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Filière laitière irlandaise : des transformateurs habitués à collaborer

Lors des journées Marchés mondiaux de l’Idèle, la syndicaliste Catherine Lascurettes a raconté comment l’Irlande a vécu le pic sanitaire et le pic de production en même temps. 

En Irlande, le confinement total a été décrété le 27 mars face à la menace de la Covid-19. « Le travail à domicile a été privilégié partout, sauf pour les activités considérées comme essentielles dont bien sûr la chaîne alimentaire », raconte Catherine Lascurettes de la branche laitière de l’Irish farmers’ association (IFA), « équivalent de la FNPL au sein de la FNSEA en France ».

« Dès le départ, il a été demandé aux éleveurs de mettre en place un plan B pour se faire remplacer s’ils tombaient malades car bon nombre travaillent seuls ou avec de la main-d’œuvre familiale. » Heureusement, la maladie a peu affecté les zones rurales et n’a pas impacté la production. « En dépit de la pandémie, avec des conditions climatiques exceptionnelles pour l’herbe, un cheptel de 24 000 vaches en plus, le pays a produit 78 millions de litres de lait supplémentaires par rapport à 2019 sur janvier-avril. Une progression de 3,6 %. » Et ce malgré la pression due à la coïncidence entre pic sanitaire et pic de production sur une île à la saisonnalité extrême (la collecte au pic fin avril est 7 fois supérieure à celle de janvier). « Dès mi-février, l’industrie était sur le pied de guerre pour anticiper le possible absentéisme. En simplifiant, tous nos transformateurs sont des coopératives et ont l’habitude de collaborer. Notamment au pic de collecte : si un boulon casse quelque part, si une entreprise a des difficultés, tout est organisé pour prendre en charge le lait ailleurs s’il le faut. »

Une coopération « encore plus vraie » face à la Covid-19. Pour les postes essentiels, les laiteries ont par exemple formé et partagé des équipes secondaires mises en stand-by prêtes à prendre le relais. « Finalement, nous n’avons pas vécu d’interruption notable de transformation. Chaque goutte de lait collectée a été transformée, commercialisée ou du moins stockée quand elle n’a pas pu être vendue… » Car, avec la disparition du débouché de la RHD du jour au lendemain, en Irlande où c’est un petit marché comme partout dans le monde, le lait qui ne sortait plus sur ce créneau était souvent réorienté vers les produits industriels. « Par exemple, la crème destinée au ‘food service’ est revenue en stock sous forme de beurre… » Ces surplus mettant une « pression considérable » sur le prix au producteur : « La baisse de 30 € / 1 000 L entre mars et avril a effacé d’un revers l’amélioration bienvenue de fin 2019 ».
Aujourd’hui, Catherine Lascurettes apprécie de voir la RHD redémarrer en Europe ou en Chine. D’observer, « après une belle descente », le cours des commodités (beurre-poudre) rebondir doucement depuis avril.

Les revenus laitiers sous pression

Mais elle demeure inquiète. Le centre de recherche Teagasc prévoyait une année 2020 positive avec + 5 % de production, un prix du lait équivalent et des coûts de production maîtrisés anticipant une amélioration des revenus laitiers de 9 % par rapport à 2019, autour de 76 750 € par atelier*. « Les Irlandais ayant, dans l’ensemble, des revenus supérieurs aux producteurs français. » Pour intégrer l’impact de la Covid-19, la copie a été revue selon trois scénarios. « Le plus optimiste parle de + 2 % de production, une baisse de prix de 10 %, soit ce que les éleveurs viennent de subir… Et au final, une baisse de revenu de 21 %, par rapport à la simulation 2020 sans Covid, qui leur laisserait 61 000 €. » Le scénario moyen imagine une baisse de prix de 15 %, une faible hausse de production (+ 1 %) et un revenu en recul de 36 %, juste en dessous des 50 000 € annuels. Le scénario pessimiste (- 20 % du prix du lait, soit 60 € / 1 000 L, par rapport à 2019 et – 3 % de volume) conclut sur un effondrement du revenu de 49 % pour se situer à 39 000 € « Une baisse de production considérable est peu probable, mais le prix du lait pourrait chuter. 2020 pourrait se situer à mi-chemin entre les scénarios optimiste et moyen pour les éleveurs », craint Catherine Lascurettes.

La France, 7e pays producteur de lait au monde et 2e en Europe, produit moins qu’à l’époque de la régulation de l’offre. Au contraire, l’Irlande a planifié sa sortie des quotas et accompagné le développement de sa collecte en s’appuyant sur son système pâturant à faible coût. Jusqu’où ira cette croissance ? L’objectif de la filière d’augmenter la production de +50 % a été atteint avant la date prévue ! Mais attention, sur la question environnementale, des voix s’élèvent pour ne pas suivre le chemin de la Nouvelle-Zélande. Et, malgré un revenu intéressant comparé aux autres Européens, le prix du lait a tendance à décevoir les éleveurs irlandais. Christophe Perrot, Économiste à l’Idèle

*Revenu par exploitation employant en moyenne 1,9 unité de main-d’œuvre, avant impôt et taxes, selon Catherine Lascurettes.  

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