Saga agricole

Depuis 100 ans, la famille Le Bian exploite la même ferme finistérienne. Un outil qui se transmet de génération en génération. Avec, en héritage, la passion de l’agriculture.

2 hommes dans un champ au mileu d'un troupeau de vaches - Illustration Saga agricole
Jean Le Bian, représentant de la cinquième génération, a rejoint 
son père Éric sur l'exploitation familiale de Kerrolach, à Taulé (29).

Cette année 2026 revêt une saveur toute particulière pour la famille Le Bian. Parce qu’elle marque les 100 ans de présence de cette lignée d’agriculteurs finistériens sur la ferme de Kerrolach, à Taulé. Et parce que Jean, 23 ans, représentant de la cinquième génération, a rejoint l’exploitation familiale en janvier dernier.

une photo ancienne avec un homme qui croise les bras au milieu des herbes hautes dans un champ
L’épopée familiale sur les terres de Kerrolach débute en 1926 avec Yves Le Bian

« Nous allons organiser une fête ce mois-ci afin de célébrer tout ça », souligne Éric Le Bian, le père de Jean qui, pour l’occasion, s’est plongé dans les archives dont il exhume une photo au ton sépia. Le regard fier fixant l’objectif, le patriarche Yves Le Bian pose, les bras croisés, au milieu d’un champ de blé. Le cliché date de 1947, mais c’est en 1926 que débute véritablement l’épopée familiale sur les terres de Kerrolach. Accompagné de son épouse Perrine, Yves, alors âgé de 42 ans, s’installe sur cette exploitation de polyculture-élevage comme on en trouve tant dans la Bretagne d’avant-guerre. À force de travail, défrichant les parcelles, arasant les talus, il développe sa ferme et implante différentes cultures légumières : pommes de terre, choux-fleurs, artichauts… « C’est vraiment lui qui a posé les bases de Kerrolach », constate son arrière-petit-fils. Des bases saines et solides : primée dès 1935, l’exploitation reçoit la visite, en 1948, d’un jeune ingénieur, René Dumont, qui publie, trois ans plus tard, un ouvrage intitulé Voyage en France d’un agronome. Dans ce récit, l’auteur – passé à la postérité pour avoir été, en 1974, le premier candidat écologiste à l’élection présidentielle française – relate les travaux réalisés sur l’exploitation par Yves Le Bian. « Il a édifié 3 hangars, une fosse à purin et une plate-forme où le tas de fumier est amoureusement dressé au carré ». Une dépense jugée toutefois « un peu somptuaire »

Une diversification cohérente

Les générations suivantes, Paul et Anne-Marie Le Bian, François et Yvette Le Bian, respectivement les grands-parents et les parents d’Éric, apportent, elles aussi, leur pierre à l’édifice et contribuent à l’agrandissement de la ferme familiale. Puis, vient le tour d’Éric et de ses frères, Jean-Michel et Pascal. « Nous avons développé les productions et augmenté la surface de l’exploitation, souligne le sexagénaire. Notre priorité a été d’améliorer les conditions de travail, avec notamment la construction d’une étable neuve. Nous avons aussi travaillé sur la génétique du troupeau ». Avec succès : en quelques années, la production par vache est multipliée par trois !

En 2021, un atelier œufs voit le jour : 30 000 pondeuses élevées en plein air. Éric évoque « l’envie d’un nouveau challenge et une diversification cohérente, qui complète bien le lait et les légumes ». Même logique pour l’installation, l’année passée, de 2 000 m² de panneaux photovoltaïques sur la toiture du bâtiment des pondeuses.

Un nouvel épisode

Le premier janvier dernier, un nouvel épisode de la riche histoire de Kerrolach s’est ouvert avec l’installation de Jean, venu rejoindre son père Éric. « Je ne me suis jamais vu faire autre chose », reconnaît celui qui a préparé et obtenu son BTS Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole avec l’objectif clair de reprendre un jour l’exploitation centenaire. Mais avant de revenir sur le fief familial, Jean a bourlingué et usé ses bottes loin du Finistère. « J’ai passé un an au Canada sur une exploitation laitière. J’ai aussi travaillé dans une ferme laitière en Slovénie durant un mois, effectué des stages en Franche-Comté, en Picardie… J’ai vu beaucoup de modèles différents, avec des solutions qui ne sont pas forcément déclinables ici. Mais les voyages ouvrent l’esprit et vous apprennent à être adaptable ».

« L’exploitation est fonctionnelle et a toujours bénéficié d’investissements réguliers. »

Dans l’immédiat, le jeune agriculteur ne prévoit pas de bouleversement. « L’exploitation est fonctionnelle et a toujours bénéficié d’investissements réguliers ». Une stratégie au long cours qui n’est d’ailleurs pas pour déplaire à cet adepte du marathon, récent finisher de l’épreuve de Londres. Une passion transmise, là encore, par son père. Mais chacun sait bien, depuis Louis Pasteur, que la génération spontanée n’existe pas…

Jean-Yves Nicolas

« Une histoire inscrite dans la durée »

Opinion – Mickaël Guéguen, responsable de clientèle agricole, pôle d’expertise CMB de Saint-Pol-de-Léon.

Cette exploitation familiale possède des bases très saines. L’outil a été entretenu au fil des ans et les choix judicieux de diversification effectués ces dernières années, avec l’ajout de l’atelier pondeuses et l’équipement en panneaux photovoltaïques, améliorent encore sa compétitivité. Nous sommes fiers d’accompagner l’installation du représentant de la cinquième génération d’agriculteurs sur la ferme de Kerrolach et de participer ainsi, à notre niveau, à cette belle histoire familiale qui s’inscrit dans la durée.


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