En dix ans, les exploitations laitières ont vu grimper leur volume de production de 56 % et leur productivité du travail de 40 %. Basé sur les UTH et non les heures réelles accomplies, ce chiffre comporte un biais. Il ne dit rien non plus du surcroît de charge mentale ou du bénévolat familial. D’autant que les 0,21 UTH supplémentaire sont exclusivement salariées.
Les économies d’échelle sont faibles en agriculture
Plus de travail et de capital
La hausse de productivité a été permise par de nombreux investissements, dont les robots ne sont que la partie émergée. Cela se traduit par une hausse de 68 % du capital par exploitation et de 63 % par UTH exploitant. Les annuités pour chacun d’eux grimpent de presque 40 %. À l’inverse, la productivité du capital est restée stable sur toute la période, elle connaît même une légère baisse de 1 %. En 2026 il faut toujours environ 1 € de capital pour produire 1 litre de lait. Contrairement au secteur industriel, les économies d’échelle sont faibles en agriculture, en particulier en élevage. L’accroissement d’un troupeau exige très rapidement de nouveaux investissements.
Plus de salariés
En porc, les choses se sont passées différemment. Les kilos de porc vendus par ferme ont cru de 48 %, mais les UTH également. D’où une productivité « apparente » du travail en baisse de 0,25 %. Mais une charge sur les exploitants en hausse car les salariés représentent désormais 57 % des effectifs contre 36 % il y a dix ans.
Dans cette filière aussi, la hausse du capital par exploitation est impressionnante avec + 67 %, et frôle même les +70 % ramenée à l’UTH exploitant. Une exploitation porcine moyenne aujourd’hui, c’est 1 630 000 € de capital pour 270 truies. La productivité du capital baisse de 11 %, en euros constants c’est-à-dire corrigée de l’inflation.
Les bons prix du lait et du porc des dernières années ont conduit les éleveurs à réaliser les travaux de modernisation des bâtiments mis en attente depuis plusieurs années. Il faut aujourd’hui rembourser les emprunts, dans un contexte de chute des prix. On peut comprendre les inquiétudes exprimées depuis l’automne 2025.
Anne Bras / Cerfrance Bretagne


