Découvertes

La ballade des petites harpes

Toutes uniques et de petite taille, les harpes d’Anne-Catherine Bouf sont faites pour la balade. Inspirées des harpes historiques médiévales, elles peuvent aussi se parer de décors celtiques ou d’Egypte antique…

Les petites harpes d’Anne-Catherine Bouf, hébergeant de 20 à 24 cordes, sont légères et facilement transportables
Les petites harpes d’Anne-Catherine Bouf, hébergeant de 20 à 24 cordes, sont légères et facilement transportables.

La corde vibre, libérant un harmonique qui s’allonge, caressant l’air de l’atelier. La mélodie jouée par une main, accompagnée par l’autre main qui permet l’interprétation, emporte vers des terres celtiques ou médiévales. Sur les petites harpes façonnées par Anne-Catherine Bouf à Iffendic (35), le cordage est plus souple encore que sur les harpes celtiques. « Les harpes classiques utilisées dans les orchestres doivent libérer un son puissant, leurs cordes sont très tendues », explique la luthière qui s’est, elle, spécialisée dans des harpes plus intimes.

« Le bois est mon matériau préféré »

Ancienne infirmière et bibliothécaire, Anne-Catherine Bouf a également suivi des études d’histoire de l’art. Attirée par le travail des artisans et artistes, elle a participé à différentes formations, dont le modelage de la terre et la sculpture sur bois. « Vivant, chaud, le bois est mon matériau préféré. J’utilise son fil dans mes créations, j’aime le poncer à la main… » C’est « une rencontre avec un instrument merveilleux » qui a convaincu l’artiste touche-à-tout de se lancer dans un métier d’art. « Il y a cinq ans, j’ai assisté à un Fest-Deiz à Rennes où j’ai découvert la musique du joueur de harpe celtique, médiévale et baroque, Dimitri Boekhoorn. Depuis, je prends des cours de harpe avec lui au Cercle Celtique de Rennes. » Passionnée par cet instrument de musique, Anne-Catherine a par la suite suivi un stage d’assemblage de harpe dirigé par un luthier du Mans lors du Festival international de harpe celtique de Dinan. Une expérience qui lui a donné envie de se lancer dans l’aventure…

De la formation et des équipements

Avant de s’installer, Anne-Catherine Bouf possédait déjà un établi et des outils de sculpture (gouges…). La luthière a pu bénéficier de formations organisées par la Chambre des métiers et de l’artisanat de Vannes, pour le tournage sur bois, la marqueterie (ouvrage de bois appliqué sur de la menuiserie par feuilles minces ou placages formant divers dessins) et la création d’un site internet. Elle a du s’équiper d’une scie à ruban, d’une perceuse à colonne, d’une scie à chantourner et d’une affûteuse. Des outils électriques qui lui facilitent la tâche, sans altérer sa créativité.

À partir de 1,5 kg

Elle s’est installée en 2011 en tant qu’auto-entrepreneur sur un créneau pas encore développé : la fabrication de petites harpes de 20 à 24 cordes, légères (à partir de 1,5 kg) et facilement transportables. « On peut les emmener en cours, en balade, en voyage… Et comme les cordes sont peu tendues, tout le monde peut en jouer, y compris les personnes souffrant de troubles musculo-tendineux ou d’arthrose ». Le coût est raisonnable, à partir de 800 €. Chaque harpe est unique en fonction des essences de bois utilisées et de la présence ou non de décorations. « Mes clients me décrivent leurs attentes dans les grandes lignes, mais je leur demandent aussi de me laisser un espace de création. Sinon, autant que ce soit une machine qui les fasse… », sourit l’artiste qui habille ses créations de jolies sculptures d’esprit celtique ou en forme d’oiseaux, qui les décore de mosaïque, de marqueterie, de pierre… Même les « ouïes » sont singulières, charmants petits trèfles…

Pour que ça sonne

La caisse de résonnance est systématiquement réalisée en bois de lutherie qui a séché lentement pendant des années. « J’utilise souvent de l’érable de différentes variétés (ondé, moucheté…) qui sonne bien et est suffisamment solide. Le noyer peut également offrir une belle sonorité. » Pour la console (pièce du triangle qui porte les chevilles sur lesquelles sont fixées les cordes) et la colonne (partie verticale qui assure la solidité de l’instrument), c’est le merisier qui est souvent employé.

Les chevilles sont achetées quand elles sont en métal, ou fabriquées quand elles sont en os de bovin ou de chameau, ou en buis. Les cordes en carbone permettent d’allonger la résonnance. « Plus la masse de la corde est importante plus le son est grave », explique Anne-Catherine qui souhaite aussi tester le crin et les boyaux de moutons. Les bandoulières sont en cuir, autre matière noble que la luthière adore travailler et décorer, et qui s’harmonise parfaitement avec ses petites harpes. De plus en plus, la clientèle répond présente, de Bretagne, de l’Est de la France, d’Allemagne… charmée par l’esthétique et la praticité de ces harpes qui vont bientôt trouver une nouvelle utilisation en musicothérapie auprès des malades d’Alzheimer. Agnès Cussonneau

Pour en savoir plus

  •  Contact : Anne-Catherine Bouf, luthière de petites harpes
  • Atelier «Le Bois, la Harpe… etc.»
  • 10 La Griochais, 35750 Iffendic
  • Tél. 02 99 07 12 70
  • http://www.leboislaharpeetc.fr

Des livres :

  • Anthologie de la harpe : la harpe des celtes, ouvrage collectif, Editions de la Tannerie. Dans ce collectif se côtoient des harpeurs, des harpistes et des luthiers, des auteurs et des photographes qui ont tous une même passion pour la harpe celtique.
  • Telenn, la harpe bretonne, Alan Stivell et Jean-Noël Verdier, Editions du Télégramme, 2004
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