L’accord commercial entre l’Union européenne et les pays sud-américains du Mercosur pourrait être signé lundi. Comme on tend un fruit sucré pour apaiser une colère montante, le Premier ministre s’est empressé d’annoncer un décret visant à suspendre les importations de fruits d’Amérique du Sud, mangues et raisins en tête. Une annonce censée calmer les velléités paysannes. Mais qui, en réalité, tape largement à côté de la cible. Ces produits ne figurent pas parmi les denrées dites sensibles dans le cadre de l’accord.
Cette initiative ressemble davantage à une manœuvre de diversion qu’à une réponse de fond. Sébastien Lecornu ne peut ignorer que la politique commerciale et agricole relève d’une compétence supranationale exercée par l’Union européenne. Les règles d’importation ne se décrètent pas à l’échelle nationale. L’affichage politique est donc sans portée juridique réelle.
Seuls 4 pesticides sont visés, alors que 72 substances sont interdites en Europe
Plus troublant encore : seuls quatre pesticides sont visés par cette annonce, alors que 72 substances interdites en Europe restent autorisées dans les pays tiers. Que fait-on des 68 autres, toujours utilisées massivement, notamment en Amérique du Sud ? Tant que les agriculteurs brésiliens continueront à produire avec des intrants prohibés sur le sol européen – parfois fabriqués ou commercialisés par des entreprises à capitaux européens – la concurrence restera profondément biaisée.
La seule réponse crédible réside dans l’application rigoureuse des clauses miroir, assortie de contrôles stricts aux frontières de l’Union. C’est à ce prix seulement que l’on protégera à la fois les agriculteurs européens et les consommateurs. Le reste relève de l’accessoire, voire de la démagogie. Encore faut-il que l’Europe se donne les moyens – ou simplement la volonté – de faire respecter ses propres règles.

