibacilles. Malheureusement, en Bretagne, ce sont surtout les streptocoques qui sont le plus souvent impliqués dans l’infection ». D’autres vaccins devraient faire leur apparition prochainement. En termes de prévention, des mesures strictes de biosécurité internes et externes à l’élevage, à l’image de ce qui se fait en production porcine, permettraient d’éviter nombre de problèmes. « Il faut limiter les accès aux bâtiments, imposer les pédiluves, nettoyer et désinfecter le matériel… Il faut bien gérer l’introduction des animaux et les quarantaines. La maladie de Mortellaro est typiquement une maladie qu’on achète quand on introduit des animaux dans l’élevage ».

Virus consommateurs de bactéries

Quand la maladie est installée, les alternatives aux traitements antibiotiques existent, mais sont encore peu développées. « L’aromathérapie et l’homéopathie ne font pas consensus et bénéficient peu des travaux de recherche », déplore le vétérinaire. « Les huiles essentielles présentent pourtant des pistes intéressantes, notamment pour guérir les mammites. La vache traitée reste malheureusement souvent leucocytaire ». Le temps d’attente pour conserver le lait est également un sujet d’interrogation. « On retrouve des résidus d’huiles dans le lait ».

Sur les diarrhées du veau et les problèmes respiratoires, l’aromathérapie offre des solutions qui mériteraient également des recherches plus poussées. Au moins autant que la phagothérapie, qui revient en force dans les programmes universitaires. « Le principe consiste à utiliser des virus bactériophages ». Pour l’un des éleveurs présents dans la salle, ces thérapeutiques ne bénéficient pas de soutiens financiers car elles ne rapportent pas assez aux laboratoires. Des entreprises travaillent aussi sur l’algothérapie.

Traiter une primipare au tarissement ?

Quoi qu’il en soit, le vétérinaire conseille de ne pas systématiser les traitements. « Il vaut mieux lever le pied de l’animal que de traiter sans connaître la pathologie ». Les sprays contenant des antibiotiques sont à proscrire, pour éviter la diffusion dans l’environnement. « Concernant les diarrhées d’origine alimentaire des veaux, il existe également des traitements efficaces sans recours aux antibiotiques ». Quant à leur utilisation au tarissement, elle doit être envisagée au cas par cas, selon l’animal et selon le statut sanitaire de l’élevage. « À quoi bon traiter une primipare qui n’a jamais eu un lait à plus de 100 000  cellules ? Il faut établir un protocole avec le vétérinaire pour savoir quelles vaches traiter. Et agir sur la prévention : alimentation des taries, mise en place d’obturateurs… » Pour certains éleveurs, beaucoup de traitements pourraient être évités au tarissement si les critères de paiement du lait, en fonction de la teneur en leucocytes, étaient moins sévères. Des formations sont proposées qui nécessitent de remettre les pratiques en question. Bernard Laurent

L’avis de Michel Lancien, Upra Prim’Holstein

Michel Lancien, Upra Prim'Holstein
Michel Lancien, Upra Prim’Holstein

Les mamelles les moins bien conformées sont plus sensibles aux infections. En 1re lactation (étude réalisée sur un nombre important d’animaux), plus le classement des mamelles est bon, moins les vaches ont, en moyenne, de leucocytes. Une augmentation d’un point de l’index cellules correspond à une baisse de 40 % du nombre de cellules ce qui équivaut à 55 €/femelle et par an. Une augmentation d’un point d’index mammites cliniques entraîne 4 % de moins de mammites, soit 10 € en moyenne par femelle et par an. D’où l’intérêt de sélectionner sur le poste mamelles et de choisir les taureaux les mieux indexés en santé mamelle. Après, l’effet élevage (ou éleveur) reste primordial. On peut attendre de nouveaux progrès grâce à la génomique y compris sur les problèmes locomoteurs ou sur la santé des veaux.

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