Chez Jean-Luc et Baptiste Coënt, la performance ne se lit pas au volume de lait livré. Le Gaec Ar Veridy produit autour de 545 000 L de lait avec 137 à 140 vaches, sur 120 ha de SAU entièrement en herbe. La moyenne par vache reste modeste, autour de 4 000 L. Mais le système est pensé pour faire du revenu avec peu de charges et peu de mécanisation. « Le but, ce n’est pas de faire de la bétaillère ou des tours de tracteur. C’est que les vaches marchent, aillent manger, et c’est tout », résume Baptiste Coënt, lors d’une porte ouverte Innov’action.
Parcellaire groupé
Le foncier a été retravaillé patiemment. Des parcelles éloignées ont été échangées pour reconstituer un parcellaire accessible autour du siège. Les chemins, les clôtures et le réseau d’eau sont devenus les vrais investissements structurants. Les vaches pâturent toute l’année, avec des paddocks d’environ 1 ha et du bale-grazing en hiver. Le maïs a disparu de la SFP. Le troupeau, de type kiwi en croisement trois voies, est adapté à l’herbe, à la marche et à la monotraite.
Cette monotraite est aujourd’hui quasiment annuelle. Certaines années, le Gaec a conservé deux traites au printemps, au pic de lait. L’effet levier est immédiat : 80 000 € de chiffre d’affaires supplémentaires dégagés sur quelques mois. Mais le choix de fond reste clair : produire assez, sans reprendre une traite du soir qui alourdit l’organisation.
519 €/1 000 L de marge brute
Les chiffres économiques confortent cette orientation. Le prix du lait atteint 560 €/1 000 L, avec une plus-value bio régulière, même si la saisonnalité pénalise le prix de base, la majeure partie du lait étant produite au printemps. La marge brute lait atteint 519 €/1 000 L. Surtout, le coût alimentaire tombe à 25 €/1 000 L et les frais vétérinaires à 27 € par vache. « On met zéro vermifuge, zéro produit de tarissement, zéro antibiotique en systématique. S’il y a un problème, on traite en individuel », explique l’éleveur. La valeur ajoutée représente ainsi 66 % du produit.
25 €/1 000 L de coût alimentaire
Avec 97 €/1 000 L d’annuités (achat de foncier compris) et une exploitation peu mécanisée, le revenu disponible ressort à 72 700 € par associé. L’EBE annuel se situe autour de 200 000 €, avec des années pouvant approcher 250 000 €, selon Baptiste Coënt.
Ce résultat donne de la souplesse dans l’organisation. « Quand la rentabilité arrive, on réfléchit différemment. Je préfère payer pour qu’il y ait du monde plutôt que faire l’inverse. » Le Gaec emploie une salariée, Cécile, et accueille une apprentie avec en perspective le départ en retraite de Jean-Luc. « La ferme serait gérable seul techniquement et physiquement. Mais ce n’est pas le but. »
20 heures semaine…
Le temps libéré se mesure concrètement. Baptiste note ses heures et estime être autour de 20 h/semaine depuis janvier. Depuis le début de l’année, il compte aussi 54 jours sans être venu sur la ferme, week-ends compris. L’organisation repose sur un week-end travaillé sur trois et une forte délégation des tâches. La charge reste toutefois très saisonnée : l’hiver et la fin de tarissement sont calmes, puis février concentre l’essentiel des vêlages. Certaines semaines demandent donc d’être très présent, mais elles sont assumées comme des pics connus à l’avance, et non comme une surcharge permanente.
La FCO est venue rappeler que le système n’est pas sans risque. Cette année, Baptiste estime avoir eu 40 vêlages de moins que prévu. Pour conserver des vêlages groupés, sans trop étaler la période, il a tout de même réinséminé une vingtaine de vaches. Conséquence : un décalage partiel des vêlages que le Gaec envisage de contenir l’année à venir.
Trésorerie saisonnière
La trésorerie suit, elle aussi, la saisonnalité du lait : quelques petites payes en hiver, puis une forte remontée au printemps. La résilience du système ne tient donc pas à une absence d’aléas, mais à sa capacité à les absorber : peu de charges, une trésorerie à anticiper et la possibilité d’ajuster ponctuellement la traite quand l’année l’impose. Didier Le Du
Des veaux conduits simplement
L’atelier veaux est suivi par Cécile, salariée. Avec les vêlages groupés de printemps, l’enjeu est d’absorber les naissances en nombre, sans multiplier les gestes. Les veaux restent 24 heures avec leur mère. « S’ils tètent, on les laisse se débrouiller. » Ils passent ensuite en cases collectives. Dans une case, les veaux de boucherie issus de saillies de taureaux à viande vendus vers 14 jours ; dans une autre la quinzaine de femelles de renouvellement issues de l’insémination. Le lait est distribué au Milk Bar, avec tétines.

