« Un soir, j’ai aperçu une génisse qui avait du mal à vêler. Je suis allé la voir et j’ai appelé Antoine, en restant sur place… J’ai fait le vêlage et il est arrivé ». Michel Le Roy raconte cette anecdote avec, à ses côtés, son frère Jean-Pierre et Jérôme Salmon, tous trois éleveurs laitiers. Autour d’un café, Antoine Poulain les a conviés, ainsi qu’Anaïs Kermaléguen, animatrice au Cédapa(1), pour évoquer l’importance du rôle qu’ils ont pu jouer dans son parcours d’installation. Précision, Antoine est un Nima (Non issu du milieu agricole) : « alors avoir des voisins qui aident, cela compte ! ».
« En groupe, je peux me comparer, relativiser et gagne en confiance »
Titulaire d’un master de commerce, il a débuté sa carrière par un poste d’animateur économique au sein d’une collectivité : « Mais il me manquait un truc : faire quelque chose qui avait du sens ». Il part alors en Nouvelle-Zélande avec sa compagne Élodie. Et c’est en tant qu’ouvrier agricole en bovin lait qu’il découvre l’élevage. Début 2020, le couple revient en France : c’est décidé, Antoine sera éleveur. Retour à la case formation pour décrocher le BPREA. Bientôt, au cours de recherches personnelles, Antoine s’intéresse au Cédapa, organisme qui préconise un système autonome et herbager : « Un peu ce que j’avais vu en Nouvelle-Zélande, mais adapté à la France ». Il y voit plus clair et se met en quête d’une ferme.
Écueil administratif
Une adhérente du Cédapa lui signale un élevage bovin allaitant à Saint-Bihy : « La ferme était dans son jus, il y avait du boulot, mais les terres étaient regroupées, sur un secteur bien arrosé et puis il y avait la maison… » Commence alors pour lui l’inévitable marathon. Antoine parvient à convaincre une banque, mais butte sur l’administratif : « C’est une vraie machinerie. Vous déposez une déclaration préalable pour la fosse, le temps de l’instruction, la législation a déjà changé. Et des exemples comme ça, j’en ai à la pelle… C’est bien de faire un Plan d’entreprise, mais avec les retards accumulés, ma salle de traite n’a été prête qu’une semaine avant mon premier vêlage… » . Heureusement, dès les premiers mois, Antoine a pu s’appuyer sur un double réseau : le Cédapa et ses voisins agriculteurs.
Soutien technique et humain
Côté Cédapa, il fait rapidement partie du groupe local du Pays de Quintin. « On en a neuf sur les Côtes-d’Armor, précise Anaïs Kermaléguen. Le principe est de faire échanger les éleveurs sur leurs pratiques pour qu’ils avancent ensemble sans forcément faire appel à un intervenant extérieur ». Antoine acquiesce : « Cela m’a permis de poser des bases techniques, d’affiner mon planning de pâturage, d’apprendre à gérer l’herbe au printemps ou encore à établir un parcellaire adapté à mon troupeau puisqu’avant c’était de l’allaitant. Il n’y avait même pas de poignées aux fils ! Et puis en groupe, ajoute-il, je me sens moins seul, je peux me comparer, relativiser et gagner en confiance ».
Reste, sans doute, le plus important : la ‘‘solidarité paysanne’’ qui se scelle d’un regard et d’une poignée de main : « Nos champs sont voisins, on se voit – Comment ça va ? Qu’est-ce qui ne va pas ? – on s’aide quoi… », synthétise Jean-Pierre. « Peut-être, mais pour poser la géomembrane de ma fosse, vous étiez tous là ! », rappelle Antoine. « Parfois, c’est juste de l’inexpérience, poursuit Jérôme, un coup, Antoine fauchait, son tracteur était mal positionné dans la pente, il s’est retrouvé sur deux roues… Il fallait juste poser la faucheuse pour le redresser ». Une solidarité qui va même jusqu’au conseil : « Si une de tes pâtures a vieilli, lui redit Michel, tu la défais, tu mets une orge et tu ressèmes derrière, elle te fera des années… ». Antoine l’écoute : « Oui, je le ferai, si j’en ressens le besoin, rien n’est figé ». Et de conclure en souriant : « Comme dit un de mes collègues du Cédapa, ‘‘c’est bien, comme ça je décide seul grâce aux autres’’ ! »
1 Centre d’étude pour un développement agricole plus autonome
Repères : Installation février 2024 ; Élevage bio ; 40 VL , 130 000 L ; Croisement : Montbéliardes, Normandes, Jersiaises, Holstein ; Monotraite et vêlage groupé de printemps ; SAU : 40 hectares ; Système 100 % herbe ; Prairies permanentes ; 15 ha en fauche ; Andainage et pressage par une ETA ; Principaux intrants : fumier et lisier.
Contacts : • Antoine Poulain, 06 07 52 84 47 • Cédapa, Centre d’étude pour un développement agricole plus autonome, Plérin, 02 96 74 75 50 cedapa@orange.fr

