Élevage

L’œil de l’expert, même à distance

Pendant le confinement, Daniel Le Clainche, du GDS Bretagne, a généralisé les audits à distance quand il était appelé pour des problèmes en traite robotisée. Alors qu’il se rend à nouveau dans les élevages, il revient sur les avantages de l’assistance en ligne.

Depuis plus de 10 ans, dans le cadre de l’action « Santé mamelle », tous les éleveurs travaillant en traite automatisée et adhérents au GDS Bretagne ont accès, gratuitement, à un module spécifique. « Le plus souvent, je suis appelé quand il y a des problèmes de qualité du lait ou de mammites au robot », explique Daniel Le Clainche, responsable technique.

Explorer les indicateurs de performance de traite

Généralement, le spécialiste se rend sur l’élevage pour constater la situation de ses propres yeux. Mais la pandémie de Covid-19 a imposé de revoir l’organisation du service. « Auparavant, il m’arrivait parfois d’opérer à distance. Le confinement a accéléré le développement des audits via Internet. Pendant deux mois, j’ai traité tous les dossiers depuis mon bureau. » Pour ce faire, il suffit que l’ordinateur accueillant l’interface de gestion de troupeau associée au robot soit connectée à Internet et que l’éleveur y autorise l’accès à l’expert. Ce dernier, par l’intermédiaire de TeamViewer, un logiciel téléchargeable gratuitement, peut alors prendre la main à distance. « Dans le cadre de cette approche, nous avons défini des règles : le producteur me confie son identifiant et son mot de passe pour explorer les données, mais je m’engage à ne pas modifier les paramètres de traite sans en avoir discuté au préalable avec lui et son concessionnaire. »

Une fois connecté au tableau de bord du logiciel d’un robot, Daniel Le Clainche explore les données. Il s’intéresse tout particulièrement à « une dizaine d’indicateurs de performances de traite » que les éleveurs ont également l’habitude de surveiller : nombre de traite par vache et par jour, nombre d’échec de traite, nombre de tentatives de pose du gobelet trayeur… « À partir de ces informations et repères, j’essaie de faire le lien entre les indicateurs en alerte, les critères en dehors des seuils, et les facteurs de risque. De comprendre les causes du problème qui a déclenché l’appel du propriétaire. »

Des réglages d’usine visant à accélérer les traites

Le consultant prend l’exemple d’un producteur de lait qui l’a appelé à la rescousse pendant le confinement pour une montée en cellules depuis plusieurs semaines. Un phénomène pénalisant mais sans mammites associées. Comme en traite robotisée le réglage des paramètres permet de « personnaliser la traite à la vache », à distance, Daniel Le Clainche a procédé à quelques modifications du système en lui-même. Il a notamment interrompu la gestion automatique du niveau de vide en fonction du débit de lait. « Très souvent, cette option est activée de manière standard au démarrage de l’automate : pour accélérer les traites et désengorger les stalles, les constructeurs paramètrent les machines pour qu’elles haussent le niveau de vide quand le débit de lait augmente. Mais à l’arrivée, la traite est plus agressive au détriment de la santé de la mamelle. »

Outre ce facteur de risque, le spécialiste a mis le doigt sur un autre problème. Dans des conditions de stalle totalement saturée, l’automate n’avait plus aucun temps libre. En disséquant les données, il a remarqué qu’un groupe d’animaux passaient très souvent par le robot. « Après avoir relevé les numéros des coupables et échangé avec l’éleveur, nous nous sommes aperçus que ces vaches étaient cornues. Dominantes, elles encombraient la stalle et bloquaient l’accès aux autres. »

Des choses parfois invisibles à l’écran

Cependant, ces premières modifications permises par l’audit à distance n’ont pas suffi cette fois. « Via TeamViewer, il y a des choses qu’on ne peut pas voir ou mesurer, notamment l’interaction entre la machine, les pratiques de l’éleveur et le comportement des vaches », rapporte Daniel Le Clainche qui s’est rendu sur place dès la fin du confinement. « J’ai alors repéré deux choses invisibles à l’écran. D’une part, un problème d’hygiène post-traite lié à un défaut de buse de pulvérisation. D’autre part, une grande agitation des vaches dans la stalle. J’ai donc recommandé la réalisation d’un diagnostic électrique pour s’assurer que la prise de terre et les liaisons équipotentielles de l’installation sont adaptées… »

La réactivité augmentée de la téléexpertise
Les éleveurs confrontés à des problèmes de santé de la mamelle, de qualité du lait ou de mammites fréquentes attendent une réponse très rapide, rapporte Daniel Le Clainche. « Les retours d’expérience durant le confinement ont montré que des cas pouvaient être traités à distance en première intention. Quand les facteurs de risque sont assez clairement identifiés, une personne connaissant parfaitement la traite et les logiciels des robots intervient efficacement en téléexpertise. » Le gros intérêt est alors le gain de réactivité. À cause des contraintes de déplacement et de planning, il y a parfois un décalage de 8 à 10 jours entre un appel et l’intervention sur le terrain.

« Au contraire, un audit à distance peut être envisagé dans la journée, voire hors des horaires de bureau en cas d’urgence. C’est une solution prometteuse que nous allons développer. » Quand l’auditeur a un doute sur un critère à la lecture des données, il peut demander à l’éleveur de lui envoyer des photos « pour voir ». Et même parfois déjà des vidéos permettant d’observer le comportement des animaux et le fonctionnement de la machine… Ensuite, si les choses ne sont pas rentrées dans l’ordre, une visite sur site d’un conseiller spécialisé peut suivre. Pour le spécialiste, diagnostic à distance et audit de terrain apparaissent réellement complémentaires. « Avant ou après le passage chez un éleveur, la téléexpertise permet de s’imprégner de la situation puis d’apporter une continuité dans le suivi au fil du temps. »

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