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Le maïs, une culture durable

La filière maïs lance une campagne de promotion baptisée « Les Épis(odes) du changement », visant à valoriser la place du maïs dans le quotidien des Français, et communiquer sur sa durabilité. Regards croisés avec Anne Kettaneh, directrice de la communication à l’AGPM (Association des producteurs de maïs), et Michel Moquet, ingénieur régional Arvalis-institut du végétal en Bretagne.

Plante d’origine tropicale, décriée car exigeante en eau, le maïs est-il une culture durable ?

Anne Kettaneh : C’est un des objectifs de la campagne : montrer que le maïs est bien une solution pour accompagner la souveraineté alimentaire et les évolutions sociétales et climatiques. Tout d’abord, il faut noter que le maïs est source d’autonomie dans les exploitations d’élevage. D’abord alimentaire mais aussi en matière de fertilisation si l’on intègre la fertilisation organique valorisable dans les élevages : on est réellement dans un cercle vertueux. Au niveau des intrants, c’est aussi la plante la moins traitée à l’hectare : on dénombre 1,5 traitement pour le maïs contre 2 à 6 dans les autres grandes cultures. Certes elle a également besoin d’eau. Mais c’est aussi une plante efficiente : c’est la culture qui produit le plus de matière par kilo d’eau. Avec l’innovation variétale, les outils d’aide à la décision, le développement des biocontrôles contre les ravageurs, et le développement des réserves d’eau durant l’hiver, les travaux se poursuivent pour augmenter cette durabilité de la culture.

Michel Moquet : Si la culture est décriée c’est surtout par rapport à la complémentation azotée nécessaire à cet aliment très énergétique, dépendant de la protéine importée. Des travaux sont en cours pour évaluer les rations associant maïs et fourrages riches en protéines, produits localement. L’objectif est d’améliorer l’autonomie protéique, sans dégrader les performances techniques et économiques des élevages. Car le système maïs/soja en bovin reste le plus performant économiquement actuellement…

Faut-il s’attendre à avoir moins de maïs en Bretagne, ou des évolutions de pratiques culturales face au réchauffement climatique ?

A.K. : L’aptitude de la plante à capter beaucoup de CO2 et à bien valoriser l’eau grâce à une photosynthèse en C4 (propre entres autres aux plantes tropicales et qui diffère du mécanisme en C3 des autres cultures, par le mode de fixation du dioxyde de carbone au cours de la photosynthèse) la rend adaptée aux évolutions à venir. Un hectare de maïs capte 2 à 4 fois plus de CO2 de l’air qu’un hectare de forêt. Nous souhaitons faire évoluer les pratiques pour en capter encore plus, avec des systèmes bas carbone, en insistant par exemple sur les couverts végétaux.

M.M. : Les projections sont assez favorables au maïs dans les années à venir dans la moitié nord de la France. En effet, actuellement nous ne sommes pas à l’optimum thermique pour cette culture et l’augmentation de température apporte une offre supplémentaire au niveau du cycle. Cette évolution climatique ne s’accompagnera pas, a priori, d’une moindre pluviométrie, mais la répartition pourra poser problème, en particulier en été. L’alimentation en eau reste cruciale. Faudra-t-il parler d’irrigation ponctuelle dans certaines zones ? C’est une tendance problable. Mais si ces évolutions impactent le maïs, les autres fourrages ne sont pas mieux lotis. La diversification sera sûrement nécessaire. Le maïs aura toujours sa place, avec un déroulement des stades végétatifs plus rapide, exigeant des comportements plus réactifs notamment par rapport au choix variétal, à la date de semis ou d’ensilage… L’offre variétale devra s’étoffer avec des précocités adaptées, et plus de résilience au stress thermique et hydrique, tout en maintenant le niveau de performances. C’est une des voies de progrès de la filière.

A.K. : Il est pour cela important que la filière européenne ait accès aux nouvelles techniques de sélection pour accéder à ces variétés plus rapidement grâce aux nouvelles techniques d’amélioration du génome.

La concurrence entre la vocation nourricière du maïs ou sa diversification en production d’énergie est-elle fondée ?

A.K. : Le maïs est une ressource parmi d’autres. Il peut être source de revenu et source d’autonomie énergique. L’objectif peut être d’être autonome sur les deux tableaux, mais la vocation première du maïs c’est sa vocation nourricière. Ces nombreux usages ancrent la filière maïs dans les territoires, où elle constitue une véritable source d’emploi.

M.M. : Potentiellement, il y a une concurrence possible entre les destinations. Les interrogations sont logiques, surtout certaines années où le fourrage fait défaut. Mais, la réglementation plafonne actuellement à 15% l’intégration de cultures principales, dont le maïs, dans les digesteurs. En France, cela restera un usage marginal du maïs. On peut aussi y trouver des arguments positifs : un maïs fourrage dans une méthanisation permet par exemple de sécher un fourrage riche en protéines avec la chaleur produite… Mais le débat dépasse
le maïs fourrage. C’est le choix d’une entreprise à produire des productions végétales et animales. C’est aussi un débat de territoire et de société, avec en ligne de mire la vocation nourricière de l’agriculture ou pas.

Propos recueillis par Carole David

Première région productrice
Le maïs représente 450 000 ha sur les 4 départements bretons en moyenne chaque année, à 75 % à destination de fourrage et 25 % pour le maïs grain selon les niveaux de rendement. « Au niveau de la densité moyenne par département, la région représente certainement la première région productrice de maïs dans l’Hexagone », mentionne Michel Moquet, d’Arvalis-institut du végétal. Malgré cette densité, « la Bretagne importe du maïs de d’autres régions », mentionne Anne Kettaneh, de l’AGPM. Un tiers de la production de maïs est réalisée dans le Grand Ouest (Bretagne/Normandie/Pays de la Loire), la moitié étant destinée au maïs fourrage.

En savoir plus : Nouvelle campagne de communication sur www.lesepisodesduchangement.fr

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