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Écoliens, emploi et valeurs partagés

Depuis 10 ans, dans les Côtes d’Armor, un emploi partagé fait le lien entre des agriculteurs du même secteur partageant « envie et vision communes ».

Depuis janvier 2014, Laura Guernion travaille comme salariée agricole du groupement d’employeurs Écoliens dans les Côtes d’Armor. Tout au long de l’année, rayonnant sur 35 km autour de son domicile, elle partage son temps en passant d’une ferme à l’autre pour apporter un complément de main-d’œuvre. « Le métier et surtout cette manière de fonctionner me conviennent parfaitement car je n’aime pas du tout la routine », confie-t-elle.
Non issue du milieu agricole mais sensible au monde rural depuis l’enfance, après ses diplômes de BTS GPN (Gestion et protection de la nature) puis Acse, la jeune femme a d’abord envisagé de devenir conseillère spécialisée en évolution vers des systèmes agricoles plus extensifs. « Comme je ne trouvais pas de boulot sur ce créneau, j’ai mené pendant près de deux ans des missions d’intérim en usines agroalimentaires. Jusqu’à la lecture d’une offre d’emploi dans les petites annonces de Paysan Breton… C’est comme cela que tout a commencé », sourit-elle.

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Dans des conditions neigeuses exceptionnelles, Laura Guernion fait le point avec Georges Étesse, producteur de lait à Plémy.

L’apprentissage de la technique n’est pas si compliqué

Au démarrage d’Écoliens, petite structure qui souffle ses 10 bougies cette année, les producteurs de trois fermes engagées en agriculture biologique avaient été rejoints par deux éleveurs en conduite herbagère dont Georges Étesse. Installé à Plémy, ce dernier raconte : « Vergers de pommiers, endives de plein champ, maraîchage, viande bovine, apiculture, chèvres et vaches laitières, volaille, vente directe ou filière longue… Nous avions des activités très différentes mais tous en commun une vraie sensibilité à la question environnementale. Cela a certainement facilité notre bonne entente ainsi que la définition du profil de personne à embaucher.  » À l’époque, les employeurs s’étaient rassurés en choisissant un candidat « déjà opérationnel » avec les animaux et les engins. Mais après quelques années, le salarié est parti pour s’installer…

« Pour notre deuxième recrutement, l’expérience n’était plus aussi prioritaire à nos yeux. Nous voulions surtout quelqu’un s’adaptant facilement à la vie de groupe et adhérant à nos valeurs et nos façons de produire », précisent Emmanuelle et Ludovic Billard associés en Gaec à Laurenan. « Tout cela, nous l’avons senti chez Laura. Et nous nous sommes aperçus que l’apprentissage de la technique n’est pas si compliqué quand la personne est motivée », ajoute Gilles Thomas, producteur de lait à Quessoy.

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« La richesse du poste vient aussi de la diversité des personnalités de mes patrons. »

« Pas d’expérience, mais pas d’a priori »

Avant son arrivée, la future salariée a d’ailleurs débuté par deux semaines de stage financées par Pôle emploi sur l’une des fermes pour maîtriser la conduite d’engins et acquérir des notions d’entretien mécanique. « Pour un agriculteur, monter sur un tracteur n’a rien d’impressionnant, mais grâce à cette formation initiale, je suis arrivée rassurée. Mes employeurs aussi étaient rassurés…  », sourit Laura Guernion. Le reste est venu naturellement en apprenant sur le tas. « Si je n’avais pas de bagage agricole, je n’avais pas non plus d’a priori. Ainsi, chaque employeur, patient et attentif, a pu en quelque sorte me modeler à sa manière de travailler. L’un utilise l’aromathérapie, l’autre l’acupuncture… Chez certains, je fais systématiquement la traite, chez un autre assez rarement. » Un jour, la salariée opère seule, en autonomie totale. Un autre, elle travaille en duo avec un accueillant. Laura est tout autant partante pour gérer l’alimentation du troupeau que pour sauter sur un tracteur pour un chantier de travail du sol ou de fenaison ou assurer une préparation de commande ou une livraison. « L’organisation du groupement fait que les tâches s’équilibrent naturellement. Mon poste est intéressant grâce à toute cette diversité d’activités mais aussi à la richesse des personnalités de mes patrons. »

Au fil des années, certains employeurs ayant fait valoir leur droit à la retraite, d’autres les ont remplacés dans le groupe. L’engagement minimum pour une ferme est de 12 jours de travail par an. Peu à peu, un climat de « confiance réciproque » s’est construit et la salariée a trouvé sa place au centre de ce petit écosystème. Elle en est même devenue la « messagère » ou le « trait d’union », estime Georges Étesse. Alors que beaucoup ne perçoivent plus certains « petits détails » dans leur quotidien ou « ces choses sans cesse repoussées », Laura apporte son œil extérieur, transmet des pratiques ou des idées qui « déclenchent des changements ».

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Les rendez-vous trimestriels d’un réseau vivant
Les réunions trimestrielles sont au cœur du fonctionnement du groupement à la présidence tournante. « C’est un moment convivial, riche d’échanges autour de la vie du groupe mais aussi de celle de nos fermes », apprécient Massumi Piel et Dominique Bouyer, éleveurs de brebis à Plouguenast. C’est le moment d’élaborer le planning des mois à venir pour Laura Guernion en fonction des besoins et impératifs de chacun. « S’il y a un quelconque différend, tout est mis à plat ensemble.  » Ce travail en collectif permet de faire bouger les lignes. « Nous avons par exemple mis quelques années à uniformiser nos cahiers de consignes. Un outil indispensable pour passer des consignes claires à Laura et éviter tout malentendu. Cela oblige à bien organiser ses journées, notamment quand il y a plusieurs associés sur une ferme », terminent Valérie et Olivier Josset, producteurs de lait à Hillion.

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