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Exploitations laitières : L’astreinte pèse toujours davantage

L’enquête de la Chambre d’agriculture auprès de 30 ateliers bretons confirme qu’en 15 ans l’agrandissement des troupeaux a sensiblement augmenté la charge de travail au quotidien pesant sur les femmes et les hommes.

À l’occasion d’une conférence en ligne du Space, les conseillers de la Chambre d’agriculture de Bretagne sont revenus sur les résultats de leur étude menée sur le temps d’astreinte en élevage laitier. L’objectif était de « dégager des repères » pour nourrir les réflexions des éleveurs à l’heure de la préparation d’une installation ou d’une reprise, d’une embauche ou d’un changement de stratégie (automatisation, délégation). « Mais aussi d’identifier les techniques ou systèmes efficients en termes d’organisation du travail. »

En hiver, 42 minutes d’astreinte par semaine par vache

L’analyse des données collectées a notamment révélé qu’il faut compter, en hiver, en moyenne 58 heures d’astreinte par semaine pour un troupeau de 73 vaches laitières (cheptel moyen de l’échantillon). Au printemps, ce temps d’astreinte diminue sensiblement à 44 heures par semaine pour 68 vaches (157 bovins au total) « avec globalement moins d’intervention en lien avec l’alimentation, la gestion du troupeau et la conduite du bâtiment ».
Si l’on rapporte ce temps à l’unité de main-d’œuvre, en hiver, l’astreinte est de l’ordre de 30 heures par UTH contre 24 heures au printemps pour un nombre d’animaux comparable. Un résultat relativement similaire d’un type de structure à un autre (individuel, en couple, en société).
En moyenne, cela représente, en hiver, 42 minutes d’astreinte par semaine par vache laitière. « Mais ce résultat varie en fonction des exploitations. Il oscille entre 38 minutes chez les individuels qui ont en moyenne 47 vaches par UTH ou 40 minutes pour les sociétés à 37 vaches par UTH jusqu’à 52 minutes pour les couples avec 31 vaches par UTH. »

Sur 15 ans, l’efficacité n’absorbe pas l’agrandissement du cheptel

L’étude avait déjà été menée en 2003 sur les mêmes ateliers. Premier constat : « Le cheptel moyen de l’échantillon a augmenté passant de 41 à 74 vaches par exploitation. Dans le même temps, la main-d’œuvre a très peu évolué : autour de 1,9 UTH par atelier », rapporte Nadine Abgrall. Si l’efficacité du travail s’est clairement améliorée – « 9 minutes en moins passées par animal et par semaine » –, l’astreinte hebdomadaire globale a augmenté de 14 heures sur les ateliers laitiers, passant de 47 h à 61 h par semaine en traite manuelle. A main-d’œuvre quasi constante, le gain d’efficacité n’a pas suffi face à l’agrandissement des cheptels.
Parmi les 30 exploitations enquêtées, 6 travaillent aujourd’hui en traite robotisée contre aucune en 2003. Les conseillers ont ainsi pu mesurer l’impact de l’automatisation. En hiver, à comparer aux 61 heures en traite manuelle, l’astreinte hebdomadaire est de 40 heures en robot. « Soit un temps d’astreinte ramené à l’UTH de 31 heures par semaine en système conventionnel contre 24 heures en système automatisé », souligne Nadine Abgrall.

Gain sur la traite

L’étude conclut plus globalement, qu’en hiver, le temps d’astreinte en système robotisé est de 34 minutes par semaine par vache laitière contre 44 minutes en traite conventionnelle. « Ces 10 minutes économisées, en hiver comme au printemps, s’expliquent notamment par la disparition du temps consacré à la traite. » La conseillère termine en constatant que seules les exploitations ayant automatisé la traite ont su contenir le temps d’astreinte hebdomadaire par UTH : il était de 25 heures en 2003 contre, en 2018, 31 heures en traite conventionnelle, mais 26 heures en robot.

Chronomètre en main pendant 2 semaines
L’enquête a été menée en deux temps, en janvier et mai 2018, pour mesurer l’astreinte en fonction des saisons. « A l’aide d’un chronomètre ou d’un téléphone portable, chaque intervenant sur les 30 fermes bretonnes du réseau Inosys ont relevé très précisément le temps consacré à chaque activité pendant une semaine pour les deux périodes », explique la conseillère Nadine Abgrall. Avant de rappeler que le travail d’astreinte correspond à toutes les tâches non différables, « à réaliser au jour la jour » : traite, soin aux animaux, alimentation, raclage et paillage… « En y ajoutant, à la belle saison, la gestion du pâturage. »

6 minutes d’alimentation

L’alimentation des laitières concentre 25 % du temps d’astreinte. En hiver, cela atteint près d’une heure par jour quand on compte tout : préparation des silos, reprise et distribution, nettoyage de l’auge et complémentation. Soit 6 minutes par semaine par vache traite. Mais les 10 % plus rapides se situent à 2 minutes et les 10 % plus lents à 12 minutes. La moitié de cette variabilité s’explique par le matériel de distribution des fourrages : quelques secondes en Cuma d’alimentation, 3 minutes en libre-service ou robot d’alimentation, 5 minutes avec une auge pousse-fourrages ou une mélangeuse et 7 minutes avec une désileuse ou un godet désileur. D’autres leviers peuvent permettre de gagner du temps comme la simplification de la conduite (ration complète, distribution d’un seul fourrage) ou l’organisation des circuits et des tâches… Sophie Tirard, Chargée d’études en production laitière, Chambre d’agriculture de Bretagne

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