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Plus la technologie gagne en fiabilité, plus l’agriculteur est serein

Pas toujours facile de faire confiance à la machine… Jean-Jacques Déniel, producteur de lait et président du groupe régional « numérique et data » de la Chambre d’agriculture de Bretagne se passionne pour les nouvelles technologies et raconte notamment comment le robot de traite a trouvé sa place chez lui.

En 2007, vous avez basculé en traite robotisée… Guidé par votre appétence naturelle pour les nouvelles technologies ?

Au départ, il y avait un peu de curiosité. J’étais installé depuis déjà 12 ans et j’avais envie de faire le métier un peu différemment. En production laitière, la « gestion au doigt mouillé » est trop souvent de mise en se rassurant parce qu’il y a quand même du lait dans le tank. Mais j’ai toujours été cartésien de nature : j’aime évaluer, suivre en détails, créer des tableaux de bord…. Je n’avais pas de compteurs à lait alors que je voulais mesurer. Puis, seul sur mon exploitation et engagé dans des mandats professionnels, j’avais aussi besoin de souffler. Toutes ces raisons ont motivé mon installation d’un robot de traite. Il faut alors apprendre à faire confiance à une machine. Au début tu as de grosses craintes, comme le légumier qui commence à biner les artichauts à 10 km / h grâce au RTK… Mais le matin, quand tu reviens dans la stabulation, les vaches sont traites.

Amorti au bout de 8 ans, vous avez changé d’automate pour un nouveau modèle de la même marque…

Et j’ai constaté que la nouvelle génération fonctionne beaucoup mieux. Il y a moins d’alarme, c’est flagrant. Au fil du temps, nos propres connaissances d’éleveurs progressent mais chaque technologie gagne aussi en fiabilité. Résultat, il est aujourd’hui possible de mesurer de plus en plus de choses sur un animal. Ou une culture. Et qui dit fiabilité, dit moins de pannes, gain économique et surtout de la sérénité pour l’agriculteur. C’est primordial.

Quel impact peut-avoir les nouvelles technologies sur le renouvellement des générations ?

On entend souvent qu’un des enjeux de l’entrée du numérique aujourd’hui et demain dans les fermes est l’attraction de jeunes vers le métier. Mais les nouvelles technologies ne s’adressent pas seulement aux futurs repreneurs mais aussi aux salariés. D’autant plus que le passage par le salariat est devenu un chemin vers l’installation qui fonctionne bien. Beaucoup de gens se plaignent de ne pas trouver de main-d’œuvre. Cela n’est pas étonnant. Bien sûr la technologie doit permettre de gagner en efficacité économique, mais aussi d’améliorer les conditions de travail. Dans le monde agricole, un seul secteur l’a vraiment bien compris : les dirigeants d’entreprises de travaux agricoles. Depuis des années, ces derniers se sont mis à investir dans des matériels récents, performants et super confortables : aujourd’hui, ils n’ont aucune difficulté à demander à des employés de rester assis toute la journée aux commandes d’un engin…

De la même manière, en production porcine, c’est plus sympa de travailler dans un atelier dont la Faf est entièrement gérée par informatique. En production laitière, la traite robotisée est appréciable en termes d’horaires de travail. En légumes, le développement de nouvelles solutions était indispensable pour limiter la pénibilité et l’usure physique.

Doit-on forcément opposer main d’oeuvre et ressource humaine ?

En 2007, j’avais imaginé avoir soit un robot de traite, soit un salarié. Mais finalement, devant régulièrement m’absenter pour mes mandats, les deux cohabitent parfaitement sur mon exploitation. En fait, en termes de recrutement et d’intéressement, je me suis rendu compte que le robot est un outil très intéressant. Il permet d’aménager des plages de travail, de 8 h à 12 h et de 14 h à 17 h, proches de celles d’un emploi de bureau. Ainsi, mon salarié qui a des jeunes enfants peut profiter de sa famille comme la plupart des gens dans d’autres professions. En système de traite traditionnelle, je vois des collègues qui ont déjà trait la moitié des vaches quand leur salarié arrive le matin et qui sont d’astreinte tout le week-end. Comme nous sommes loin du Mexique ou de la Pologne, l’employé prêt à travailler de 6 h à 10 h puis de 16 h à 20 h n’existe pas. Et tant mieux.

L’indispensable Smartphone
« Je trouve que le smartphone est un outil révolutionnaire pour notre métier car une des caractéristiques de l’agriculteur est d’être mobile dans son travail. Nous avons parfois besoin d’accéder à nos données au bureau, dans l’étable, au milieu des champs ou loin de la ferme… Je me rappelle qu’au début du robot de traite, c’était le Moyen-Âge. Les fabricants ne voulaient pas que l’automate soit connecté à internet. Depuis, ils ont évolué en sécurisant leur système et les smartphone se sont démocratisés. Au démarrage, je ne pouvais consulter le logiciel de troupeau qu’au niveau du robot, je prenais un post-it et je notais le numéro des vaches à aller voir… Maintenant, je vais dans l’étable et je cherche directement les vaches sur mon téléphone en retard. Mon salarié a accès à la même liste sur le sien. Cela facilite le quotidien. »
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