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En route vers un lait français bas carbone

Grâce à l’outil Cap’2ER, l’empreinte environnementale de toutes les fermes laitières va être mesurée. Un diagnostic point de départ d’une démarche d’amélioration.

En juin dernier, le monde du lait français officialisait un peu plus sa mise « en mouvement face au changement climatique » à l’occasion d’une conférence à l’initiative du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière. Jean-Marc Renaudeau, élu-référent climat à l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture, Thierry Roquefeuil, président du Cniel, Roselyne Thomelin, vice-présidente de France Conseil Elevage, et Martial Marguet, président de l’Institut de l’élevage, paraphaient tour à tour la nouvelle feuille de route climatique de la filière.

100 % des éleveurs engagés d’ici 10 ans

Derrière ce programme « Ferme laitière bas carbone », des objectifs très clairs : « Une réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) par litre de lait d’ici 2025 », annonçait Thierry Roquefeuil. « Un éleveur sur deux devra être intégré dans la démarche d’ici 5 ans et 100 % d’ici 10 ans. C’est une stratégie offensive de la filière montrant sa capacité à se rassembler, alors que l’élevage est régulièrement visé pour son impact environnemental. »

Révéler les contributions positives de l’exploitation

La Ferme laitière bas carbone vise à compenser l’augmentation de CO2 dans l’atmosphère grâce notamment au stockage de carbone dans les sols. Son déploiement s’appuie sur l’application Cap’2ER®, outil de calcul, simulation et conseil développé dès 2015 dans le cadre du programme expérimental Life Carbon Dairy (2013 – 2018) sur la maîtrise des émissions de GES. « Le diagnostic Cap’2ER mesure les impacts environnementaux liés au changement climatique : émission de GES, consommation d’énergie et impact sur la qualité de l’eau et de l’air », détaille Catherine Brocas, d’Idèle. Il révèle également les contributions positives de l’exploitation : performance nourricière (nombre de personnes nourries par an), stockage du carbone (kg de carbone / an), maintien de la biodiversité (ha équivalent de biodiversité)… Autant d’arguments à avancer par les éleveurs pour montrer ce qu’ils font bien et les services qu’ils rendent face à une société de plus en plus sceptique, voire suspicieuse.

Moins de GES et plus de marge brute

En mai 2018, plus de 10 % des fermes laitières avaient réalisé un diagnostic (niveau 1 de sensibilisation ou niveau 2 qui positionne l’élevage et propose des solutions) grâce à l’engagement de nombreux acteurs agricoles comme BCEL Ouest ou des laiteries telles que Laïta ou Danone qui accompagnent déjà des producteurs. « Le niveau 2 identifie les points forts et hiérarchise les leviers d’amélioration. Comme chaque exploitation est unique, il permet à l’éleveur et son conseiller de co-construire un plan d’action bas carbone personnalisé, concret et planifié… », explique Catherine Brocas.

Cependant après des années globalement difficiles, cette démarche, aujourd’hui facultative mais probablement indispensable demain, représente-t-elle une nouvelle contrainte ou une réelle opportunité pour les éleveurs? Les observateurs pensent qu’ils adhèreront « car la porte d’entrée numéro 1 est l’économique ». En effet, le suivi de fermes entre 2013 et 2016 montre que « quel que soit le système fourrager ou le territoire, une meilleure efficience environnementale se traduit dans les fermes laitières bas carbone par une meilleure efficience économique ». Ainsi les 10 % des fermes dont les émissions de GES sont les plus faibles présentent en moyenne une marge brute supérieure de 10 € aux 1 000 L de lait produits.

Une préoccupation du quotidien

« La ferme bas carbone doit entrer dans le quotidien de l’éleveur. Il doit s’en emparer, en faire une de ses préoccupations », insiste Jennifer Huet, du Cniel. D’autant que la conduite de troupeau est le premier facteur d’amélioration : « Vêlage précoce, efficacité des concentrés, maîtrise sanitaire… En plus du piégeage du carbone par les prairies durables et les haies, les clés pour limiter son empreinte nette sont d’abord là », poursuit Catherine Brocas.

Pour autant, le défi n’est pas relevé d’avance. Si, dans l’ensemble, l’impact des fermes françaises diminue année après année, cette tendance cache de grosses disparités : les suivis montrent aussi des situations de dégradation plus ou moins passagères. « Quand les concentrés sont moins chers, on a tendance à en distribuer davantage. Le prix du lait joue aussi sur la productivité laitière par vache. Une campagne où l’on doit acheter du fourrage à l’extérieur est également pénalisante… Dans un sens comme dans l’autre, l’impact de la conjoncture économique et climatique n’est pas négligeable », explique Floriane Gervais, de la Chambre régionale d’agriculture de Normandie.

Aujourd’hui, l’empreinte carbone nette en France est de l’ordre de 0,89 kg CO2 / L de lait. L’objectif de réduction de 20 % du plan signifie atteindre 0,71 kg en 2025. Pour cela, tous les ateliers devront se situer au niveau du top 10 % actuel. Optimiste, Martial Marguet, voit dans ce programme « une occasion en or pour la filière laitière française d’avoir un coup d’avance sur les autres » pays producteurs.

Catherine Geslain-Lanéelle
Catherine Geslain-Lanéelle

Participer à la stratégie bas carbone de la France

En 2015, nous préparions la Cop 21 à Paris. Au ministère, nous tenions à parler de l’élevage souvent vu comme le mauvais élève sur la question du changement climatique. Nous avions alors trouvé les travaux du Cniel, le programme Life Carbon dairy, qui offraient déjà des résultats concrets et reconnus, loin du green washing. Cet élan se poursuit maintenant avec la volonté de déployer le nouveau dispositif Ferme laitière bas carbone auprès du maximum d’éleveurs pour avoir un impact positif significatif. La filière va ainsi contribuer à la stratégie bas carbone de la France avec l’objectif très ambitieux d’atteindre 0 émission nette d’ici 2050.

Catherine Geslain-Lanéelle, Directrice générale de la DGPE, ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation
« Mes vaches émettent plus (de GES) que les avions ? »
« Il y a quelques années, j’ai été frappé par une publicité du syndicat du transport aérien qui communiquait sur le fait que les vaches émettaient plus de GES que les avions… Perturbé, je me suis demandé quelle était ma responsabilité en tant qu’éleveur et consommateur et celle de mes vaches dans le changement climatique. D’autant que ce changement, nous, agriculteurs, en sommes les premières victimes », démarre Ghislain de Viron, installé en Gaec à Rouperroux-le-Coquet (72) et élu à la FNPL. Il a alors réalisé un diagnostic Cap2’ER. « Nous avons ainsi mieux compris l’importance de nos 60 ha de prairies et 20 km de haies dans le stockage du carbone. »

Cela a confirmé le point fort de la consommation d’énergie et de carburant sur une structure ayant installé des panneaux solaires dès 2007 et pratiquant les TCS. « Mais nous ignorions le taux d’azote dans notre ration. Sans doute trop élevé avec du gaspillage à la clé… Autre point rouge chez nous : le rendement en maïs catastrophique en 2016 et de seulement 8 t MS / ha en 2015. » Des leviers d’amélioration ont aussi été soulignés concernant la gestion du lisier. « Couvrir la fosse permettrait bien de baisser l’impact de 40 % mais il faudrait investir 35 000 € pour rien en retour… Par contre, enfouir le lisier dans les 12 à 24 heures après épandage est un effort simple et efficace. » Désormais, l’empreinte carbone nette est mise en perspective dans chaque choix technico-économique.

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