Energies et environnement

Deux éleveurs s’associent pour créer une méthanisation par injection

Deux agriculteurs ont investi dans une unité de méthanisation commune par injection plutôt que de la cogénération chacun de leur côté.

Régis Lemoine et Ludovic Simonet, qui sont respectivement producteurs de lait à Pleumeleuc (35), et de porcs sur Boisgervilly (35) se sont associés pour créer la SAS La Friche Margot dans le but de monter une unité de méthanisation. L’unité est implantée à côté de l’élevage porcin car la principale matière est le lisier. « En 2018, nous avions fait une étude chacun de notre côté pour créer une méthanisation avec cogénération sur notre élevage avec une puissance de 100 Kw chez moi et 150 Kw chez Ludovic », raconte Régis Lemoine. Mais très vite les deux agriculteurs envisagent de créer une unité commune pour monter en puissance. La possibilité d’injecter le biogaz à 2,5 km de l’exploitation de Ludovic fait basculer le projet de la cogénération à l’injection.

Une meilleure performance énergétique

Un projet de méthanisation en cogénération nécessite de devoir valoriser la chaleur pour être performant. Leurs structures n’étant pas de grosses consommatrices de chaleur, les deux agriculteurs ont décidé de réaliser fin 2018 une étude de faisabilité détaillée pour de l’injection avec GRDF qui cherchait à développer ce type de projet sur le secteur. « Le coût d’une méthanisation avec injection est plus élevé que de la cogénération. Mais, pour ces capacités de production, la rentabilité est meilleure et les frais d’entretien sont plus faibles par rapport au chiffre d’affaires généré », explique Régis Lemoine. Le raccordement de l’unité de méthanisation au réseau de gaz est compris entre 90 et 100 € du mètre. Pour les communes raccordées au gaz avant 2003 GRDF prend en charge 40 % du coût.

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Sylvain Ruelleux technico-commercial agriKomp ; Régis Lemoine, producteurs de lait à Pleumeleuc, et Ludovic Simonet, éleveur de porc à Boisgervilly.

« Nous n’en avons pas profité puisque notre projet ne respectait pas ces conditions », indique Ludovic Simonet. Les agriculteurs se sont fixés comme objectif d’être autonomes en intrants pour la méthanisation. « L’unité de la SAS La Friche Margot aura une capacité d’injection de 70 normo mètre cube par heure (Nm3/h) », précise Sylvain Ruelleux, technico-commercial sur le secteur Bretagne pour l’entreprise agriKomp. Dans un premier temps, l’unité sera alimentée avec le lisier de porc et le fumier de bovins pour les effluents d’élevage. Les deux associés ne comptent pas sur le lisier de bovin dans un premier temps car l’exploitation laitière est située à 17 km de l’unité de méthanisation. « Pour compléter la ration, nous allons ajouter des cultures intermédiaires à vocation énergétiques, des menues pailles, des déchets de céréales et du maïs ensilage à hauteur de 13,5 % du tonnage total entrant dans la méthanisation », décrit Ludovic Simonet.

L’investissement d’une vie
La méthanisation était pour les deux éleveurs un bon moyen de se diversifier en valorisant leurs effluents d’élevages, des cultures intermédiaires et un peu de maïs. « C’est la seule facture que l’on va faire et en plus nous allons savoir combien nous allons être payés », fait remarquer Ludovic Simonet. Régis Lemoine poursuit : « Malgré tout, c’est pour nous l’investissement d’une vie car ici ça monte à 3,15 millions d’euros. De ce montant, il faut déduire l’aide de l’Ademe et de la Région Bretagne qui s’élève à 12 % de l’investissement. »

29 tonnes de matières incorporées chaque jour

Le lisier est amené jusqu’au digesteur grâce à un réseau enterré et des pompes. La partie solide est incorporée par une trémie peseuse. Au total 29 tonnes de matières vont rejoindre quotidiennement le digesteur. « Nos installations sont équipées de 2 types d’incorporateurs. Le client a ainsi le choix entre une version directe (90 % des installations) et une version avec préparation de matière avec broyeur. Le choix s’oriente selon les problématiques d’intrants et les contraintes d’implantation du site. Notre objectif sera toujours d’avoir des installations les plus simples possibles, tout en maîtrisant les charges d’exploitations. La matière reste 70 jours dans le digesteur », analyse Sylvain Ruelleux.

Le système est en infiniment mélangé c’est-à-dire que la matière est chauffée et brassée. La matière qui sort du digesteur va dans une fosse de stockage couverte, étanche au gaz. Celle-ci complète la digestion (durée de stockage du digestat 6 mois). L’intérêt de la couverture gaz est multiple : environnemental, technique, économique et offre une grande souplesse de pilotage de l’unité. « la matière qui sort du digesteur peut être partiellement digérée, nous arrivons à récupérer 5 à 10 % de gaz supplémentaire grâce à la couverture gaz. » Cette couverture permet aussi d’abaisser le soufre présent naturellement dans le biogaz ce qui permet de moins solliciter les filtres à charbon lors de la phase d’épuration. Le chantier a démarré le 15 mai 2019 et le début de l’injection est prévu pour le 8 septembre 2020.

Deux mois pour la mise en place de la biologie
Début juillet, les deux associés ont commencé à envoyer du lisier dans le digesteur tout en amenant de la matière solide progressivement. Une chaudière assure la mise en chauffe du digesteur pour que la biologie se mette en place et que la matière commence à se dégrader. Il faut ensuite augmenter petit à petit la quantité de matière ajoutée quotidiennement dans le méthaniseur pour nourrir les bactéries. Il faudra environ 2 mois pour que la biologie soit vraiment en place.
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Un commentaire

  1. Bonjour,
    Je relève dans la database open de l’ADEME une subvention de 413926€, ce qui fait déjà plus des 12% annoncés dans l’article, juste pour l’ADEME !
    Pouvez-vous préciser les montants exacts svp?

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