Découvertes

À la découverte de la musique verte

« Dans la nature, un petit couteau, un bout de ficelle, voire rien d’autre que les doigts suffisent à créer tout un orchestre d’instruments ».

Ce dimanche de mai, Vert le jardin, association de promotion du compostage et du jardinage, organise en plein cœur de Robien, l’Écoquartier de Saint-Brieuc, un « vide jardin » sous un soleil radieux. Ici, chacun peut trouver un outil d’occasion, quelques plants de tomates ou de fraisiers, des semences de variétés anciennes de potagères ou encore une multitude de plantes d’ornement. Certains viennent aussi glaner quelques conseils de professionnels ou de passionnés pour se lancer dans le jardinage.

Bassine de cuivre, ardoises et arrosoir

Au beau milieu de cette installation, sur un carré de pelouse, un drôle de personnage glissé dans une chemise à feuilles de trèfles interpelle. Venu de Renac (56), invité par le Comité d’animation de Robien (Car), Erwan Lhermenier est un artiste qui explore l’univers de la « musique verte ». Autour de lui, toute une quincaillerie sonore. Clarinette, calebasses, micro, système de sonorisation et looper (un appareil permettant d’enregistrer des boucles sonores en direct et de les superposer au fur et à mesure pour construire une structure complexe)… Mais aussi, plus étonnement, une bassine en cuivre, des bouquets de plantes, des ardoises, des fleurs sèches, un arrosoir rempli d’eau… Le spectacle peut commencer.

Après avoir enregistré quelques secondes le bruit de l’eau qui coule dans la bassine, Erwan Lhermenier ajoute des sons de percussion réalisés en frappant sur les ardoises en rythme. Tout en sifflotant, il s’affaire maintenant, Opinel en main, à tailler une tige de sureau : dans quelques instants, elle sera devenue un instrument pour ajouter une nouvelle nappe mélodieuse à sa composition sur le pouce. Inspirations empruntant au jazz, au blues, aux musiques traditionnelles du monde… Le public est tout aussi stupéfait par la virtuosité du musicien que par son adresse à changer les éléments naturels en instruments du moment. Partout, les sourires fleurissent et les yeux s’écarquillent.

Dès que c’est possible, les prestations d’Erwan Lhermenier se mettent en place autour d’une promenade pour découvrir la nature et collecter ensemble les plantes qui permettent de jouer de la musique.

Recette de la limonade de sureau

Rapidement, le concert devient interactif. « Si vous voulez réveiller le bovin qui est en vous, il faut ramasser de la grande berce. On la transforme facilement en instrument. Mais attention à ne pas se frotter la peau avec ces fleurs et feuilles odorantes pour ne pas risquer ensuite des brûlures en s’exposant au soleil… », explique Erwan Lhermenier. Celui-ci présente peu à peu les plantes qu’il a ramassées le matin en arrivant à Saint-Brieuc et livre leurs secrets botaniques et surtout le moyen de les faire chanter. Il en joue, mais aussi distribue des échantillons à chacun pour pouvoir expérimenter et l’accompagner.

Jonc, paille d’avoine, cupule de gland, pissenlit, renouée du Japon, feuilles de maïs, de laurier, de ficus, de lierre ou de nénuphar… deviennent flûtes, sifflets, mirlitons, appeaux, ramettes de pétards… Tout est prétexte à musique. « Les surgeons de frêne permettent de fabriquer des sifflets à coulisse, les nombrils de Vénus de faire l’oiseau, la base du pissenlit d’imiter le vol du bourdon, les fleurs de lilas une fois le pistil retiré une petite bombarde… », égraine l’artiste. « Coupez cette tige dans le sens de la fibre. Pincez. Pliez. Taillez pour faire une hanche… », conseille-t-il. Avant d’insister sur le sureau. « C’est un arbre que vous trouverez à l’ombre, dans des ruines, les pieds dans l’eau… Je vous ai montré comment faire un instrument de sa tige. Mais vous pouvez aussi récolter 15 de ses ombelles et y ajouter 10 L d’eau, 500 g de sucre et 4 citrons que vous laisserez deux jours au soleil dans une dame-jeanne. Vous obtiendrez une délicieuse limonade maison. »

Bientôt en breton

Du printemps jusqu’à l’automne (« quand les potagers commencent à nous offrir de nouvelles possibilités d’instruments »), le clarinettiste professionnel emmène tous les publics en promenade dans la nature (voir encadré). Avec passion, il guide les pas « des luthiers en herbe et apprentis sonneurs » à la découverte de la faune et de la flore de Bretagne. Et d’ailleurs, suite à une récente formation, Erwan Lhermenier proposera dès septembre ces déambulations en langue bretonne.

Se promener de la musique à la botanique
Dès que possible, les performances d’Erwan se mettent en place autour de promenades. « Au bord des ruisseaux, au détour d’un chemin, sur une prairie ou dans un bois, la musique est toujours là, présente, à portée de main pour qui veut bien se pencher sur son enfance ou sur le son produit par ces instruments éphémères. De la ville à la campagne, au fil des saisons, la nature nous offre sa panoplie de symphonies buissonnières. » Le musicien apprend aux gens à révéler tous les sons qui se cachent derrière ces plantes qui poussent en silence sur les talus.

« Ces balades sont l’occasion d’allier création artistique et discours sensible vers l’environnement. J’aborde des notions de botanique, d’écologie… J’apprends au public à observer, à identifier la forme des feuilles, à reconnaître le chant des oiseaux… Mais aussi à tenir un couteau et à prélever correctement les végétaux, juste ce qu’on a besoin, pas davantage. On aborde le risque lié aux plantes toxiques et on parle des comestibles… », précise celui qui a travaillé sept ans comme animateur nature et qui se passionne pour l’ornithologie et la faune des mares et tourbières. « En jouant avec la nature, du coup on l’aime. Et si on l’aime, on la défend, on en prend soin… »

Contact : Promenade musicale buissonnière en solo pour le projet ((( l’ ECHO SystM ))) ou en duo avec le percussionniste Pierre-Yves Prothais pour le projet BuisSONS d’Eau. Facebook : « Erwan Lhermenier »
ou par e-mail : lherwan1@gmail.com

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