« La RHD doit devenir un moteur pour la bio »

Éleveur laitier bio à Bains-sur-Ouest (35) et président de l'Agence Bio, Bruno Martel présent au Salon La Terre est notre Métier, détaille les chantiers prioritaires de la filière : restauration collective, prix, reprise du marché…

Un homme souriant avec des lunettes - Illustration « La RHD doit devenir un moteur pour la bio »
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La loi Égalim peine à atteindre ses objectifs en restauration collective. Comment accélérer le mouvement ?

La restauration collective plafonne à 6 % de produits bio, alors que certaines cantines parviennent à 25-30 %. La preuve que ce n’est pas hors de portée. Il nous faudra mobiliser les décideurs locaux en renforçant la volonté politique sur le terrain et sensibiliser les donneurs d’ordre de la restauration collective. La restauration commerciale, boulangeries comprises, n’utilise quant à elle que 1 % de produits bio : ces professionnels doivent aussi informer leurs clients sur la composition de leurs menus. Pour sécuriser ces débouchés, il existe des outils concrets : la contractualisation et l’accès aux marchés publics qui doit être facilité pour tous les producteurs.

Le prix reste un frein. Comment réduire ce décalage entre attentes et achats réels des consommateurs ?

Ce décalage vient en effet souvent d’arbitrages budgétaires. Un consommateur qui juge le bio cher ne le cherche même plus en rayon. Un mouvement de fond joue toutefois en faveur de la filière : le consommateur devient plus attentif à l’origine des produits, ce qui tend à réduire cet écart. Nous devons mener aussi un chantier pour disposer d’une meilleure visibilité en grande distribution, lieu privilégié d’achat des Français, mais aussi développer la vente directe et dans les magasins spécialisés, deux circuits porteurs pour les producteurs bretons.

Quel serait le verrou à lever en priorité pour que la bio retrouve une dynamique durable?

Faire comprendre que le bio ne se résume pas à ses qualités gustatives. Il porte d’autres enjeux : environnementaux, sociaux, territoriaux. C’est notre responsabilité collective de nous impliquer et une nécessité.

La France compte désormais autour de 10 % de sa surface agricole en bio, mais reste loin de l’objectif de 21 % fixé pour 2027…

La question n’est pas là, il ne faut pas s’attarder sur ces chiffres. Avec Égalim par exemple, on a parlé de nous : on s’est challengé et on a réussi à améliorer l’utilisation de produits bio dans certains secteurs. Quant à la surface en bio, ce n’est pas une fin en soi. On travaille avant tout sur le marché et ses débouchés à partir de modèles économiques viables et durables.

Après plusieurs années difficiles, quel diagnostic dressez-vous sur la situation économique des producteurs bio ?

La consommation semble repartir : +3,6 % en 2025, +4,8 % sur le premier semestre 2026. Si cette dynamique se confirme, on pourrait atteindre +5 % sur l’année, tous circuits et toutes tranches d’âge confondus, soit un retour aux niveaux d’avant Covid.

Ramené à l’échelle de l’exploitation, le constat est plus nuancé. Toutes les productions ont souffert de la canicule et de la sécheresse cet été. En lait, canicule et sécheresse ont pénalisé la production d’herbe, qui représente 80 % de la ration des élevages laitiers bio du Grand Ouest. Mais en éternel optimiste, je veux croire à un rattrapage : rapidement, l’herbe repartira. Il y a des raisons d’espérer.

Propos recueillis par Carole David

« Trois missions à conserver »

« Après les débats des dernières années sur l’avenir de l’Agence bio, je veux réaffirmer son rôle central », précise Bruno Martel, le président de la structure. D’abord, l’observation : « Nous sommes la seule structure capable de capitaliser la densité des circuits bio à l’échelle nationale, un outil indispensable pour éclairer les décisions publiques ». Ensuite, la mise en relation des acteurs, en fédérant les initiatives européennes et internationales de communication. Enfin, le Fonds Avenir Bio, avec 8,8 M€ engagés, permet d’accompagner financièrement des opérateurs économiques ayant des projets collectifs. « Il doit rester le levier de transformation des filières, en complément des dispositifs d’aides publiques existants ».« La ministre de l’Agriculture vient de nous affirmer le 23 septembre son soutien pour ces 3 missions, pour continuer à défendre une politique bio innovante et inspirante ». L’Agence bio va écrire lors d’un prochain séminaire sa feuille de route à 5 ans en listant ses priorités.


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