Le monde qui se dessine n’obéit plus aux règles du commerce, mais à des rapports de force assumés par les nouveaux empereurs du XXIeᵉ siècle. Dans cet environnement instable, l’Europe n’est ni un luxe ni un héritage encombrant : elle est un cadre de protection et de puissance collective, l’un des rares pôles de stabilité mondiale. Raison de plus de ne pas contribuer à son effacement de l’intérieur.
Car les attaques extérieures contre l’architecture européenne sont déjà suffisamment nombreuses. Elles ne doivent rien au hasard. Elles procèdent d’une volonté délibérée de détricoter une construction fondée sur l’État de droit, le primat du politique et la régulation des échanges. Incarnant tout ce qu’il exècre, l’Union européenne est devenue, pour Trump, un ennemi à abattre.
Les Européens ne doivent pas se laisser instrumentaliser
Pourquoi ? Avec 450 millions d’habitants, l’Union européenne représente une puissance économique et politique supérieure – mais désorganisée – à celle des États-Unis. C’est aussi cette masse critique qui dérange. Avec ses valeurs de liberté et de rationalité, elle représente l’ordre face au désordre, le cosmos face au chaos.
Les Européens ne doivent pas se laisser instrumentaliser par des intérêts étrangers dont l’objectif est clair : affaiblir l’Europe pour imposer leurs règles et vassaliser le continent. Manipulations sur les réseaux sociaux, infiltrations politiques, ingérence participent de ces manœuvres de déstabilisation. Les agriculteurs, en particulier, savent ce que signifie l’absence de régulation et la loi du plus fort. Défendre le projet européen, y compris la Pac, ce n’est pas protéger une technostructure lointaine : c’est préserver un cadre politique sans lequel il n’y aura ni souveraineté alimentaire, ni protection des revenus, ni capacité de négociation. Dans ce monde dur, l’Union européenne n’est pas un problème. Elle est une nécessité.

