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La carte de la complémentarité

Maraîchage

À la ville, Claire Vidie et Thibaut Le Mennec sont belle-sœur et beau-frère. Aux champs, les deux trentenaires sont associés au sein d’un Gaec maraîcher biologique depuis février dernier. Une reconversion professionnelle menée tambour battant. Et avec succès.

Ingénieure agronome de formation, Claire Vidie travaillait auparavant dans une organisation agricole, sur le volet développement de filières. Thibaut Le Mennec, lui, était conseiller en production végétale, principalement dans le domaine des céréales, mais surtout « passionné de maraîchage depuis toujours ».
« Thibaut est mon beau-frère, nous nous connaissons depuis 12 ans, souligne Claire. Et nous avions tous deux envie d’entreprendre en agriculture ». Le projet qui les a réunis ?
Le maraîchage bio sur sol vivant. « Dans ce mode de culture, l’objectif est de reconstituer le cycle naturel de fertilisation, précise la jeune femme. Il s’agit de nourrir le sol pour nourrir les plantes ». Les principaux leviers d’action pour y parvenir sont le paillage organique, le recours aux engrais verts afin de ne jamais laisser les parcelles à nu et la limitation du travail du sol. « L’idée est d’exporter le moins de choses possible, hormis la récolte, ajoute Thibaut. Les restes d’une culture servent à fertiliser les suivantes ».

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Parmi les plants de mâche, prospèrent quelques champignons, alliés du maraîchage sur sol vivant.

En avance sur le prévisionnel

Restait toutefois à trouver le lieu où concrétiser leur vision commune de l’agriculture. L’opportunité se présente en février 2020 sous la forme d’un terrain de 2,06 hectares proposé en fermage sur la commune de Mouazé, à une vingtaine de kilomètres au nord-est de l’agglomération rennaise. Une parcelle déjà en bio, sans avoir à investir dans du foncier… Le duo saisit l’occasion, avec l’appui financier du Crédit Mutuel de Bretagne. Un an plus tard, le Gaec du Grand Champ voit le jour. Entre le parcours d’installation, la réalisation du forage, l’installation de l’irrigation, le montage des serres et le démarchage des futurs clients, les journées ont souvent été longues lors de la phase de préparation. Puis, dès l’installation effective, il a fallu enchaîner sur la production. Mais Claire et Thibaut ont tenu bon. Et après 10 mois d’exploitation, les résultats sont plus qu’encourageants : « Par rapport à notre prévisionnel, nous sommes déjà au niveau de la troisième année ! »
Il est vrai que le binôme se complète parfaitement. Claire s’occupe de la gestion, de la commercialisation et des relations avec les fournisseurs. « Bref, de tout ce qui implique le téléphone et l’ordinateur », plaisante celle qui passe tout de même 60 % de son temps au champ. Thibaut se consacre, lui, à la production et à la planification des cultures. « Nous nous faisons mutuellement confiance, chacun est valorisé dans son activité, reconnaît ce dernier. Toutes les décisions stratégiques sont prises à deux. Car la planification est forcément liée à la commercialisation ! ».

Un bel étal

Pour se fournir en jeunes plants maraîchers, le duo s’approvisionne auprès d’un Gaec bio spécialisé de Vendée. Seuls les plants de cucurbitacées sont produits sur place. Quant au paillage – principalement du foin – il provient, pour les trois quarts, de la ferme voisine.
À la serre tunnel simple déjà présente sur le site, sont venus s’ajouter, dès le départ, un autre tunnel simple et deux tunnels doubles. Soit une surface totale sous serres de 2 900 m². Un équipement qui, à lui seul, représente plus du tiers de l’investissement global de 100 000 euros. « Mais c’était indispensable. Sans les serres, nous n’aurions pas la même gamme de légumes, ni la même productivité ».

Sur l’année, le Gaec produit une quarantaine de variétés distinctes. « Il faut de la diversité pour faire un bel étal ! » Et, même en plein cœur de l’hiver, celui que propose le Gaec, chaque mercredi après-midi sur le marché de Chevaigné, comporte une bonne vingtaine de légumes différents. Outre ce canal de vente directe, les productions « maison » alimentent également le magasin Biocoop de Saint-Aubin-du-Cormier, bientôt celui de Saint-Aubin-d’Aubigné, la cantine d’une école locale, la cuisine centrale de Betton, ainsi qu’une épicerie du centre de Rennes. Le bon sens paysan invitant à ne pas mettre tous ses œufs – ni ses légumes – dans le même panier !

Être bien accompagné

Avec bientôt une année de recul, Claire et Thibaut ne regrettent pas leur changement de cap professionnel. Cela a certes demandé beaucoup de travail, mais leurs efforts ont été récompensés. « Nous devrions atteindre notre rythme de croisière dès le mois de février prochain ». Alors à ceux qui s’apprêteraient à les imiter, tous deux recommandent de « bien préparer son dossier et de toujours y croire. Et, surtout, de bien se faire accompagner. Les compétences existent, il faut choisir avec soin ses partenaires et retenir ceux qui comprennent vraiment votre projet ». Parce qu’un environnement dynamique, tout comme un sol vivant, favorise l’enracinement des jeunes pousses !

Jean-Yves Nicolas

La qualité du binôme  L’une des grandes forces de ce Gaec est la qualité du binôme constitué par Claire et Thibaut. Chacun d’entre eux connaît parfaitement ses dossiers. L’une est très douée pour le volet commercial, sait toujours où trouver les informations qui pourraient être utiles ; l’autre est très pointu sur la technique maraîchère. Cela donne une vraie complémentarité à leur association. Par ailleurs, le fait de ne pas avoir à investir dans un achat de foncier lors de l’installation leur a permis de ne pas grever la rentabilité de l’exploitation par des remboursements. Leur implantation géographique constitue également un atout. Nous sommes ici à un quart d’heure de Rennes : il y a de la demande et des débouchés pour des produits maraîchers bio.Julien Boisgontier, Chargé de clientèle agricole, CMB
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