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La pisciculture du futur consomme 10 fois moins d’eau

La pisciculture de l’Inra, basée à Sizun (29), travaille sur la recirculation pour développer une aquaculture économe en eau. La nutrition et la génétique sont aussi au cœur des travaux pour passer à une alimentation des poissons 100 % végétale.

La pisciculture expérimentale Inra des Monts d’Arrée (Peima) est située à Sizun (29), sur l’Élorn, en aval du barrage du Drennec. Le site fait partie d’un réseau d’excellence européen qui regroupe 17 infrastructures dans 10 pays. « C’est le plus important site d’expérimentation sur salmonidés en France », annonce Laurent Labbé, directeur de la Peima. L’unité expérimentale intervient dans des programmes de recherche qui abordent l’ensemble des composantes de la filière salmonicole d’eau douce, de l’œuf au produit de consommation. Les truites y ont côtoyé les saumons jusqu’en 2004, date à laquelle l’Ifremer s’est retiré du programme. « Aujourd’hui, nous travaillons sur truite fario mais surtout sur truite arc-en-ciel. C’est la première espèce de poisson élevée en France avec une production annuelle de 30 000 t/an qui couvre la consommation intérieure. »

La pisciculture de Sizun totalise 400 bassins d’élevage
La pisciculture de Sizun totalise 400 bassins d’élevage, 10 d’entre-eux fonctionnent en recirculation.

La recirculation pour consommer 10 fois moins d’eau

L’activité principale de la Peima consiste à mener des expérimentations sur la biologie des poissons afin de mieux comprendre leur physiologie, leur nutrition, leur génétique et leurs mécanismes de défense contre les maladies. « L’objectif est d’apporter des connaissances permettant à la filière piscicole de répondre aux nouvelles exigences sociétales en matière de bien-être animal, de respect de l’environnement et de qualité des produits », précise le directeur. La consommation de poisson a doublé en France depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Une grande partie de ce qui est consommé dans l’hexagone est donc importée de pays hors de l’Europe. « D’ailleurs, la Commission souhaite relancer l’aquaculture européenne où quatre actions prioritaires ont été définies: alléger les formalités administratives,  améliorer l’accès à l’espace et à l’eau, accroître la compétitivité  et exploiter les avantages compétitifs apportés par des normes rigoureuses en matière de qualité, de santé et d’environnement. »

5 souches de truites arc-en-ciel et 3 souches de truites farios
5 souches de truites arc-en-ciel et 3 souches de truites farios sont conservées sur la pisciculture.

La pisciculture de l’Inra a construit un prototype de bassins d’élevage de truites très économe en eau. L’installation pilote, opérationnelle depuis l’été 2010, étudie un système de recirculation de l’eau à 90 % permettant une croissance normale des poissons et une maîtrise des rejets polluants. « Dans un élevage de truites standard, pour faire 1 kg de poisson, il est nécessaire de faire transiter entre 50 et 100 m3 d’eau par la pisciculture. Grâce au système de recirculation de l’eau, 5 à 10 m3 suffisent. Ce qui permet de s’affranchir de la problématique de disponibilité en eau sur certaines rivières et à certaines périodes. C’est aussi un moyen de coller à la réglementation très stricte sur les rejets. » Les résultats sont très encourageants. Des aquaculteurs bretons ont donc décidé d’investir dans ce procédé qui est en place chez eux depuis 3 ans. « Il n’est pas obligatoire de faire une pisciculture neuve pour s’équiper. Suivant le dénivelé et le débit d’eau, certaines structures peuvent passer en recirculation sur des bassins existants. »

Des légumes avec l’eau des truites

Des essais sont menés à la Peima de Sizun sur l’aquaponie. Ce procédé permet de cultiver des plantes et des légumes en hors-sol (Hydroponie) avec l’eau récupérée à la sortie du système de recirculation de l’élevage de truites. Les rejets des poissons présents dans l’eau, après filtration mécanique et biologique, deviennent des nutriments particulièrement appréciés des cultures légumières. « Nous avons mené les premiers essais avec de la salade, nous allons tester le cresson cette année. Nous cherchons des légumes qui ne nécessitent pas d’investissements lourds comme des serres. » C’est aussi un bon moyen de valoriser les nitrates et phosphates présents dans l’eau en sortie du système recirculé.

La génétique au service d’une alimentation 100 % végétale

Un autre frein au développement de l’aquaculture est la nutrition. L’aliment de base des salmonidés est fabriqué en partie avec des farines et des huiles de poisson qui sont en quantité limitée. « Cette année, il y a eu un déficit de ces matières premières donc une augmentation des prix de l’aliment. » La filière aquacole doit faire évoluer son alimentation comme l’a fait la filière avicole et porcine quelques années en arrière. « Nous allons devoir trouver d’autres ressources. Nous travaillons sur une alimentation 100 % végétale sur nos truites. Nos nutritionnistes ont élaboré une formulation d’aliment qui colle parfaitement aux besoins des poissons. Maintenant, ce sont les généticiens qui travaillent pour sélectionner des animaux qui acceptent cet aliment végétal. » Concernant la nutrition, d’autres pistes sont aussi à l’étude comme l’incorporation de levures ou de micro-algues marines dans l’aliment et sûrement d’autres matières que nous ne soupçonnons pas.

Nicolas Goualan

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