DécouvertesMorbihan

Il multiplie les graines de variétés anciennes

Dans sa ferme de Monteneuf (56), Marc Bouché produit de la semence biologique d’une trentaine d’espèces de fleurs et de légumes. Avec le souci de satisfaire une clientèle de professionnels et d’amateurs éclairés.
Marc Bouché, ancien technicien chez Semailles, devant ses dernières tomates de la saison : Raisin vert, Black Cherry et Cornue des Andes.

« Je cultive les plantes dans les conditions dans lesquelles les maraîchers ou les particuliers les feront pousser », assure Marc Bouché. Chez lui la notion de rendement, même si elle est importante, n’est pas la finalité. Pas question de forcer la nature. Sous la petite serre, seules les tomates, les poivrons et les aubergines produisent des graines qui, plus tard, chez les clients, seront semées sous abri. Les autres espèces sont cultivées en plein air. Une exception quand même. « La laitue n’a pas le temps de monter à graines avant l’humidité automnale. Je la sème donc sous la serre pour gagner du temps. Mais je contrôle la variété au champ la saison suivante. » Le poireau d’Armor, par contre, se morfond sous les caprices du temps, exposé aux ravageurs et aux maladies pendant près de deux ans. Parfois obligé de lutter contre les adventices.

« Il y a un peu d’enherbement en hiver car je ne peux pas butter sous la pluie. Je paille éventuellement. » Cette durée d’exposition sélectionne les individus les plus aptes à la production biologique. Radis et betteraves ont plus de chance. Leurs grosses racines aqueuses résistent mal au froid et font saliver les mulots. « Je les rentre en grange pendant quelques semaines et je les replante au printemps. » Elles produiront leurs graines l’été suivant, un an après avoir été semées.

Diversité génétique

L’ancien technicien horticole jongle avec une trentaine d’espèces et une cinquantaine de variétés sur une surface de cinq hectares, séparée en quatre parcelles isolées. « Ce morcellement est un avantage. Je peux semer des variétés différentes d’une même espèce dans chacune des parcelles. Il n’y a pas de risque de croisement naturel. » Le maintien de la souche est ainsi préservé. À condition, quand même, d’avoir un nombre suffisant d’individus par variété. « Il faut 400 pieds de tournesol ou 100 pieds de choux, par exemple, pour conserver une variabilité génétique bénéfique à la population. » Les hybrides sont indésirables. « Mes variétés sont reproductibles. Mes clients ont la liberté de ne pas avoir à racheter des graines tous les ans. » Les carottes n’ont pas leur place dans l’assolement. « Le risque de croisement avec des carottes sauvages, très présentes dans la région, est trop important pour conserver la pureté des variétés. »

Séchage artisanal avant la mise en sachets.

Fermentation des tomates

Les récoltes sont manuelles. Fauchées, les plantes sont séchées puis insérées dans la batteuse flambant neuve pour déposer leurs graines. Celles des tomates, des concombres et des aubergines sont séparées du coulis puis remélangées avec un peu de jus pour provoquer une fermentation. « Cette réaction dissout la gangue gélatineuse qui entoure la semence. Elle l’assainit au niveau sanitaire. Un peu comme dans la nature, où le fruit tombé au sol pourrit avant de libérer des graines fertiles. »

Ces graines sont ensuite lavées à l’eau, tamisées puis séchées sous abri. Les volumes récoltés – quelques dizaines de grammes pour chaque variété de tomates ; quelques dizaines de kilos pour les haricots – sont vendus à Semailles et Germinance, acteurs incontournables du marché de la semence bio, ou conditionnés en sachets pour des ventes sur les marchés locaux, à des maraîchers ou à des jardiniers. « En tant que producteur, je n’ai pas d’agrément pour vendre à des particuliers. En direct, je vends donc mes semences sous la marque des distributeurs qui, eux, bénéficient de ce droit de commercialisation. » Des semenciers avec lesquels il contractualise et qui visitent deux fois par an les planches de légumes de la petite ferme de La Ruette, prodigues de conseils techniques appréciés…

La betterave Chioggia, marbrée de rose et de blanc, passe l’hiver à l’abri avant d’être replantée au printemps pour produire ses graines.
Un bon cadre pour la pollinisation
« J’observe les insectes sur les planches en fleurs. La ferme est située à proximité de landes et de terres pauvres, dans un cadre de prairies et de bocage favorable à la biodiversité. Je laisse toujours quelques plants de digitale, de phacélie (ou autres fleurs) dans la serre pour attirer des auxiliaires des cultures. En plus des pollinisateurs sauvages, un collègue apiculteur place quelques ruches sur les parcelles. Cet ensemble favorise la pollinisation. »
Mots-clés

Peut vous intéresser

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer