MorbihanPolitique et Syndicalisme

Les femmes veulent des responsabilités

Les agricultrices sont peu présentes dans les lieux décisionnels des organismes professionnels. Le syndicalisme ou les groupes de développement leur permettent souvent de percer.

Sur la trentaine d’administrateurs à Coop de France, il n’y a aucune femme. À l’Union des groupements de producteurs de viande (UGPVB) et même chez les JA nationaux, le constat est le même. Dans la plupart des grandes organisations agricoles, le pourcentage de femmes dans les instances décisionnelles est inférieur à 30 %. Elles représentent pourtant le tiers des actifs agricoles, aussi bien chez les chefs d’exploitation que chez les salariées. Elles sont tout aussi diplômées (pas toujours des diplômes agricoles) et ont une expérience supérieure en dehors de l’agriculture (arrivée plus tardive sur les fermes). Dans les organisations, elles occupent souvent des postes de trésorière ou de secrétaire. Elles sont plus représentées dans les domaines liés au social, à la diversification mais également à la formation et à l’aviculture. Les témoignages suivants sont éloquents : des femmes se sont battues pour avoir des responsabilités professionnelles et s’épanouissent dans leurs missions.

En 2017, dans le Morbihan, les femmes représentent...

•24 % des installations aidées ;
•30 % des salariés agricoles ;
•28 % des administrateurs des Chambres d’agriculture ;
•46 % s’installent en bio ;
•47 % avec un projet de vente directe ;
•24 % avec un projet de transformation.

Nous travaillons pour la base, pas pour paraître

Je me suis installée en 93 sur la ferme de mes beaux-parents, en élevage de Charolaises, après avoir fait une licence d’allemand. Mon mari était fonctionnaire. Au début, ça a été compliqué de me faire reconnaître en tant qu’agricultrice dans le voisinage et même aux yeux de mes beaux-parents. J’ai accédé à des responsabilités au sein des groupes de développement où j’ai trouvé cette reconnaissance. Nous nous sommes attachés à valoriser la place des femmes en agriculture. Aujourd’hui, je me sens vraiment épanouie dans mon métier. Je pense que les femmes savent, mieux que les hommes, parler des problèmes, les affronter. Je pense aussi qu’une fois aux responsabilités, nous travaillons pour la base et pas pour paraître. Au sein du groupe de développement, nous avons travaillé sur la violence faite aux femmes. Nous avons réalisé des clips vidéo « Mal de terre » sur les risques psychosociaux et le suicide en agriculture. Nous en avons été récompensées par l’obtention d’une Légion d’honneur, pour ce travail. Michèle Debord, éleveuse dans l'Allier

Je conçois de laisser mon conjoint s’occuper plus des enfants

Fille d’agricultrice et titulaire d’un BTS agricole, je me suis installée une première fois en Gaec. Je n’y ai pas trouvé ma place. Je ne voulais pas subir les décisions des autres. J’ai donc suivi une formation aux ressources humaines et réalisé un bilan de compétences. On m’a dit que je pouvais être éducatrice ou formatrice, ce que j’ai fait au centre de formation de Crédin (alimentation des laitières, cultures et conduite de tracteur). Pas toujours sans soucis car certains stagiaires avaient beaucoup de mal à accepter qu’une femme leur apprenne à conduire un tracteur, par exemple. L’envie de me réinstaller m’a repris. Je l’ai fait avec mon conjoint, rencontré au centre de formation. Nous sommes en Gaec à trois en production de lait bio et transformation. Je conçois de laisser mon conjoint s’occuper plus des enfants que je ne le fais. Cela ne me dérange pas. Mais je tiens à prendre toute ma part dans la gestion de l’entreprise. Christelle Martin, éleveuse à Noyal-Muzillac

Je m’éclate au travail

Je travaillais dans le social en région parisienne, puis à Lorient. Je souhaitais évoluer dans mon métier ou faire un métier manuel. J’ai repris une formation. En faisant un CS tourisme à Pontivy, j’ai visité des fermes (chambres d’hôtes, gîtes..). J’avais déjà un pied dans le milieu rural car ma compagne tient une épicerie à Ploerdut. À la suite de la formation, j’ai été embauchée temporairement pour peser le lait (contrôle laitier) matin et soir. J’ai rencontré beaucoup d’éleveurs et le bruit, les odeurs, le museau des vaches m’ont bouleversée. J’ai eu une envie forte de traire ; j’ai signé un contrat estival chez des éleveurs et j’ai enclenché sur une formation BPREA au Gros Chêne, à Pontivy. Je n’ai pas eu besoin de chercher un emploi ; j’ai fait des remplacements pendant deux ans et je suis actuellement en poste fixe, en élevage. J’ai perdu 8 kg au démarrage (travail et stress) mais c’est du bonheur. J’en apprends plus que dans le social, sur le vivant notamment. Je me pose vraiment la question : pourquoi le milieu de l’élevage a une aussi mauvaise image ? Moi, j’incite d’autres personnes à suivre mon exemple. Audrey Lopez, salariée d'élevage

Si les femmes veulent la parité, elles doivent s’investir

Chez mes parents agriculteurs, la prise de responsabilités en dehors de la ferme faisait déjà partie du quotidien. C’est donc tout naturellement que je me bats au sein du syndicat pour les autres agriculteurs. C’est certainement plus facile de rester chez soi mais il faut oser et ne pas avoir peur des critiques. J’ai eu la chance de rencontrer Karen Serres (engagée, notamment à la FNSEA) qui m’a beaucoup inspirée. Aujourd’hui, quand je siège à la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait), je leur dis que je représente, en tant que femme, 30 % du lait français (un tiers des producteurs sont des femmes). J’ai été aidée dans mon parcours, encouragée par des hommes bienveillants. Je l’ai fait sans plan de carrière, uniquement pour être au cœur du réacteur. Je suis positive ; si les femmes veulent la parité, il ne tient qu’à elles de s’investir. Marie Andrée Luherne, éleveuse à Sulniac

Il faut profiter des avantages que procure le métier

Norvégienne, je me préparais à faire des études économiques. J’ai rencontré un agriculteur normand au cours d’un séjour en France. Je voulais avoir une entreprise mais pas pour faire n’importe quoi. Je voulais donner du sens à mon action. Je me suis dit qu’une ferme pouvait convenir et permettre de concilier vie professionnelle et vie familiale… En Norvège, un père qui ne rentre pas à 15 h 30 pour s’occuper de ses enfants est considéré comme un mauvais père. Ici, sur notre ferme, nous avons adopté un système qui laisse du temps libre. Nous déléguons tous les travaux des champs pour nous consacrer à l’élevage (vaches laitières). Nous ne voulions pas travailler 10 heures par jour. Au départ, les voisins nous prenaient pour des fainéants. Malgré mes 6 enfants et mon origine étrangère, j’ai pris des responsabilités à la coopérative Agrial et à l’European Dairy Farmer. Pour dire des choses parfois politiquement incorrectes. J’ai pu dire, par exemple, que le prix ne fait pas le revenu en lait, après avoir travaillé sur les coûts de production. Je ne suis pas sûre qu’un homme aurait pu l’affirmer. D’une manière générale, il faut profiter des avantages que procure le métier : aller à la plage quand c’est possible, consacrer du temps aux enfants, reprendre des études. J’ai passé un Master de gestion des entreprises à l’IAE de Caen. J’ai aussi été nommée Consul honoraire de Norvège. Il faut toujours se dire que c’est possible. Katherine Le Cornu, éleveuse dans le Calvados

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