Découvertes

À Belle-Ile-en-Mer, Jérôme est à la fois éleveur et inséminateur

Depuis 2010, Jérôme Le Doux partage son temps entre l’exploitation familiale où sont produits agneaux et broutards et sept fermes de Belle-Ile-en Mer. Salarié à mi-temps du Syndicat des éleveurs, il suit et insémine quelque 450 vaches laitières.

Dix heures : Jérôme gare sa fourgonnette dans la cour de Xavier Samzun à Borticado, l’un des hameaux de Sauzon, à l’ouest de l’île. « C’est drôle, avec Xavier on était ensemble au lycée du Gros Chêne à Pontivy, se souvient-il, quatre gars de Belle-Île dans la même classe ! ».
Il a reçu l’appel de l’éleveur bovin ce matin. Au programme : une première insémination et un retour. Les deux hommes se connaissent bien et pendant la préparation du matériel, échangent quelques mots sur le coup de vent qui a balayé l’île dans la nuit. Une fois ses deux interventions effectuées, Jérôme profite d’être là pour vérifier si les trois dernières vaches qu’il a inséminées sont bien pleines… « Pour être ajouté sur la tournée, on peut m’appeler jusqu’à 8 h 30 », indique-t-il. Ainsi, le jeune éleveur consacre ses matinées à remplir une mission d’ordinaire dévolue au technicien du fournisseur de semence. Et cela ne date pas d’hier puisque depuis près de cinquante ans le Syndicat des éleveurs de Belle-Île a fait le choix de prendre en main ce service et de le confier à un agriculteur pour s’assurer d’une organisation souple et réactive.

Au pied du mur

Mais pourquoi a-t-on pensé à Jérôme pour ‘‘faire le job’’ ? « Après mon Bac, je voulais m’installer avec mon père, seulement il n’y avait pas de quoi me sortir un revenu sur l’élevage. Alors pendant trois ans, j’ai travaillé comme maçon tout en étant cotisant solidaire pour créer mon propre troupeau de moutons ».
En 2010, quand se libère le poste d’inséminateur, Franck Guégan, président du syndicat, le sollicite : « Je savais qu’il était en CDI, mais il avait deux qualités à nos yeux : être jeune et fils d’agriculteur… On lui a donc proposé le poste ».
Jérôme ne l’ignore pas : il va y perdre en salaire, pourtant il accepte. « Travailler à mi-temps me permettait de rejoindre mon père sur le troupeau d’allaitantes et de l’aider à développer la ferme ».
Après trois mois de formation en alternance, il devient le cinquième agriculteur bellilois à endosser ce double costume d’éleveur-inséminateur.

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Après son passage dans les fermes, Jérôme s’arrête dans une parcelle de Bangor pour soigner ses agneaux.

À l’ancienne…

Ainsi, Jérôme insémine la grande majorité des laitières de Belle-Île en lien avec Evolution, coopérative qui lui fournit les doses et le matériel nécessaire. Autonome, il s’organise, récupère les bonbonnes d’azote et la semence au port du Palais et réalise environ 400 inséminations à l’année. Sa connaissance des fermes et des habitudes de chaque éleveur lui permet de travailler efficacement et dans une confiance réciproque. Il n’y a guère qu’au plan administratif que le protocole diffère de celui en vigueur sur le continent : « Ici, pas besoin d’allumer l’ordinateur, ni de scanner les codes-barres. Je note tout à la main puis transmets le double des fiches au centre d’insémination à Noyal-sur-Vilaine ».

Garder Jérôme

Assurant également le pesage du lait sur l’île, Jérôme a su trouver un équilibre et une organisation qui lui conviennent, mais il le sait, le financement de son poste est fragilisé par la baisse continue du nombre d’inséminations. En dix ans, Belle-Île a perdu la moitié de ses éleveurs laitiers.
«  À terme, ni les subventions intercommunales, ni le comice agricole ne suffiront à compenser ce manque de rentrées, insiste Franck Guégan, présidant du syndicat. Notre but n’est pas de faire de l’argent, bien sûr, mais on tient à maintenir un service abordable et de qualité pour les éleveurs bellilois. Alors nous nous battrons pour garder Jérôme parce qu’il donne entière satisfaction ».

Belle-Île-en-Lait ?
Superficies limitées, terres à faible valeur agronomique, embruns, vent… Produire du lait à Belle-île-en-Mer n’a jamais été chose facile. Dans les années 60, on compte pourtant une cinquantaine de fermes qui transforment et vendent leur production sur l’île. Du circuit court avant l’heure… pour de faibles quantités. Mais avec l’avènement des normes sanitaires, l’arrivée des premiers supermarchés sur l’île et l’aspiration légitime des exploitants à entrer dans la modernité, la donne change. Plus question de transformer à l’ancienne et d’ignorer l’évolution rapide des habitudes de consommation. Il faut s’adapter. Au milieu des années 70, à l’initiative de quelques agriculteurs, le Syndicat des éleveurs de Belle-Île se constitue avec pour objectif de valoriser l’agriculture insulaire. Les quatre communes de l’île suivent : elles organisent même et financent un système de collecte pour livrer le lait sur le continent, cas unique en France, toujours d’actualité .

Ainsi, les éleveurs peuvent rester compétitifs tout en créant leur propre poste d’inséminateur. Aujourd’hui, soumis à la tendance générale (déclin du nombre d’exploitations et faible rémunération du lait) les éleveurs de Belle-Île s’interrogent sur leur avenir. Combien de temps continueront-ils à exporter sur le continent 90 % des 2,3 millions de litres produits chaque année ? Fruit d’un travail mené depuis 2014, le projet d’une laiterie coopérative associant cinq exploitants et deux futurs salariés pourrait bien apporter une partie de la réponse. « Nous rencontrons un écho favorable auprès de la Région, de la Communauté de communes et du député de la circonscription », souligne Mary Anne Bassoleil, co-présidente de l’association de préfiguration de la coopérative qui évalue l’investissement à 1,2 million d’euros. La construction d’un bâtiment de 500 m² où sera transformée une partie du lait collecté en yaourts ou fromages devrait débuter avant la fin 2021.

Pierre-Yves Jouyaux


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