Economie, marchés et gestion

Savoir donner des responsabilités aux jeunes

Mardi 22 septembre, la journée professionnelle « Agriculture au féminin 22 », ouverte à tous, s’intéressera au fonctionnement intergénérationnel. Membre du groupe, Guylaine Lucas, installée au Mené (22), a poussé à s’intéresser à cet enjeu au cœur de toutes les entreprises, y compris agricoles. Elle raconte la récente intégration de son fils sur l’exploitation.

En 2018, à la fin de ses études en machinisme puis en commerce, Hugo Lucas (25 ans aujourd’hui) a un peu surpris ses parents en décidant de les rejoindre sur l’élevage familial au Mené (22). « Nous ne nous y attendions pas vraiment. Cela nous a remis dans une dynamique de projet en repartant sur le développement de la production laitière qui n’était pas forcément notre idée de départ », confient Guylaine et Lionel. « Hugo nous a finalement rejoints rapidement : en préparant bien son dossier d’installation et de reprise d’une ferme voisine, il est entré comme associé en 2019. »

« Mes parents me font confiance »

Mais plus que l’agrandissement de l’exploitation, c’est l’organisation du quotidien qui a été la plus chamboulée. « Tout au long de notre carrière, nous avons eu l’habitude de fonctionner souvent à deux. Nous sommes un peu sortis de notre zone de confort », explique Guylaine. « Moi, je me concentrais sur le troupeau laitier, Lionel sur l’atelier porc. » Désormais, avec un salarié et un associé en plus dans l’équipe, un nouvel équilibre a dû être trouvé. D’autant que, comme souvent dans les exploitations d’aujourd’hui, se côtoient des générations différentes. « Chacun a sa manière de voir. Il faut savoir s’accorder et surtout communiquer », martèle la Costarmoricaine. Elle raconte au passage avoir été marquée par le discours d’un conférencier sur les générations X,Y et Z qu’elle a suivie dans le cadre de ses fonctions d’élue aux caisses départementale et régionale de Groupama. « J’ai pris conscience que le fonctionnement intergénérationnel était un enjeu important au cœur de toutes les entreprises. En agriculture, c’est certainement encore plus compliqué puisqu’il y a souvent également un lien familial qui unit les collaborateurs. » Le couple d’éleveurs raconte comment, de nos jours, les stagiaires et apprentis sont différents. Toujours le nez sur leur Smartphone par exemple. Il faut trouver comment leur expliquer et les intéresser. Mais le plus grand souhait de Guylaine est d’éviter que son fils « ne devienne qu’un associé ».

Au Gaec, après un peu plus d’un an à travailler en commun au quotidien, chacun semble avoir trouvé sa place. « Nous avons voulu donner tout de suite des responsabilités à Hugo pour qu’il puisse s’épanouir. Ils ont raison, aussi, les jeunes… », précise Lionel. Le jeune associé est ainsi en charge de la construction de la nouvelle stabulation. S’appuyant sur ses nombreux voyages à l’étranger pour visiter des fermes, il a tenu à opter pour des innovations comme les matelas à eau pour les logettes, une auge où les animaux mangent sur une marche, un aspirateur à lisier… Le jeune homme confesse qu’il a parfois dû convaincre ses parents. « Nous avons réalisé des visites ensemble ou je leur faisais des comptes rendus de ce que je voyais fonctionner ailleurs sur le terrain. Ils me font confiance. De mon côté, j’essaie de prendre en compte leur expérience : j’ai encore beaucoup à apprendre sur la conduite du troupeau. » S’il est autonome dans le suivi des travaux, il explique « ne jamais signer un devis sans en parler d’abord ensemble ».

Un groupe WhatsApp pour mieux s’organiser collectivement

Dans une structure qui se développe, autant en termes de surface que de personnel, l’échange et la gestion des informations sont devenus centraux. Passionné par le monde numérique, Hugo a rapidement mis en place de nouveaux outils au profit de tous. Pour faciliter le suivi des cultures et éviter les erreurs en cas d’intervention de main-d’œuvre occasionnelle, il a cartographié toutes les parcelles. Des vues aériennes des différents îlots sont ainsi disponibles et seront affichées dans le futur bureau du Gaec. Les grandes étapes des itinéraires techniques sont désormais précisées dans un tableur qu’il a créé. Et surtout, il a initié un groupe WhatsApp pour communiquer à chaque instant et s’assurer que les trois associés et le salarié ont le même niveau d’information. « C’est extrêmement pratique. Nous nous organisons mieux collectivement. Cela évite de se marcher sur les pieds car, avec 70 vaches et 160 truies, chacun doit être polyvalent chez nous », apprécient ses parents.

Une journée pour « Trouver l’accord parfait entre les générations »
Mardi 22 septembre, cette journée professionnelle dont Groupama est partenaire s’intéressera aux relations intergénérationnelles. « Une question au cœur de nos vies d’agricultrice, de cheffe d’entreprise, d’employeur, de salariée, d’administratrice, de conseillère municipale ou de bénévole », expliquent les organisatrices du Comité de pilotage Agriculture au Féminin 22. « Comprendre nos plus jeunes ou nos plus âgés, c’est avant tout nous comprendre nous-même. » Alors que le renouvellement des générations et la fidélisation des salariés et des salariées est au cœur des préoccupations dans les exploitations, ce rendez-vous apportera des clefs de lecture pour mieux travailler ensemble, unir les talents et laisser place aux initiatives. En matinée, Magali Guirriec, créatrice d’opportunités RH et psychologue du travail, interviendra pour mieux comprendre l’évolution de la relation au travail et analysera le fonctionnement entre les générations et l’entreprise. Simone Ansquer, conseillère ressources humaines à la Chambre d’agriculture de Bretagne, apportera des exemples agricoles. Après le déjeuner servi dans le respect des règles sanitaires, sous forme d’ateliers, la rencontre se poursuivra sur l’intergénérationnel, une valeur ajoutée pour l’entreprise et la compréhension des différences entre génération. Enfin, le dernier module « nos jeunes sont talentueux » précédera un temps de partage d’expérience. Mardi 22 septembre, Maison de l’agriculture à Plérin, 9 h 30 à 16 h 30. Repas : 15 € à régler sur place. Inscription avant le 15 septembre par mail : nabila.gain@bretagne.chambagri.fr ou sur www.chambres- agriculture-bretagne.fr

Marc Dupont

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