Politique et Syndicalisme

« Défendre l’agriculture la plus durable au monde »

Derrière le slogan « L’être humain au cœur du projet », les candidats FDSEA – JA ont présenté leur vision de l’avenir de l’agriculture bretonne dans le cadre des élections à la Chambre d’agriculture.

« Aucun autre syndicat ne peut dire qu’il a fait autant de choses que nous », a démarré Didier Lucas, président de la FDSEA, à Quintin, mardi 15 janvier, en soirée. À l’approche des élections à la Chambre d’agriculture, le producteur de porc de Saint-Alban avait rassemblé les candidats de la liste FDSEA – JA pour tenir meeting. Entre bilan des combats syndicaux remportés ces dernières années et défis à relever pour la mandature à venir, les responsables locaux et leurs invités, Sébastien Richard, membre du bureau Jeunes Agriculteurs National, et Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA, ont fait le point sur les grandes thématiques de la campagne devant une assemblée d’une centaine de personnes.

Préserver le système actuel

Joël Limouzin a notamment insisté sur les récents Etats généraux de l’alimentation (EGA). « Dans les groupes de travail, il y avait beaucoup de gens qui voulaient casser notre système agricole actuel et faire fi de tous les progrès réalisés en revenant 40 ans en arrière. Mais la France est en tête des agricultures durables dans le monde. Il faut le faire savoir. » L’éleveur vendéen s’est félicité des avancées sur la construction du prix à l’envers prenant en compte des indicateurs de coûts de production. « Une idée qui n’est pas venue de la bonne volonté du président Macron, mais bien du travail de terrain de nos réseaux notamment auprès des parlementaires des territoires. »

Même s’il concède qu’il n’y a pas « de résultats palpables » des EGA aujourd’hui, il se réjouit que des ordonnances aient été passées en décembre alors que les Gilets jaunes concentraient l’attention de l’Etat. « Il était primordial d’avoir ces outils alors que nous sommes rentrés en période de négociations commerciales entre industriels et distributeurs. » Le responsable pense qu’une meilleure répartition de la valeur est en marche, « même s’il faudra marquer à la culotte les enseignes de GMS comme nos partenaires coopératives ou privés pour s’assurer de la concrétisation de cette nouvelle construction des prix. »

Conserver une agriculture bretonne diversifiée

Engagé actuellement en conversion bio pour ses productions légumières de plein champ, Tanguy Rousseau a poursuivi en mettant en garde : « Tous les consommateurs n’auront pas le portefeuille pour se payer la montée en gamme attendue. C’est pourquoi il faut préserver l’intégralité de nos systèmes, la diversité de notre agriculture. » Avant de rappeler que certains magasins bio « bien connus » commercialisaient plus de 50 % de produits venant de l’étranger, bien loin de l’idée du « local » que les gens se font.

Et Didier Lucas d’insister : « La volaille est la filière qui a fait le plus de travail pour la montée en gamme. Comment est-elle récompensée ? Plus de la moitié des volumes consommés en France est importée alors que nous pourrions les produire nous-mêmes. Mais ni les politiques, ni les acteurs de l’aval ne jouent suffisamment le jeu de l’origine France, préférant aller au moins cher… » Par ailleurs, la problématique du renouvellement des générations a occupé une bonne partie des échanges. Joël Limouzin estime que les cédants doivent bien mesurer leur position. Pour lui, une approche sur la valeur économique de l’atelier est indispensable, pas seulement sur le capital à transmettre.

L’élevage crée de la valeur

« En fin de carrière, le plus facile et le plus rapide est souvent de laisser partir ses terres à la végétalisation. Mais l’enjeu est de maintenir, à travers les installations, l’élevage sur les territoires comme ici en Bretagne car les productions animales sont source de création de valeur et génératrices d’emplois. » Convaincus, Tanguy Rousseau et Didier Lucas rêvent pour demain d’une agriculture faite de « projets cohérents » où la charge de travail sont en phase avec le reste de la société. « Que ce soit à l’heure des transmissions ou dans la vie quotidienne des exploitations, il n’y a pas que les chiffres économiques à regarder, l’humain doit être au cœur du projet. » Et Edwige Kerboriou, secrétaire générale de la FDSEA 22, de conclure : « Notre liste prône une agriculture nombreuse, attractive et de progrès… »

Une grande loi foncière est indispensable
« Pour s’installer, il faut accéder au foncier de manière sécurisée dans la durée », explique Sébastien Richard. Installé dans le Bas-Rhin sur 100 ha en vaches laitières et allaitantes en transformation à la ferme et vente directe, il souligne la « force » du schéma des structures dans l’Ouest, mais insiste sur « l’enjeu prioritaire » de la préservation du foncier. Rappelant la disparition de 55 000 ha de terres agricoles chaque année en France, il est revenu sur l’engagement passé du syndicalisme et surtout sur le besoin de continuer à faire pression.

Alors que la mission parlementaire a rendu son rapport sur le foncier en décembre, le responsable du dossier pour JA National regrette beaucoup que le Gouvernement ne sache toujours pas s’il veut « une petite, une moyenne ou une grande loi foncière ». Pour Sébastien Richard, la réponse est évidente : « Une grande loi foncière est indispensable pour la vitalité des territoires ruraux en termes d’emploi, de maintien du commerce et de la population et de création de valeur… Aujourd’hui, nous avons besoin de moyens pour empêcher qu’autant de terres échappent à l’arbitrage de la Safer par la transmission de parts sociétaires ou pour bloquer l’exploitation de foncier par délégation intégrale du travail à un tiers… »

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