Economie, marchés et gestion

“On ne naît pas employeur, on le devient”

La gestion d’une activité laitière demande de la main-d’œuvre organisée et une bonne entente. Rencontre avec deux éleveurs qui ont témoigné de leur organisation au Space.

Dans les années 2000, la main-d’œuvre salariée des exploitations agricoles françaises ne représentait que 3 %. « Un éleveur sur 5 emploie de la main-d’œuvre aujourd’hui », introduit Daniel Perrin, producteur installé en Meurthe-et-Moselle et venu animer une conférence sur la gestion des ressources humaines lors du dernier Space. 7 000 fermes comptent plus de 100 vaches laitières. C’est pourquoi la filière lait, comme les autres productions, doit faire face à une pénurie de salariés et doit mettre les bouchées doubles pour attirer.

De deux à neuf personnes sur la ferme

Certaines exploitations ont des parcours atypiques dans leur développement. C’est le cas d’Anne-Soizic Liger, installée au Val d’Anast (35). « Nous avons démarré l’activité à deux, nous sommes aujourd’hui à neuf à travailler sur la ferme. On ne naît pas employeur, on le devient. À mon installation, j’ai suivi la formation « devenir employeur », afin d’acquérir des compétences en management, ainsi que pour savoir conduire des entretiens annuels ». À chaque embauche de personnel, la jeune productrice réalise des fiches de poste. Sur les sept salariés, deux sont affectés à l’élevage laitier, les cinq autres travaillent à la transformation, la livraison ou le commerce. « Ces postes ont été créés par l’atelier de transformation ». Si aucune réunion n’est calée, des points réguliers avec les responsables de production sont planifiés, et « nous échangeons aussi beaucoup le matin, au café ». Des glissements de postes ont aussi été opérés, avec « un responsable d’élevage qui est devenu livreur. Cela nous sert dans l’image de marque de l’entreprise », confie l’éleveuse de vaches laitières.

On a toujours des raisons de ne pas faire de réunions

Le constat est le même chez Christophe Lemesle, agriculteur à Argentré-du-Plessis (35), dont l’exploitation compte désormais cinq associés. « Quand un nouvel associé entre, c’est pour prendre la place de quelqu’un. Un jeune est venu s’associer dans le Gaec en 2015, nous avons alors réfléchi à la pérennité de l’outil ». À chacun sa tâche, chaque associé est dédié soit au matériel, soit aux cultures, soit à la traite, ou à la gestion du troupeau et aux soins aux veaux. Deux salariés sont venus compléter l’effectif. « Nous calons des réunions toutes les semaines, même s’il y a toujours une raison de ne pas les faire ! », sourit l’éleveur. Et le Brétillien d’ajouter que « les salariés n’aiment pas recevoir des consignes différentes, c’est pourquoi nous établissons un calendrier de travail par trimestre ». Jean-Hervé Caugant, producteur de lait dans le Finistère, confirme ces interventions : « La gestion humaine peut être le maillon faible, alors qu’elle est plus importante que la partie technique, qui se mesure et se compte ».

Pourquoi embaucher ?
Selon Alizée Chouteau, de l’Institut de l’élevage, et suite à une enquête réalisée auprès de 20 élevages, l’embauche intervient « pour répondre à une surcharge de travail ou suite à un départ d’un associé. Le salariat permet pour les personnes interrogées de ne pas partager les décisions importantes, et de ne pas à avoir à gérer les conflits. Un salarié est aussi plus rapide à trouver qu’un associé ». Le recrutement s’avère toutefois difficile, le manque de candidats et le travail d’astreinte n’attirant pas. « L’apprentissage est une solution, le jeune, s’il convient, peut par la suite être embauché ». Concernant la transmission des consignes, il faut « accepter que le travail soit fait différemment. Peu d’éleveurs prennent le temps de les donner, il est rare de voir des protocoles affichés ».
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