Cultures

Sarrasin-Amarante : liaisons dangereuses à exploiter

Culture traditionnelle de Bretagne depuis le XVIe siècle, le sarrasin ou blé noir demeure l’indispensable ingrédient des célèbres « galettes bretonnes ». Au-delà de ses prétentions culinaires, celui-ci serait aussi un allié de taille pour les agriculteurs, grâce à une interaction écologique nocive avec les mauvaises herbes comme l’amarante.

Naturel et écologique, ce service agricole aussi appelé « allélopathie », voit sa notoriété s’accroître, dans un monde où la chimie de synthèse est de plus en plus remise en question. Mais son fonctionnement est peu connu des agriculteurs. Et les connaissances scientifiques commencent seulement à être approfondies.

Au service des agriculteurs

Depuis le XIXe siècle et jusqu’à la moitié du XXe siècle, le sarrasin (Fagopyrum esculentum) était une culture très commune en France, utilisée pour l’alimentation. Mais elle a rapidement été supplantée par des productions plus rentables, comme le blé, en systèmes intensifs. Mais depuis quelques années, ce végétal, tapi dans l’ombre, a désormais ressurgi pour se placer dans la catégorie des cultures intermédiaires. Sa culture simple, en tout type de sols, sa croissance rapide et sa taille de près de 80 cm à maturité en fait une plante appréciée des agriculteurs.

Et ce compétiteur sans scrupule n’hésite pas à terrasser les ennemis par excellence des producteurs ; les adventices. L’amarante (Amaranthus retroflexus) par exemple, envahisseur venu tout droit de l’Amérique, a la mauvaise habitude de coloniser des cultures estivales puis de synchroniser son cycle de développement avec celles-ci. Par son adaptation à tous les types de sols, cet adversaire au potentiel reproducteur impressionnant (entre 10 000 et 40 000 graines produites, se conservant environ 10 ans dans le sol) nuit à la croissance des végétaux cultivés, en les privant d’eau, de certains nutriments et de lumière. Les produits phytosanitaires étaient alors utilisés pour en venir à bout.

Par un mécanisme biologique

Mais qu’à cela ne tienne ! Fagopyrum esculentum n’a pas dit son dernier mot : il est capable d’achever ses victimes de manière discrète et efficace, grâce à un processus naturel appelé allélopathie. Cette propriété conférée à certaines plantes telles que le sarrasin, entraîne une libération de composés chimiques par les exsudats racinaires * ou lors de la décomposition de résidus de la plante. Et ces substances ont le pouvoir de ralentir voire supprimer la germination et la croissance des végétaux indésirables situés à proximité. Donc la mise en place de couverts interculturaux de sarrasin serait une solution face à l’adventice Amaranthus retroflexus. Mais des zones d’ombre persistent sur les connaissances de l’allélopathie, car il semblerait que ce mécanisme soit en interaction avec d’autres êtres vivants comme des micro-organismes. Et le sarrasin, allié indiscutable ne semble pas être la culture parfaite, entre autres par sa forte sensibilité à des températures fraîches, qui induit de tenir un calendrier cultural très strict afin d’obtenir le résultat escompté. Affaire à suivre !

Clara Ferron / ESA Angers

*exsudats racinaires : substances élaborées par les racines puis libérées dans le sol

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