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Des alternatives à la route, oui mais…

Migrer de la route vers le rail, l’un des objectifs de l’Écotaxe, n’est pas une sinécure. Pour y parvenir, Jean-François Jacob, président de Combiwest, a dû affronter… les pouvoirs publics.

Intervenant au rendez-vous des Bonnets rouges, samedi dernier à Morlaix, pour appuyer la revendication contre l’Écotaxe, Jean-François Jacob, secrétaire général de la Sica de Saint-Pol-de-Léon, a mis les pouvoirs publics face à leur contradiction. Vouloir, d’un côté, mettre en place l’Écotaxe pour encourager les transports les moins polluants et d’un autre côté, freiner le développement des initiatives comme celle de Combiwest. Une entreprise créée en 2009, grâce à des fonds privés, pour palier l’abandon, en 2006, de l’activité fret de la SNCF en Bretagne. L’opération a été réalisée avec les acteurs économiques de la région : transporteurs, chargeurs, distributeurs.

Horaires de train

« Combiwest est un outil stratégique ferroviaire qui constitue une alternative économique et écologique au transport routier. Pour que cet outil fonctionne, il faut qu’il soit moins cher que le transport par camions, ce qui est le cas, et que le service soit respecté ». Sous entendu, que les trains arrivent à l’heure et que les créneaux horaires attribués aux légumiers soient acceptables. Jusqu’à la mi-décembre 2013, cela n’a pas été le cas, si l’on se réfère aux déboires de l’entreprise, notamment les problèmes de réservation des voies avec RFF (Réseau ferré de France). « Les pouvoirs publics, qui parlent de mise en place de l’Écotaxe pour des raisons écologiques de report modal, nous ont mis des entraves ». La SNCF aurait du mal à laisser un peu de place à la concurrence… Depuis quelques semaines, le service est meilleur, selon le président. « Nous nous entêtons à maintenir cet outil car il bénéficiera à l’économie bretonne et aux producteurs de légumes qui sont les premiers fréteurs bretons. Beaucoup de gens parlent de report modal ferroviaire. Nous, nous agissons et nous n’avons pas attendu l’Écotaxe pour cela ».

Pas besoin de Bercy

L’investissement est important. Les premières années ont été difficiles au niveau financier mais les responsables de l’entreprise prévoient un équilibre dès 2014. Reste à régler le différend avec RFF. Des prestations facturées, selon Combiwest, pour un service non rendu. « C’est nous qui avons subi un préjudice, car nos trains n’ont pas pu circuler ». On le voit, la mise en place de modes alternatifs au transport routier n’est pas une sinécure. En tous cas, pour Jean-François Jacob, l’Écotaxe n’est pas une solution mais un véritable problème. « Pour exporter vers le Sud-Est de la France, le coût de transport du chou-fleur est de 40 centimes. Il en coûte seulement 10 centimes aux Espagnols pour livrer sur cette région. L’Écotaxe nous aurait coûté 5 centimes de plus de la tête. Qu’on nous laisse travailler ! Qu’on nous laisse nous organiser et nous saurons, par nous-mêmes, réduire les écarts de coût avec nos concurrents. Pour cela, nous n’avons surtout pas besoin de Bercy ».

Décisions en région

Invité lui aussi par les Bonnets rouges, Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences Po Rennes, a appuyé les propos du président de Combiwest en témoignant de la nécessité de relocaliser les décisions économiques et politiques, (une des revendications des manifestants). « Le Pacte d’avenir relève d’une logique descendante ; les décisions sont prises à Paris. Nous devons, au contraire, inventer un modèle ascendant. La Bretagne et les provinces doivent construire pour elles ». Un message, relayé par Thierry Merret, adressé aux pouvoirs publics et notamment à Marilyse Le Branchu, ancienne maire de Morlaix et actuelle ministre de la décentralisation. Les Bonnets rouges pourraient-ils être à l’avant garde d’une construction où les technocrates passeraient au second plan ? Ils étaient plus de 3 000 à y croire dans l’enceinte de Langolvas, samedi après midi, avec le slogan « Re zo re » (trop c’est trop), bien décidés à se faire entendre en haut lieu. Bernard Laurent

L’avis de Jean-Yves Plisson, Délégué général GNTC (groupement national des transports combinés)

Le frein principal du report modal (transfert route-rail) est la remise en état du réseau ferré. Quand les travaux sont réalisés, ils ont lieu la nuit. Or, nos trains de marchandises circulent la nuit. La raison est historique. La SNCF ne voulait pas engorger les voies le jour (réservé aux transport de passagers) et nos chargements ont lieu le plus tard possible en soirée pour arriver le matin tôt chez l’industriel ou le distributeur. Le problème va durer encore quelques années. Il n’empêche, la tendance est positive. Le trafic combiné (pré acheminement en camions puis rail) a augmenté de 20 % en 2013/2012. Avec ou sans l’ Écotaxe, la volonté des opérateurs est de basculer le transport sur rail ou fleuve, le plus rapidement possible. Toute entreprise de transport doit, depuis 2013, faire figurer, sur ses factures, la quantité de CO2 émise pour réaliser sa prestation. En 2017, cette donnée pourrait être utilisée pour l’instauration d’une taxe carbone. Sur courtes distances, le camion reste indispensable.

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