Élevage

Le streptocoque, une auto-vaccination efficace ?

Streptococcus Suis provoque des arthrites, des méningites, voire de la mortalité en post-sevrage. L’autovaccin administré aux truies n’est efficace qu’à certaines conditions, souvent liées aux soins en maternité.

Pourquoi les autovaccins sont-ils parfois inefficaces ? Morgane Rémond, vétérinaire, donnait sa réponse lors du forum en ligne organisé par le réseau Cristal. « La réussite de l’autovaccin est liée au contexte ou à la conduite de l’élevage ». Le premier facteur clé de succès est la prise colostrale. Une étude, réalisée en 2018, montre la répartition des statuts immunitaires des porcelets à 24 heures selon leur rang de naissance pour des portées de 10 à 15 nés vifs et de 16 à 24 nés vifs. Les résultats interpellent. Dans les « petites portées », seuls 10 % des derniers-nés (à partir du 12e) ont un statut immunitaire insuffisant (taux d’IgG dans le sang). Dans les portées hyperprolifiques, ce taux d’insuffisance est atteint dès le 4e porcelet. 30 % des derniers-nés (au-delà du 15e) n’ont pas assez d’IgG à 24 heures (voir tableau). « 60% de ces porcelets déficitaires meurent dans les trois premières semaines, contre 4 % pour les porcelets qui ont un taux d’IgG fort ». Il faut 200 à 250 g de colostrum au minimum par porcelet pour avoir à la fois de l’énergie et un statut susceptible de le protéger, en ayant des anticorps maternels en nombre suffisant, dont des « anti Streptococcus Suis ». Cette protection dure quelques semaines. « À l’inverse, une mauvaise prise colostrale entraîne un déficit immunitaire et des cas de streptococcie dès les premières semaines de vie  ».

Dans les dents

L’épointage ou le meulage des dents explique parfois l’échec de l’auto-vaccination, selon la vétérinaire. « Ils sont responsables de lésions à court et moyen terme. Les élevages hyperprolifiques peuvent cumuler ces lésions qui sont une porte d’entrée pour les agents pathogènes (pendant plusieurs semaines) et un déficit immunitaire ». Morgane Rémond conseille de faire des essais sans épointage ou, à minima, de ne pas le faire avant un jour de vie « car l’opération crée une douleur qui peut limiter la consommation de colostrum dans les premières heures ».
Les risques digestifs doivent être évités : stress thermique, transitions alimentaires, sevrage et mélanges, mauvaise acidification de l’eau.

Statut respiratoire

La présence de maladies respiratoires peut annihiler l’efficacité de l’autovaccin. « Le SDRP facilite le passage du streptocoque suis vers l’épithélium respiratoire et abaisse les défenses immunitaires ». Idem pour le virus grippal. La fréquence du changement d’aiguilles lors de la vaccination peut également être incriminée. « Moins de cinq truies par aiguille », conseille la vétérinaire. « Sinon, l’aiguille se dégrade et facilite le transport d’agents pathogènes. Il y a un risque d’abcès et une perturbation de la réponse immunitaire vaccinale ». La recherche se poursuit. « Le rôle des souches de streptocoques doit être mieux appréhendé ; le microbiote (déséquilibre) peut apporter des réponses. D’autres pratiques sont peut-être à risque ». Dans l’immédiat, l’autovaccin, utilisé dans de bonnes conditions d’élevage, reste un élément de protection efficace.

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