Politique et Syndicalisme

Space 2014 : l’élevage anticipe et investit

Au Space 2014, l’économie a pris le dessus sur les revendications politiques qui avaient, les années précédentes, souvent occupé ses allées. Aujourd’hui, les éleveurs investissent, surtout en lait, afin de faire face aux aléas de marchés.

Le ton du Space, le salon international des productions animales, qui s’est tenu du 16 au 19 septembre à Rennes, était donné : ce sera l’industrialisation de l’élevage, disent certains, ou la modernisation, la professionnalisation ou la restructuration, disent d’autres. Car sans aller au cas extrême de la ferme des 1 000 vaches, qui embarrasse les professionnels, les éleveurs investissent dans leurs exploitations pour faire face à des cours des produits agricoles qui semblent toujours plus volatils, soumis à mille tempêtes climatiques, économiques ou géopolitiques. « Il ne s’agit pas de faire des fermes de 1 000 vaches, mais des exploitations modernes de 70 à 100 vaches, il faut évoluer », s’agace Xavier Beulin, président de la FNSEA sur le stand de son syndicat.

De l’optimisme pour les filières animales

Le climat du Space 2014 était à l’optimisme pour les éleveurs, malgré un marché morose en porc et baissier en lait, soumis à un embargo russe sur les produits agroalimentaires européens. Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll s’est lui aussi montré optimiste pour l’élevage français. « Si je suis ici, c’est aussi pour une visite de confiance », a-t-il lancé, en référence au vote de confiance des députés au nouveau gouvernement, le même jour que sa venue, le 16 septembre, l’obligeant à une visite express. « J’ai  parfaitement conscience des difficultés, j’ai parfaitement en tête les sujets qui préoccupent les éleveurs », a-t-il poursuivi. Se voulant optimiste, il a affirmé qu’il y avait « beaucoup de potentiel en élevage », évoquant la « réhabilitation » de la filière volaille export, et « les choses qui bougent dans le bon sens » pour Gad.

Des investissements pour préparer la fin des quotas

La filière laitière, tête de gondole du salon breton, lui donne raison. Même si les cours des produits laitiers se dégradent depuis quelques semaines, les éleveurs semblent investir en vue de la fin des quotas laitiers, en avril 2015. La Bretagne est particulièrement dynamique : les prêts aux exploitations laitières sont en augmentation et correspondent aux financements de la modernisation des exploitations laitières, en anticipation de l’après-quota. Les allées bien remplies du hall réservé au matériel de traite ne semblent pas démentir cette tendance. « La conjoncture économique est bonne, même si la conjoncture politique l’est moins », commente Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). « De nombreux économistes disent qu’il y a un avenir pour la filière laitière française, que nous aurons des débouchés : il y aura besoin de lait, et les producteurs ont besoin d’investir pour avoir des bonnes conditions de travail ». Et selon lui, « les éleveurs n’investissent pas n’importe comment : changer une salle de traite, un outil où l’on travaille matin et soir, c’est quelque chose de primordial ».

L’avis de Dominique Raulo, porte-parole Confédération paysanne Bretagne

Nous mettons en garde contre les conséquences négatives pour l’emploi de l’agrandissement des exploitations, et contre un risque de surinvestissement des éleveurs laitiers en vue de la fin des quotas alors qu’aucun mécanisme de gestion de crise n’est mis en place par l’Europe. La moitié des éleveurs laitiers devront être remplacés dans les 10 prochaines années. Si on n’y prend pas garde, ces fermes vont partir à l’agrandissement. Et l’agrandissement des fermes, ce sont des emplois en moins…

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