Côtes d'ArmorPolitique et Syndicalisme

De la culture à l’agriculture

Érik Orsenna, écrivain passionné par la nourriture et ceux qui la produisent, était l’invité d’une table ronde organisée par Agriculteurs de Bretagne.
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ÉRIK ORSENNA

« Figurez-vous que la Terre n’est pas peuplée que d’humains. D’autres êtres, tout aussi vivants que nous, partagent cette copropriété, et pas toujours pour la tranquillité générale », a écrit Érik Orsenna dans son dernier livre ‘Cochons, voyage au pays du vivant ‘. Un rappel ô combien d’actualité en cette pandémie mondiale qui met le monde et la science à genoux alors que « ce virus de coronavirus n’est rien sans nos cellules pour vivre. » Un appel aussi à rester humble face à cette nature où, « nous, humains, n’avons pas le monopole du vivant ».

« De tous les animaux, le cochon nous est le plus proche »

« Le cochon nous accompagne depuis toujours. Nous adorons sa viande, et comme, génétiquement parlant, il nous ressemble comme personne, nous avons prélevé en lui des valves pour soigner nos cœurs défaillants et de l’insuline pour guérir notre diabète », écrit l’écrivain. « C’est en quelque sorte notre médecin. Saluons nos frères roses à quatre pattes », rappelle avec humour l’académicien, invité à l’émission « Dans les coulisses de Agriculteurs de Bretagne », mardi 3 novembre.

Expliquer sans relâche

Et c’est avec positivité, simplicité et spontanéité qu’il a réagi aux actions de communication et questionnements de la structure qui l’a invité. Liant la notion de culture et d’agriculture. Ou comment passer de la nourriture de l’esprit à celle du corps. « Le monde est de plus en plus complexe, avec les apports de la science ». Il n’y a pas que l’agribashing contre lequel il faut lutter, il y a aussi le « savoir-bashing », insiste-t-il.  Aussi, même si « expliquer est épuisant, il n’y a pas d’alternatives », réagit Danielle Even, présidente d’Agriculteurs de Bretagne. Et Dominique Gautier, éleveuse à Tréverec (22), de rajouter : « Il nous faut donc expliquer sans arrêt, le métier complexe qu’est le nôtre, et qui peut être compliqué à comprendre. L‘objectif ? Sortir de cet amour vache ‘Je t’aime moi non plus’ entre producteurs et consommateurs. » Sur 3 enquêtes réalisées en 23 ans, 66 % des Bretons ont une bonne image de l’agriculture, une tendance qui reste stable entre 1997 et 2020. « La nouveauté, c’est ce terme agribashing », note Hervé Le Prince, de l’agence Newsens. Une notion approuvée par 26 % des Bretons (sur un panel représentatif de 800 personnes), et avec laquelle 56 % des Bretons ne sont pas d’accord, 25 % ne le connaissent pas. « On peut déplorer les méthodes, mais l’agribashing peut aussi avoir du bon, en poussant tout le monde à aller de l’avant », ajoute Érik Orsenna. « Si le modèle breton a fait ses preuves, il doit évoluer. » Selon le pas de temps agricole, rappellent cependant les professionnels, qui n’est pas forcément celui des consommateurs, « ce qui peut expliquer leur impatience ». 

Fabriquer du social sur les réseaux
Avec les périodes de confinement, Agriculteurs de Bretagne a dû revoir sa façon de communiquer pour continuer à présenter « l’agriculture bretonne, son évolution, son quotidien sans tabous », rappelle Danielle Even. Si de nouvelles formules, en comités plus réduits, ont vu le jour sur les marchés et sites touristiques cet été, où la plaquette ‘5 questions’ élaborée avec Paysan Breton a pu y être distribuée, les réseaux sociaux sont aussi plus sollicités. « C’est important de faire comprendre aux ‘enfants gâtés’ ce qu’il y a derrière la nourriture. Mais le réseau social est abstrait, il a tout sauf du social. Il faut y mettre de l’humain, de la fraternité », insiste Érik Orsenna.

Une ‘industrialisation’ à définir

« On a une production locale qui a du sens sur le territoire, et qui est importante pour son économie. L’humain est au centre de nos exploitations », ajoute Danielle Even. Face à des exploitations de 28 000 truies sur 8 étages, 40 000 vaches laitières à l’étranger, comment peut-on encore cataloguer l’agriculture familiale bretonne d’industrielle ? Ces termes sont « une escroquerie. Dans ces exemples, on ne peut pas parler d’élevage mais plutôt de protéines sur pattes », répond l’écrivain, clamant haut et fort qu’on pourrait faire appel à la chimie
pour produire ce type de protéines. « Avec nos systèmes de production, on a de la marge ! Le problème c’est qu’en France on n’appelle pas les choses par leur nom… », déplore-t-il.

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