Productions Agricoles

Que faire de son maïs supplémentaire ?

Rendement au rendez-vous, cours dégringolant. Une fois les silos pleins, les derniers maïs, plutôt que moissonnés, pourraient être stockés par anticipation ou ensilés par un voisin.

Ça se voit presque comme le nez au milieu de la figure, cette année les rendements en maïs fourrage sont globalement bons. Ceux qui ont déjà mené leur chantier d’ensilage en ont eu la preuve très concrète : les silos étaient pleins avant que la totalité des surfaces prévues pour le stockage annuel ne soient passées par les becs de l’ensileuse… « D’autant que certains éleveurs ont augmenté par sécurité les surfaces semées au printemps parce que les réserves 2013 avaient été bien entamées au cours de l’hiver et que les effectifs dans les ateliers laitiers étaient à la hausse ces derniers mois dans un contexte porteur », note Anne Berville, animatrice au Céta d’Ille-et-Vilaine.
65 à 75 € la tonne

Une fois séchée ?

Alors que faire de ses hectares de fourrage qui restent sur pied ? Attendre, comme souvent, que les plantes murissent pour les récolter en grain ? Pas sûr que ce soit le meilleur calcul cet automne car le cours du maïs est très en recul par rapport aux années passées à la même époque. « Les dernières estimations donneraient une fourchette de 65 à 75 € la tonne après retenue des coûts de séchage », précise Geneviève Audebet, du service Études au CerFrance Côtes d’Armor. « Certains ont dû acheter dernièrement du maïs ensilé pour faire la soudure à 100 à 120 € / t MS, en se basant sur les prix de l’année dernière. » Désormais, sur le terrain, on parle plutôt de 60 € / t, « plus très loin du prix de l’herbe ! » Certains vont penser faire de « meilleures opérations en vendant sur pied plutôt que moissonné », mais comme le marché du vert est indexé sur le marché du grain, « un beau maïs sur pied qui se négociait à 1 200 ou 1 300 € l’hectare devrait baisser à 700 ou 800 € aujourd’hui », chiffre Julien Rigaud, chef produit fourrage au BCEL Ouest. Mais quand le prix du grain décroche fortement, les deux marchés ont tendance à se déconnecter : « C’est alors l’offre et la demande qui prend le dessus sur un secteur donné en fonction du rendement, de la qualité, de la proximité des parcelles… », s’accordent à dire Geneviève Audebet et Louis Le Roux, de la Chambre d’agriculture à Morlaix (29).

Du côté d’Anne Berville, en Ille-et-Vilaine, les remontées du terrain sont assez claires : « les éleveurs n’ont pas envie de vendre du maïs à un prix aussi bas. Certains ensilent plus. D’autres vont stocker en grain : en sec, humide, voire ammoniaqué… Malheureusement, quand l’ensilage est bon, c’est rarement de maïs, peu importe sa forme, dont les vaches manquent à l’auge au cours de la campagne suivante. »

Profiter des bonnes années fourragères

Pour Geneviève Audebet, « même si les cotations des concentrés baissent, c’est intéressant d’avoir du maïs en réserve » : s’il y a des possibilités de stockage sur la ferme, « avec une conjoncture laitière favorable et un marché demandeur », ensiler « un peu plus » peut être une opportunité. Julien Rigaud est du même avis. Ce dernier rappelle tout d’abord que « 15 à 20 % des exploitations laitières sont justes en stock ces dernières années. » Preuve en est, « beaucoup de tours de parcelles de maïs ont été récoltés en vert début septembre. » Pour lui, il faut « savoir profiter des bonnes années fourragères, pour constituer ou reconstituer les fameux un à deux mois de stock de sécurité. » Sous notre climat aux années assez homogènes, il conseille de viser un supplément de réserve de « 300 kg de MS de stock par UGB. Voire jusqu’à 500 à 600 kg dans quelques rares zones particulières de Bretagne, très séchantes ou très froides, où les rendements peuvent varier davantage. » Prenant en compte la conjoncture globale, « un mouvement de fond d’agrandissement des élevages et une demande de volume de lait de la part des laiteries », Julien Rigaud estime que récolter davantage d’ensilage cet automne participe déjà de « l’anticipation nécessaire quand on regarde vers 2016 et 2017. »

Avoir de la réserve même si le lait baisse

Reste que dans les campagnes, malgré l’enthousiasme d’un marché mondial qui a et aura soif de lait, la rumeur que l’année laitière 2015 sera moins rémunératrice que 2014 enfle. « Justement, si par hasard, le contexte est moins bon, l’impact financier pour les exploitations sera moindre si elles ont du stock fourrager et du stock de bonne qualité », argumente encore Julien Rigaud. Et même s’il n’y a plus de place dans les silos-couloirs, « n’hésitez pas à faire une taupinière supplémentaire qu’il faudra penser à ouvrir et consommer au printemps et en été quand les conditions sont bonnes… » Vincent Jégou, conseiller spécialisé en production laitière 
à la Chambre d’agriculture des Côtes d’Armor ajoute : « Les exploitations qui envisagent de conserver les mêmes dimensions et n’ont pas forcément besoin de davantage d’ensilage peuvent aussi mettre du maïs grain en boudin. Notamment si la part d’herbe pâturée est importante car cet amidon est très intéressant en complément de l’herbe de printemps richement dosée en MAT. »

Enfin, si une fois un bon stock de sécurité constitué, il reste encore du maïs au champ, « comme la vente en grain ne va pas permettre de bien valoriser la culture, il est plus intéressant de vendre le surplus sur pied en aidant les voisins : dans un zone d’élevage aussi dense,  il y a toujours quelqu’un qui manque d’ensilage de maïs… », rappelle Julien Rigaud. Car selon Vincent Jégou, « le foncier étant limitant, on a de plus en plus d’exploitations non autonomes en fourrages. »Et Anne Berville de conclure : « En fait, c’est une bonne année pour acheter du maïs, beaucoup moins pour le vendre. » Toma Dagorn

L’avis de Louis Le Roux, pôle Agronomie, Chambre d’agriculture de Bretagne

Les rendements sont bons, les conditions de chantier excellentes pour l’instant et le prix du grain très bas. Ensiler davantage de maïs plutôt que de le moissonner est une vraie opportunité. Pour reconstituer les stocks fourragers bien sûr, mais aussi pour libérer les terres à céréales plus tôt avec l’idée de les implanter dans de meilleures conditions, dès le 20 octobre dans nos régions. C’est aussi une manière de s’affranchir des coups de vent qui peuvent verser les parcelles restées sur pied et d’éviter, s’il y a de gros rendements en grain, de devoir retarder la moisson après la mi-novembre parce que les plannings des séchoirs réclament un étalement des livraisons. Enfin, n’oublions pas l’obligation réglementaire d’implanter un couvert végétal derrière tout maïs récolté en fourrage avant le 1er novembre lorsqu’une culture de printemps est prévue ensuite (maïs…).

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