Côtes d'ArmorCultures

Des micro-organismes pour développer la vie du sol

Les époux Belloeil, à Saint-Mayeux (22), utilisent des micro-organismes pour améliorer la fertilité de leurs sols. Ils sont ajoutés au lisier ou épandus directement sur les parcelles.

À la tête d’un élevage de 190 truies naisseur-engraisseur en Centre-Bretagne, Isabelle et Mickaël Belloeil fabriquent une partie de l’aliment sur leur ferme de 90 hectares. Le système de culture est à base de rotations courtes maïs-céréales. « Notre objectif est d’avoir du rendement et une bonne qualité des matières premières pour la Faf, tout en ayant une vision économique des cultures », précise Mickaël, devant des agriculteurs invités à une journée technique sur la fertilité des sols. Pour cela, ils veulent optimiser l’efficacité des lisiers de leur élevage.

Un coût de 110 €/ha/an

«Nous utilisons du Bactériolit (micro-organismes) depuis 5 ans à pleine dose (mi-dose auparavant). Un tiers de la dose préconisée est intégré dans les préfosses (où les croûtes ont disparu) et les deux tiers restants sont ajoutés au moment des épandages. Les parcelles qui n’ont pas de lisier (18 ha) en reçoivent, par pulvérisation directe. Essentiellement les parcelles humides de blé ». Depuis qu’il l’utilise à pleine dose, l’éleveur estime que le travail du sol est facilité grâce à l’impact des micro-organismes (champignons, bactéries, plantes) sur la vie du sol. Les rendements sont satisfaisants : 75 à 80 q de blé à 12 % de protéines et 90 q en maïs en 2017. L’ajout des micro-organismes revient à 110 €/ha/an. « Je souhaiterais aussi un retour au niveau de la protection des plantes afin de limiter l’utilisation des phytosanitaires, notamment sur blé ». Dans l’immédiat, il teste le désherbage mécanique du maïs pour réduire les traitements.

Essais sur couverts

L’éleveur a implanté un mélange de couverts (radis, phacélie, vesce, moutarde) après moisson. Début octobre, le mélange a germé mais s’est peu développé. Deux bandes (essais) ont été fertilisées, l’une avec du lisier brut et l’autre avec du lisier ensemencé en micro-organismes pour les besoins de la journée technique. La première présente la biomasse la plus développée, les plantes sont sur le point de fleurir. Mickaël Travers, de la société Sobac, fournisseur du produit, donne une explication : « Dans la bande avec du lisier brut, qui est la plus belle à l’œil, le couvert a consommé beaucoup d’azote directement assimilable et s’est développé tout en gorgeant ses cellules en eau (pression osmotique). Celles-ci peuvent présenter des micro-fissures, susceptibles de laisser entrer des pathogènes, (d’où les besoins en protection fongique des cultures) ».

La bande fertilisée avec du lisier ensemencé en bactéries est un peu moins fringante. « Les micro-organismes ont transformé une partie de l’azote ammoniacal en azote organique. Il y a donc moins de disponibilité pour la plante en début de cycle mais plus de restitution dans la durée. La biomasse est un peu moins développée début octobre mais son temps de végétation sera supérieur. Elle fera plus de photosynthèse et les plantes seront plus résistantes. Dans trois semaines, cette bande sera aussi développée que celle fertilisée avec du lisier brut ». Ce qui est vrai pour le mélange de couverts est vrai pour les cultures. Des essais réalisés en terre sableuse, facilement lessivable, montrent des pertes en azote inférieures de 30 à 35 % quand elles sont fertilisées avec des effluents ensemencés par rapport à une fertilisation sans ajout des micro-organismes. De même, la production d’humus est favorisée (+ 117 % d’acides humiques en cinq mois d’utilisation).

Présence de vers de terre
Des profils de sol (à 2 mètres de profondeur) réalisés dans une parcelle actuellement en maïs montrent des pH homogènes sur la profondeur « ce qui permet d’éviter un stress pour le système racinaire des plantes » et une importante présence de vers de terre : 700 à 1 000 galeries/m2 dans les deux fosses. « À comparer à des sols non ensemencés en bactériolit, du même type, où l’on retrouve, en moyenne 280 galeries/m2. Une telle différence entraîne un gain d’oxygénation de 25 % du sol et une meilleure remontée capillaire », assure Christophe Frebourg, agronome indépendant, intervenant à la journée.
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