Environnement : Une grande étude spatiale de la qualité de l’eau

En prenant différentes mesures de la qualité de l’eau tous les 100 m, l’entreprise Transcender analyse ces résultats et cartographie les rivières. Le service des eaux An Dour a fait appel à cette société pour le Douron, rivière qui coule dans le Trégor.

Un pont sur une rivière dans un paysage de bocage - Illustration Environnement : Une grande étude spatiale de la qualité de l’eau
De nouveaux prélèvements seront effectués en avril sur le Douron. | © Paysan Breton – F. Paranthoën

C’est une demande lancée par An Dour, service public de l’eau de Morlaix Communauté, au sujet du Douron, rivière qui prend sa source dans les landes de Scrignac (29) pour se jeter dans la Manche à l’Anse de Locquirec. Long de 28 km, il présente à son exutoire une teneur en nitrates de 25 mg/L. À sa source, ce Douron affiche des teneurs moindres, de 12 mg/L. Afin d’expliquer la montée de cette concentration, les équipes techniques ont fait appel à la société rennaise Transcender, spécialisée dans les études techniques ; l’objectif de ce travail mené en 2022 et restitué aux agriculteurs de ce bassin versant trégorois début mars lors d’un séminaire est « d’identifier ce que l’on nomme des points noirs, c’est-à-dire les points supérieurs à la teneur de l’exutoire de 25,6 mg/L, et de proposer des axes d’amélioration », résume Jean Causse, docteur en hydrologie, dirigeant de cette société. Il a déjà travaillé sur d’autres cours d’eau de la région Bretagne et notamment en Bassins versants algues vertes, en marchant 500 km les pieds dans l’eau. « Nous sommes partis des connaissances actuelles du terrain, qui se basaient sur des points de mesure tous les 10 km, pour arriver à un diagnostic à très haute résolution spatiale de la qualité de l’eau avec une analyse tous les 100 m ». Sac dédié aux mesures sur le dos, l’hydrologue a donc descendu le cours de la rivière, pour effectuer tous les hectomètres de nombreux relevés : teneur en nitrate et en carbone organique dissous, température, conductivité électrique, pourcentage de dioxygène, pH et mesure des ions ammonium… Certains de ces éléments renseignent sur la présence ou non d’eau d’origine souterraine ; c’est le cas du carbone dissous.

218 prélèvements, soit un tous les 100 m

Concernant l’azote, Jean Causse a estimé que pour avoir une variation significative, il fallait que la différence entre 2 points soit supérieure à 7 μg/L. Au total, 20 km ont été ainsi prospectés, sur une surface de 13,6 km2. 218 points ont été répertoriés, 189 sur le réseau hydrographique, 22 sur des tributaires et 7 en hors linéaire. Dès le début des mesures, « on remarque une hausse brutale de la teneur en nitrate, qui passe de 12 mg/L à 24 mg/L ». Pour expliquer cette augmentation, 2 fossés ont été identifiés, l’un rive droite, l’autre rive gauche, qui apportent une contribution en nitrate. L’hydrologue avance aussi le fait d’un changement de roche-mère : sur une partie de la prospection, du schiste, puis rapidement du granite. « En été, le granite fournit plus d’eau que le schiste ». C’est pourquoi des concentrations plus élevées ont pu être mesurées, car l’opération a été réalisée en juin et en période sèche. Au fil de l’eau, les faibles concentrations augmentent, puis se diluent, puis se reconcentrent.

Des efforts déjà effectués

23 points noirs ont ainsi été identifiés, 3 d’entre eux font varier significativement les concentrations en nitrate. Mais rappelons que ce bassin versant affiche des teneurs déjà basses, « pour diminuer de 3 à 5 mg/L, il faudrait des efforts conséquents », estime l’intervenant. Philippe Arnaud, chargé de mission agricole pour An Dour, fait observer que ce quadrillage avec un pas de 100 m « nous donne une vision précise, mais ponctuelle : il ne s’agit là que des résultats sur une seule campagne, en conditions particulières. On ne peut donc pas tirer de conclusions. Cette étude permet dans la discussion, sans être accusateur, de sensibiliser les agriculteurs. C’est très constructif ». D’autres analyses de l’eau reprendront en ce mois d’avril, pour confirmer ou infirmer ces résultats, avec 70 prélèvements qui renseigneront sur l’évolution des teneurs dans la rivière. « Par rapport à un suivi classique, cette étude nous apporte des connaissances supplémentaires car elle permet de connaître la dynamique d’évolution », conclut Paul Salaün, responsable de la cellule agricole pour An Dour.

Fanch Paranthoën

La qualité de l'eau se tient

Opinion – Guy Pennec – Président de An Dour

Avec 25 mg/L à l’exutoire, malgré des charges ponctuelles, la qualité de cette rivière se tient. On n’a jamais aussi bien travaillé que maintenant avec l’ensemble des opérateurs de ce bassin versant. Les agriculteurs ont pris conscience de ce sujet. Mais l’étude avec l’entreprise Transcender permet de relativiser : nous ne sommes pas ici dans des rejets massifs. Aussi, quand on apporte des informations aux agriculteurs, ils sont preneurs. Si cette étude avait été stigmatisante, nous n’y serions pas allés. Enfin, la baisse de l’azote ne se commande pas, elle se fait de façon douce et tendancielle. À l’horizon 2040, on peut descendre à une teneur de 15 mg/L.


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