Economie, marchés et gestion

Mûrir la sortie d’un métier aimé

L’association Agir accompagne depuis plus de 30 ans les agriculteurs s’orientant vers une reconversion professionnelle. Récemment, à son assemblée générale, il a été question de la complexité d’un changement de cap.

« Avant, on disait qu’on était paysan à vie. Mais cette idée a évolué », confie Jacques Lotout, président de l’Association d’aide à la reconversion professionnelle des agriculteurs (Agir) née dans les Côtes d’Armor pour accompagner à l’époque la sortie du métier de nombreux producteurs de porc embourbés dans les crises à la fin des années 80. En 2018, toutes filières confondues, 144 personnes ont contacté Agir et 48 demandes d’aide à la reconversion professionnelle ont été déposées, validées et transmises à la DDTM.

Invitée à témoigner sur son parcours, Christine Brandily acquiesce : « Dans les autres métiers, c’est la même chose. Le plus important est de mûrir son projet de sortie, que ce soit pour une reconversion ou un départ à la retraite. C’est un véritable cheminement… » Pourtant profondément passionnée par la production laitière, elle a récemment voulu prendre du temps pour faire le point sur sa situation en participant à un cycle de formation spécifique proposé par la MSA d’Armorique et la Chambre d’agriculture intitulée « Continuer ou se reconvertir ». Son époux, éleveur, a également pris part à une autre session.

Érosion de l’entraide

Installée depuis 1994 à Evran, Christine Brandily a d’abord travaillé 10 ans en structure individuelle avant de créer un Gaec avec son mari dont le siège d’exploitation dédié aux productions porcine et allaitante est éloigné de 20 km. « Pendant 20 ans, grâce à l’entraide avec des collègues agriculteurs, nous nous organisions pour prendre des week-ends et des vacances. » Ce genre de collaboration est devenu plus compliqué et rare au fil du temps. « Nous nous sommes peu à peu retrouvés la tête dans le guidon. » En 2017, l’accident de son mari, avec à la clé un arrêt de travail de 10 mois, a sans doute aussi été un tournant. « Dans deux ou trois ans, il pourra faire valoir ses droits à la retraite. Moi, j’ai 10 ans de carrière devant moi et des enfants qui ne se destinent pas forcément à reprendre… L’heure était venue de réfléchir ensemble à l’avenir. »

« Mon époux juge aujourd’hui l’élevage trop contraignant en termes d’astreinte. Moi, au contraire, j’adore mon métier et arrêter le lait serait un crève-coeur. Ce n’est pas simple car pour avancer, il faut aller dans le même sens. Cependant, lors des rencontres, nous nous sommes rendus compte que nous n’étions pas seuls à nous interroger et que d’autres vivaient des situations beaucoup plus difficiles encore. Tout cela remue », raconte Christine Brandily. Et de rapporter qu’un psychologue intervenant a ainsi expliqué qu’il y a des cycles dans une vie et qu’au bout de 7 ans l’envie de faire autre chose est naturelle.

Garder la force de s’adapter

« Je ne sais pas si je dois continuer dans cette activité où je me sens bien et vendre mes vaches seulement dans 10 ans ou bien les vendre aujourd’hui et me lancer un nouveau challenge personnel. D’autant que d’autres activités en relation avec l’animal m’attirent. » L’éleveuse confie que si tout changement « fait peur », il faut garder la force de s’adapter. « En rentrant de la formation, je n’ai pas validé le projet d’arrêter. Mais j’ai changé de manière de m’organiser et je suis repartie… Avec mon époux, nous continuons de réfléchir. Nous pourrions peut-être garder l’activité d’accueil dans nos gîtes qui nous ouvre l’esprit et favoriser les productions végétales car, c’est sûr, nous sommes tous les deux très attachés à nos terres. Nous voulons conserver ce patrimoine hérité chacun de nos familles. »

3 jours à réfléchir hors de chez soi
Inaugurée dans les Côtes d’Armor en 2018, la formation « Continuer ou se reconvertir » permet de prendre du recul, de s’extraire de son quotidien, notamment en passant trois jours successifs d’hébergement en pension complète dans une forme de « retraite » à Saint-Jacut-de-la-Mer. Un endroit « reposant », sur la côte, « propice à se poser » et se reposer. Les frais peuvent être pris en charge par le Vivea et la MSA et un service de remplacement financé selon les besoins. Organisés pour les personnes ayant des interrogations sur l’avenir de leur exploitation pour des raisons économiques, de santé, des raisons familiales ou autres, « ces rendez-vous sont l’occasion de réfléchir, d’effectuer un travail sur soi, de se pencher sur ses attentes, ses motivations et les leviers à actionner pour aller de l’avant peu importe la direction choisie finalement », ont expliqué les représentants de la MSA présents à l’assemblée générale d’Agir.

« Sont abordés les appuis techniques pour conforter son exploitation, les soutiens techniques, juridiques et humains disponibles, les procédures d’accompagnement économique, le marché et la recherche d’emploi, les aides et les formations possibles, la transmission de l’exploitation, les droits sociaux… sous forme d’information, d’échanges et de témoignages. » Pour terminer, les membres du conseil d’administration d’Agir conseillent unanimement de participer à cette formation : « Le plus tôt possible pour avoir le plus de latitude pour rebondir ou relancer l’exploitation. Car quand on vit mal son métier, les résultats régressent. Même si l’idée reste très taboue dans les campagnes, parfois, on est plus heureux en arrêtant, d’autant que les anciens agriculteurs, très polyvalents, ont la capacité à retrouver de l’emploi. »

Pour plus de renseignements : Service action sociale MSA au 02 98 85 59 89 ou Chambre d’agriculture au 02 96 79 21 22.

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