Les débats parlementaires de ces derniers mois ont sidéré une partie des Français : invectives, postures théâtrales, effacement du débat de fond. Cette fièvre gagne en fait l’ensemble de la vie publique. Désormais, le syndicalisme agricole glisse à son tour sur la pente de la surenchère verbale et idéologique, comme si l’essentiel était d’occuper l’espace médiatique, de prouver que l’on existe, plus que de démontrer ce que l’on propose.
Les manifestations agricoles de la fin d’année et les opérations très médiatisées de début janvier notamment au pied de l’Arc de Triomphe à l’initiative de la Coordination rurale, en offrent une illustration frappante. À certains égards, elles rappellent les débats sur le budget à l’Assemblée nationale : images choc, slogans percutants, formules radicales, pensées d’abord pour marquer l’opinion, quitte à simplifier à l’extrême des dossiers pourtant complexes.
Le risque pour les autres syndicats est l’invisibilisation
Dans ce jeu de visibilité, le risque pour les autres syndicats est l’invisibilisation. C’est ce qui inquiète la FNSEA au premier chef. Face à des méthodes fondées sur le coup d’éclat, le syndicat majoritaire se retrouve poussé à la surenchère. En appelant à des « mesures d’urgence » et en se mobilisant dès cette semaine à Paris avant le rendez-vous du 20 janvier à Strasbourg, il cherche à conserver son leadership syndical quitte à investir les mêmes terrains médiatiques que ses rivaux. La Confédération paysanne tente, elle aussi, d’exister dans cet espace saturé.
Mais l’agitation ne suffit pas à faire avancer les dossiers agricoles majeurs. Les décisions structurantes se construisent rarement sous les caméras, mais dans la durée, au prix de négociations patientes et techniques. À force de confondre visibilité et efficacité, le risque est grand de perdre l’essentiel : la capacité à peser réellement.

