« Ce que je regarde en premier ? La mamelle, évidemment. J’aime quand elle est bien soudée, qu’on sent qu’il y a de bonnes capacités laitières. J’aime aussi quand la vache est ‘‘féminine’’, je veux dire quand elle a du style : assez fine, avec une belle robe, de la force dans les reins, une bonne ossature, une bonne largeur de poitrail. C’est toujours plaisant à voir une belle vache… ».
Quand vous questionnez Lucile, 19 ans, sur sa passion pour l’élevage, ça pétille, les mots se bousculent… Et si, tout simplement, on lui demandait de rembobiner ? « J’ai tout le temps vu papa regarder ses vaches, les inséminer, les emmener dans les concours, j’y allais avec lui, j’y vais toujours. Et puis, avec mon frère et ma sœur, il nous a vite laissés travailler sur la ferme, à la traite par exemple ». Il faut dire qu’étant gamine (avec sa mère infirmière de nuit), c’est Ludovic, son père, qui lève les enfants. Tôt le matin, l’univers de la ferme s’impose et, manifestement, Lucile s’en accommode bien.

Primée au salon
Petite, elle est déjà observatrice, écoute attentivement le conseiller en élevage quand il vient en visite au Gaec, apprend à soigner les veaux, participe à la traite ou à la préparation d’une vache avant un concours… Rien d’étonnant à ce qu’à la sortie du collège, elle intègre le lycée agricole de la Ville Davy à Quessoy, lieu où ses talents de pointeuse vont se révéler.
« J’étais en terminale STAV(1). Une option permet d’apprendre à juger les animaux. À son terme, les huit meilleurs élèves sont sélectionnés pour participer au concours départemental ». Lucile en fait partie et au lycée de Kernilien à Guingamp, ils sont trente sur la ligne de départ. L’épreuve consiste à pointer deux vaches. Elle finit première. La voilà qualifiée pour participer au Concours de jugement des animaux par les jeunes (CJAJ) en race Prim’Holstein au salon de l’agriculture 2024. Cette fois, l’épreuve de pointage réunit quatre-vingt participants : « Les six premiers étaient sélectionnés et devaient ensuite juger au micro des ‘‘red’’. Une fois de plus, Lucile s’en sort remarquablement en terminant à la troisième place : »Je suis fière d’être arrivée jusque-là !« .
Toujours plus loin
Alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Destination le Canada : pas pour y admirer les forêts d’érables, mais d’abord pour la réputation du pays en sélection génétique bovins laitiers. Lucile y passe six mois dans le cadre de son BTS ACSE(2). »J’ai été accueillie à la Mount Elgin Dairy farm dans l’Ontario. Je faisais la traite matin et soir et m’occupais des veaux…« . Cerise sur le gâteau, elle prépare aussi les vaches pour les shows : »Je les soignais, leur donnais à manger, les douchais, les tondais, c’était devenu un rituel. Je présentais les animaux sur le ring et j’appréciais qu’on me fasse confiance. J’aime ça, voir une vache qui marche lentement avec un beau rythme, la tête haute. Je me suis aussi inscrite à une formation courte dans une école au Québec où l’on apprend à préparer les animaux« . Là encore, Lucile finit troisième au classement : »Avec ce séjour au Canada, j’ai renforcé mes connaissances sur les concours et la sélection, maintenant je me fais beaucoup plus confiance« .
J’aime ça, voir une vache qui marche lentement, avec un beau rythme, la tête haute
L’an prochain, elle envisage de s’inscrire en licence marketing, puis de travailler dans d’autres fermes ‘‘branchées sur la génétique’’, ça va de soi. Autre piste : elle se verrait bien exercer comme conseillère en reproduction auprès d’éleveurs laitiers. Souhaitons-lui le meilleur !
Pierre-Yves Jouyaux
1 : Science et Technologie de l’Agronomie et du Vivant
2 : Analyse, Conduite et Stratégie de l’Entreprise agricole
Contact : GAEC Botrel, Planguenoual – 06 62 55 77 50
Tel père, telle fille
Il n’y a pas photo, Lucile Botrel a de qui tenir. Il suffit d’écouter son père Ludovic parler de ses enfants et de sa ferme pour s’en convaincre : »jJai toujours été passionné de génétique, par les concours, la vente des animaux et je suis fier que mes trois enfants s’intéressent à la profession, d’autant que je n’ai forcé la main à aucun d’eux. C’est comme ça, ils sont dedans depuis tout petit !« .Quant à Lucile, Ludovic a rapidement su qu’elle avait des aptitudes pour devenir éleveuse : »Ça se voit, rien qu’à sa façon d’être avec les animaux, elle sait s’y prendre pour les approcher. Quand elle trie un lot de génisses, elle n’y va pas à l’envers ! Elle est faite pour le métier parce qu’elle est persévérante et courageuse. Bien sûr, je suis fier du classement qu’elle a obtenu au Salon à Paris, mais plus encore qu’elle soit arrivée à s’imposer sur la préparation d’animaux dans une école du Québec. Pour le moment, elle est trop jeune pour s’installer, mais elle a bien le temps. Je pense qu’un jour, tôt ou tard, mes enfants viendront travailler sur la ferme« .

