Passeurs de mémoire 

Depuis plus de 50 ans, Dastum collecte, préserve et met en valeur le patrimoine oral de Bretagne. Mais face aux incertitudes qui pèsent sur les financements publics, l’association doit innover pour continuer à jouer son rôle essentiel dans la transmission de la culture régionale.

Deux personnes se tenant debout devant une vitrine d'ouvrages et de CD édités par l'association Dastum - Illustration Passeurs de mémoire 
Vincent Morel, coordonnateur de Dastum, aux côtés de Claude Devriès, trésorier de l'association et président du fonds de dotation pour Dastum.

Dastum. Voilà un nom court, percutant, qui sonne bien à l’oreille, tout en étant riche de sens. Car en breton, dastum signifie recueillir, ramasser. Et la vocation de cette association née en 1972 est justement de « collecter, sauvegarder et transmettre le patrimoine oral de Bretagne, souligne le bretillien Vincent Morel, coordonnateur de la structure. Cela comprend aussi bien les chansons, les mélodies que les contes et légendes qui voyagent de génération en génération depuis plusieurs siècles ». Et ce, en breton, en gallo et en français.

Les premiers collecteurs étaient souvent des universitaires qui, équipés de lourds et encombrants magnétophones à bandes, ont commencé à recueillir le précieux héritage. Puis, l’arrivée des enregistreurs à cassettes a permis de démocratiser la pratique. Portés par la vague du renouveau du fest-noz et de la musique celtique dans les années 70, beaucoup de jeunes se sont lancés avec la volonté de continuer à faire vivre tout un répertoire traditionnel. Pour Dastum, le défi a été de taille. Les bandes magnétiques étant fragiles par nature, il a fallu en réaliser des copies, et effectuer tout un travail de description et d’archivage afin de mettre cette somme de documents à la disposition de tous. Petit à petit, l’association s’est développée et structurée.

Dastum, c’est la mémoire des Bretons ! Alan Stivell

À la fin des années 90, pour des raisons de conservation dans le temps, Dastum a pris le virage du numérique, tant pour le stock déjà existant que pour les flux de documents entrants. La base de données est devenue accessible en ligne pour tous les adhérents à compter de 2010. « Depuis 2019, nous avons encore simplifié la procédure, explique Vincent Morel. Il suffit désormais de s’inscrire en ligne pour pouvoir consulter dastumedia.bzh gratuitement ». À la clé : quelque 150 000 archives sonores enregistrées auprès de 20 000 personnes représentant plus de 10 000 heures de son. Ainsi que plus de 50 000 documents iconographiques (photos, cartes, affiches…). Bref, un véritable trésor pour quiconque s’intéresse à l’histoire et à la culture bretonne.

L’apport du fonds de dotation

Reconnue d’intérêt général, accréditée par l’Unesco – l’organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture –, Dastum n’en est pas moins confrontée à une problématique financière. « Notre budget annuel est de l’ordre de 600 000 euros, note le Costarmoricain Claude Devriès, trésorier de l’association. Il est assuré à hauteur de 80 à 85 % par des subventions provenant de la Région Bretagne, de la Direction régionale des affaires culturelles, de Rennes Métropole et des départements des Côtes-d’Armor, d’Ille-et-Vilaine et du Morbihan ». Les éditions sonores, la publication d’ouvrages ainsi que les abonnements à la revue trimestrielle Musique bretonne génèrent, par ailleurs, un revenu annuel d’environ 40 000 euros. À ces ressources s’ajoutent les dons provenant des entreprises, des associations et des particuliers.

Mais dans un contexte de raréfaction de l’argent public, l’équilibre reste précaire. « Les charges de personnel représentent 75 % de nos dépenses. Aujourd’hui, nous employons neuf salariés, dont certains à temps partiel, précise Vincent Morel. Il n’y a pas si longtemps, nous étions deux de plus… »

Pour soutenir Dastum, un fonds de dotation a donc été créé en 2023. Présidé par Claude Devriès, son conseil d’administration est entièrement composé de personnes issues de l’association. Encadré par une charte éthique qui définit ses valeurs, le fonds collecte des dons (mécénat financier, mécénat en nature, mécénat de compétences…) ouvrant droit, pour le donateur, à une réduction d’impôts de 60 %.

Des soutiens d’autant plus utiles qu’il y a du pain sur la planche. « Nous avons encore des montagnes de documents à numériser pour les sauvegarder. Nous voulons améliorer leur visibilité et leur accessibilité, notamment pour les jeunes générations ». Parce qu’un patrimoine culturel doit vivre pour être transmis. Et que toute perte de mémoire est ici définitive !

Jean-Yves Nicolas

En savoir plus : www.dastum.bzh


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