Le bilan dressé sur l’année écoulée par Marc Kéranguéven, président de la Sica Saint-Pol-de-Léon (29), montre un grand nombre de légumes dans une situation difficile. La coopérative bretonne a augmenté ses tonnages toutes références confondues pour atteindre 177 800 t en 2025, soit une hausse de 6 % par rapport à 2024, mais en parallèle le chiffre d’affaires s’érode de 1 % pour atteindre 188 millions €. « Une augmentation des volumes pour une baisse du chiffre d’affaires, c’est un manque de valorisation », traduit le responsable. L’activité horticole se porte mieux avec ses 42 millions € ; soit +3 % par rapport à l’exercice précédent.
L’emblématique chou-fleur paie un lourd tribut de cette conjoncture défavorable : la campagne passée a connu un chiffre d’affaires (CA) en baisse de 31 %, avec des volumes en hausse de 11 %. La première production de la coopérative en termes de CA se comporte mieux : les tomates génèrent 30,6 millions € ; à signaler également les volumes et le chiffre d’affaires en hausse de la gamme salade, à 15,6 millions €. « Nous craignons pour la saison à venir l’arrêt de certains produits phytosanitaires pour protéger ces salades », prévoit Thomas Quillévéré, secrétaire de la Sica. « Nous ne sommes pas pro-phytosanitaires, mais si nous n’avons plus cet insecticide, nos concurrents européens vont continuer à produire avec d’autres molécules. Il y a de la distorsion de concurrence, tout ce qui est homologué en Europe doit être autorisé en France », lance Marc Kéranguéven.
Le vrai prix des produits
Pour ce début d’année, les légumes de plein champ sont en crise. « Depuis le 1er novembre, notre chiffre d’affaires est en baisse de 22 % ». Cette baisse de la rémunération pour les producteurs s’accompagne de conditions extrêmes de récole. C’est le cas notamment pour les choux-fleurs. De plus, avec « un temps doux cet hiver, aussi présent dans d’autres bassins de production, les volumes de légumes se sont télescopés », explique le secrétaire. Et Marc Kéranguéven d’ajouter qu’en 4 ans, « tous les postes de charges ont connu une augmentation à 2 chiffres… En 7 ans, les surfaces ont baissé de 21 %, on ne peut pas parler de surproduction. Aujourd’hui le consommateur est prêt à payer son chou-fleur 2,41 €. Mais ce prix ne paie pas le producteur : le tarif devrait être à 4 €, les repères sont perdus », conclut-il.
Fanch Paranthoën
Baisser la charge mentale
« Nous avons remarqué chez les jeunes producteurs une exposition à une charge mentale forte. Sur une exploitation, c’est le producteur qui fait tout, c’est complexe, c’est une mise en tension. La coopérative a décidé de les accompagner pour les aider à se structurer, en partenariat avec le cabinet de conseils Devin Conseil, pour leur permettre de lever la tête du guidon », explique le président.

