- Illustration La palourde se mérite
François Lelong, sur une vasière du golfe du Morbihan. Le golfe est une petite mer fermée, avec des courants tourbillonnants. La hauteur d'eau, le mélange, eau de mer, eau douce et la sédimentation en font l'un des gisements les plus importants de Bretagne.

La palourde se mérite

Les coquillages enfouis dans les vasières du golfe du Morbihan attisent la convoitise des pêcheurs à pied professionnels. La pêche est fortement réglementée.

La mer s’est retirée, découvrant la vasière de la baie de Kerdréan, à Baden. Chaussé de raquettes pour ne pas s’enfoncer, François Lelong, le dos courbé, gratte le sol à la recherche de palourdes. « C’est physique ! Un sport de haut niveau », dit-il en plaisantant. Cinq heures par jour, avec parfois, jusqu’à 50 kg dans la manne, traînée sur une planche. Quelques kilomètres de marche, englué dans la vase. Et attention aux engelures ou à l’onglée ! « L’eau froide peut provoquer l’engourdissement des doigts. C’est la crainte majeure. Nous avons des gants mais ils sont fins pour garder des sensations tactiles ». Le pêcheur à pied sort tous les jours, été comme hiver, sauf les week-ends, dès que la météo le permet. « À part ça, tout va bien ! Le cadre est magnifique ! », tempère-t-il. Le natif de Reims, amoureux des lieux, pêche la palourde depuis une vingtaine d’années. « Au début, il y avait beaucoup de surpêche, nous étions trop nombreux sur les mêmes vasières ». Actuellement, la pêche est réglementée. 140 pêcheurs se partagent les sites du Morbihan, munis d’un permis de pêche et d’une licence. 1 300 euros de droits annuels, pour les palourdes.

Vigilance

La prudence est parfois de mise. « Quand le brouillard s’y met, on ne voit pas à trois mètres. C’est impressionnant ; on peut se faire peur. Il m’est arrivé de me perdre dans une vasière de Baden. C’est un collègue qui m’a récupéré. Je partais dans le mauvais sens. Dans ce cas, il vaut mieux enlever son waders (salopette qui permet de pêcher dans l’eau en restant au sec) au cas où on tomberait dans un chenal, laisser sa pêche sur place et revenir, si possible, le lendemain ». L’approche des secteurs de pêche peut se faire en bateau. « On travaille parfois, en été, en semi-plongée, avec un tuba d’un mètre, équipé d’une combinaison. Sous l’eau, il y a peu de visibilité, tout se fait de manière tactile ; il faut connaître l’endroit ». Et bien attacher son annexe, à sa ceinture. « Ben oui…, malgré mon expérience, il m’est arrivé de retrouver mon petit bateau détaché, dérivant au gré des flots… ». La vasière est un moyen naturel de protection des gisements. Les particuliers hésitent à s’aventurer dans la vase pour une pêche improbable. Quand ils s’y aventurent, dans les zones les plus accessibles, leur pêche ne peut excéder 3 kg par jour. « Il y a beaucoup moins de fraudeurs qu’à une certaine époque », assure le pêcheur à pied.

Revenu variable

L’évaluation de la biomasse sur chaque zone est réalisée par carottage, en fin d’hiver, par des techniciens d’Ifremer. En fonction de la densité des populations, ils fixent un calendrier de pêche pour préserver la ressource. « En hiver, je sors jusqu’à 25 kg de coquillages par jour. Au printemps, deux fois plus. Rien n’est jamais garanti ». Les prix varient également, de 2,5 à 7 €/kg. Les palourdes sont vendues à des grossistes qui les écoulent sur les marchés locaux ou les exportent dans d’autres régions françaises ou en Espagne. « Ma paie varie du Smic au revenu d’un cadre supérieur. Mais attention, il faut bosser ! ». Et s’adapter ! À la marée, bien sûr, à la météo, mais aussi aux impératifs de la vie privée. « Comment faire garder ses enfants avec des horaires de travail qui changent tous les jours ? Quand partir en vacances ? ». Des inconvénients qui n’effacent pas les avantages du métier : « On travaille en plein air, dans des lieux changeants et magiques. On est indépendants. On bénéficie d’une grande liberté », confie-t-il dans un large sourire.

Le crabe vert pour prédateur

Les palourdes vivent sur des fonds vaseux, sableux et graveleux. Elles vivent dans l’estran. Elles peuvent être élevées en «claires» (parcs à terre alimentés en eau de mer). Elles s’enfouissent de 2 à 5 cm voire 10 cm pour les plus grosses. C’est un coquillage fouisseur et rustique qui se déplace d’une façon non négligeable. Les palourdes sont des filtreurs. Leur alimentation se fait par filtration soit dans le sédiment, soit à l’extérieur du sédiment grâce à son siphon inhalant. Ses prédateurs sont les crabes, surtout le crabe vert qui peut manger 30 à 40 jeunes palourdes de 10 à 15 mm en une journée, les bigorneaux perceurs et les poissons.

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