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Fixer le juste prix du lait

Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL était invitée à la journée lait de la FDSEA, il y a quelques semaines à Vannes (56). L’occasion pour les adhérents de lui faire part de leurs préoccupations.

« Nous avons, grâce à nos actions, réussi à instiller, dans l’esprit de nos concitoyens, que les éleveurs ont un problème de revenu ». La FNPL entend en profiter pour réajuster le prix du lait. « Il ne suffit pas de suivre l’évolution des coûts de production mais de les prendre véritablement en compte. Il manque près de 50 € / 1 000 litres. 5 % d’augmentation sur le prix de vente des produits laitiers aux distributeurs permettraient ce réajustement », assure la vice-présidente. En décembre, elle entendait obtenir les ordonnances, promises lors des Etats généraux de l’alimentation, sur l’encadrement des promotions et sur le seuil de revente à perte (SRP). Depuis, la machine politique a avancé et les ordonnances sont passées. Reste à savoir si ces textes seront appliqués à la lettre alors que nous sommes en pleine période de négociations commerciales entre industriels et distributeurs. Se pose déjà la question de sanctions réelles et incitatrices ceux qui ne respecteraient le cadre.

396 € / 1 000 L, la bonne référence ?

En 2019, la FNPL négociera avec en tête un prix moyen de revient du lait de 396 €/ 1 000 litres à défendre. Un prix qui prend en compte les charges liées à l’atelier lait et une rémunération de l’éleveur équivalente à 2 Smic. Dans l’assemblée, un adhérent s’interrogeait : peut-on faire passer des hausses de prix en période de gilets jaunes ? Le SRP, à lui seul et selon l’UFC Que Choisir, représentera un surcoût de près d’un milliard d’euros dans le budget annuel alimentaire des Français (sur plus de 200 milliards de dépenses). « Les enseignes de la distribution ne sont pas motivées car elles font de la surenchère pour la protection du pouvoir d’achat des consommateurs. Pour Leclerc, par exemple, qui se veut le moins cher des moins chers, nous piétinons son marché. Certains ont besoin d’une mise en condition pour nous entendre. Les magasins sont sur le territoire, nous aussi… », lance Marie-Thérèse Bonneau.

Un second adhérent doute de la possibilité de tenir l’objectif d’une base de discussion à 396 € dans un marché ouvert, avec des prix inférieurs dans les pays voisins. « Nous vendons le concept France Terre de Lait issu de notre Plan de filière, que les étrangers n’ont pas. Cela sous entend un cahier des charges et des valeurs. » Là encore, elle insiste sur la possibilité de faire pression sur la distribution…

Vers l’overdose de segments ?

La segmentation fait réagir, dans la salle. « Une quinzaine de laits différents en grande surface. On noie le consommateur ! ». Certains éleveurs souhaiteraient que les transformateurs négocient ensemble face aux centrales d’achat et réduisent leur gamme de produits. Un souhait qui se heurte à la réglementation européenne sur le droit à la concurrence. D’autres adhérents s’interrogent : « Votre lait Juste et Vendéen, porté par la FDSEA 85 (voir par ailleurs), ajoute une appellation supplémentaire sur un marché qui en est déjà saturé ». Marie-Thérèse Bonneau répond : « le consommateur veut de la proximité ; nous jouons sur le côté territoire. Je peux imaginer que d’autres départements engagent une telle démarche. C’est une source de valeur. En plus, ce genre de démarche permet aux éleveurs adhérents au projet de comprendre ce qui se passe dans la filière ».

Un salarié de la coopérative Sodiaal doute de toutes ces appellations : « C’est compliqué de collecter et de transformer ; c’est un vrai métier ! On parle beaucoup de toutes ces marques à leur lancement mais que deviennent-elles au bout de quelques mois ou quelques années ? » Toutes ne s’en sortent pas très bien, en effet… « De toute manière, les opérateurs sont convaincus que seules leurs propres marques sont intéressantes et surtout pas les initiatives de la base comme le lait de pâturage ou le sans OGM. »

Que du lait bio en Bretagne ?

Le scénario d’une Bretagne laitière bio, évoqué par un participant, fait réagir la vice-présidente : « Tous les Français n’ont pas le pouvoir d’acheter du bio et encore moins les consommateurs étrangers. Faut-il renoncer à l’export pour nous focaliser seulement sur le haut de gamme ? Dans ce cas, nous sommes trop nombreux dans la salle… » Le syndicat comprend les attentes sociétales, selon sa vice-présidente. « Nous devons y répondre sur toute la chaîne de valeur, en terme de proximité, de naturalité. Au niveau de la production, nous devons juste dire ce que nous faisons car nous répondons déjà à 90 % des demandes des consommateurs. Sur celles auxquelles nous ne pouvons pas répondre, nous devons leur expliquer pourquoi. »

Le lait Juste et Vendéen
« Les situations dégradées de 2016 nous ont fait réagir et un groupe de travail s’est formé pour travailler à l’élaboration d’une marque. Cette marque porte une large gamme de produits : lait, viande, miel, cultures. Nous voulions nous différencier sur l’offre et pas sur les pratiques en élevage et sur les exploitations. Nous avons donc joué sur l’aspect territoire, dans un premier temps en lait (juillet 2018), avec une bouteille bien identifiée Vendéenne (lait demi-écrémé). Demain, nous pourrions étendre l’offre avec du beurre ou de la crème. Nous travaillons avec 2 collecteurs (pour les produits laitiers) et un distributeur », a expliqué Marie-Thérèse Bonneau à Vannes (56).

Récemment, un autre syndicaliste de Vendée de passage en Bretagne, Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA, est également revenu sur cette initiative locale lors du récent meeting de la FDSEA 22 à Quintin. « Les gens veulent du « local » ? c’est une opportunité à saisir. Notre initiative Juste et Vendéen a démarré en étant distribuée par Système U. Aujourd’hui, Leclerc vient frapper à la porte de la FDSEA 85 pour pouvoir également proposer la marque dan ses rayons. Il faut savoir se faire désirer. »

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