Politique et Syndicalisme

« Une amélioration en trompe-l’œil »

Véronique Le Floc’h, présidente de la Coordination rurale Bretagne, s’étonne de la progression du prix moyen de 240 € du veau de moins de 80 kg exporté.

Dans un contexte de décapitalisation du cheptel bovin français, la mise en avant de la hausse effective de 8 % des exportations de veaux d’élevage de moins de 80 kg de janvier à mi-septembre 2022 par rapport à 2021, publiée la semaine dernière, ne doit pas masquer les évolutions négatives des exportations des bovins laitiers de 80/300 kg !

Moins de veaux lourds

Sur cette période, les 8 % d’augmentation s’entendent en poids vif (+ 1 089 tonnes) et sont largement gommés par la baisse de 14 % d’exportations de bovins de 160/300 kg (- 4 400 t) – et celle des veaux de 80/160 kg (- 500 t) –. En toute logique, avec moins de vêlages et plus de veaux légers exportés, on a donc moins de veaux lourds exportés ! Avec un prix moyen de 240 € le veau de moins de 80 kg sur cette période, ces exportations ressortent plus rentables, et certainement plus pour les industriels que pour les producteurs…

+ 10 M€ en 4 ans

En termes de valeurs, les exportations totales annuelles de veaux de moins de 80 kg atteignent les 75 M€, en progression régulière ces dernières années (65 M€ en 2018) alors que celles des 160/300 kg dépassent tout juste les 140 M€ contre près de 217 M€ en 2018 ! Si les exportations de veaux légers progressent bien vers l’Espagne, et l’Italie, celles des veaux plus lourds accusent une baisse de près de 50 % (- 49 M€). Vers l’Italie aussi, elles baissent de 30 % (-26 M€). Il n’y a que vers l’Algérie qu’elles augmentent (+ 50 %) mais uniquement de 5 M€.
D’où l’interrogation très pertinente de l’Idele : « Dans un contexte de raréfaction de l’offre, sera-t-il toujours possible de maintenir nos niveaux d’exportation tout en assurant une juste rémunération des éleveurs comme des autres acteurs de la filière ? »

Pas si sûr, car notons qu’à l’inverse de la décapitalisation en France (-200 000 laitières entre 2016 et 2021), l’Espagne, qui achète 90 % de nos veaux d’élevage de moins de 80 kg en volume, a augmenté son cheptel total de bovins toutes catégories confondues de 9 % et sa production laitière de 20 % entre 2010 et 2020 quand l’Italie, notre deuxième client en bovins, a aussi vu progresser sa production laitière de 13,4 % entre 2015 et 2020 (2020 : 12,6 millions de tonnes).

Plus de transparence

En conclusion, de la transparence sur ce marché de veaux vifs, comme celui de la viande en général, devient urgent. La forte dépendance à l’Espagne et l’Italie est-elle durable ? À qui nos acheteurs en ferme vendent-ils les veaux et qui sont ces grands exportateurs ? Vendre (exporter) pour racheter ensuite, nous éloigne de la logique de la souveraineté alimentaire !

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